Le Bureau des légendes n’a plus tourné un seul épisode depuis 2020 : ce que son créateur a accepté de céder de l’autre côté de l’Atlantique

Six ans. C’est le temps écoulé depuis que la dernière caméra s’est éteinte sur le tournage du Bureau des légendes, série culte de Canal+ dont l’ultime épisode a été diffusé le 4 mai 2020. Pas de saison 6, pas de spin-off finalisé, silence radio côté France. Mais pendant que la version originale hibernait, son ADN a traversé l’Atlantique pour donner naissance à un phénomène : The Agency, portée par Michael Fassbender et produite par George Clooney. Et la manière dont son créateur, Éric Rochant, a laissé filer les rênes de cette adaptation en dit long sur les coulisses parfois brutales de l’industrie des séries.

À retenir

  • Six ans sans un seul épisode : comment la série française culte s’est retrouvée en hibernation
  • Rochant a accepté de ne pas toucher une ligne du remake américain : une décision contre-intuitive pour son créateur
  • The Agency a explosé les records de Showtime : 5,1 millions de spectateurs dès le premier week-end

Une série culte mise au frigo depuis 2020

Le Bureau des légendes, série télévisée française en cinq saisons et cinquante épisodes, a été créée par Éric Rochant et diffusée entre le 27 avril 2015 et le 4 mai 2020 en France sur Canal+. Cinq saisons pour raconter, avec une précision quasi documentaire, le quotidien des agents clandestins de la DGSE et la spirale de Malotru (Mathieu Kassovitz), cet espion prisonnier de sa propre légende. Dès octobre 2020, lors d’une masterclass au festival Canneseries, Rochant avait douché les espoirs de suite directe : le créateur de la série a confirmé qu’il n’y aurait pas de saison 6, mais qu’un projet de spin-off, ou un reboot, était en cours de développement. Il précisait alors que cette série dérivée s’inscrirait dans le même esprit, avec des personnages potentiellement recyclés, tout en confiant l’écriture à une nouvelle équipe.

Cinq ans plus tard, ce reboot promis n’a jamais vu le jour sous cette forme. Pire : la rupture entre Rochant et son producteur historique Alex Berger a scellé le sort de tout retour français dans l’immédiat. Ce binôme emblématique de la fiction française a divorcé après quatorze ans de vie commune, une séparation dont Alex Berger a expliqué qu’Éric avait envie de partir pour faire autre chose, précisant avoir racheté ses parts dans leur société commune. Rochant a quitté le navire, cash en poche, laissant derrière lui la marque qu’il avait bâtie pendant cinq saisons.

Ce qu’il a accepté de céder pour la version américaine

C’est là que l’histoire prend un tour presque contre-intuitif. Alors qu’on pourrait imaginer un créateur jaloux de son œuvre verrouillant chaque adaptation, Rochant a fait l’inverse : il a laissé filer le remake américain sans y toucher une seule ligne. Lors du festival de Cannes 2025, Éric Rochant a confirmé à Paris Match n’avoir aucun lien avec le projet américain The Agency, et ne plus être sous contrat avec la série d’espionnage de Canal+. Une déclaration à froid, presque détachée, pour un homme qui avait pourtant façonné cet univers pendant une décennie.

Le résultat de ce lâcher-prise, c’est une Agency écrite intégralement par d’autres plumes. La série est créée par Jez Butterworth et John-Henry Butterworth, avec un casting quatre étoiles : Michael Fassbender, Jeffrey Wright, Jodie Turner-Smith et Richard Gere en tête d’affiche. Le concept reste fidèle au matériau d’origine mais change de décor : la série suit Brandon Martian, un agent de la CIA qui rentre à Londres après une mission sous couverture au Soudan, quand l’original situait son intrigue autour de la Syrie et de la DGSE. Un journaliste de France Info résumait bien ce grand écart de moyens : la série américaine est beaucoup plus spacieuse dans sa réalisation, une ampleur qui fait penser aux films en ombre et lumière hyper stylisés de Michael Mann.

Rochant n’a pas seulement cédé les droits d’adaptation, il a coupé tout lien affectif avec le projet. Il n’y a pas du tout participé après sa rupture avec le producteur de la série Alex Berger, et ne l’a même pas vu. Une distance qui tranche avec l’image du showrunner obsessionnel qu’on lui prêtait à l’époque du Bureau, où le succès croissant de la série expliquait les précautions qui entouraient les tournages, au point que les comédiens recevaient les scénarios au compte-gouttes par courriels quasi secret-défense.

Un carton absolu qui valide le pari

Pendant que le créateur français regardait ailleurs, The Agency a explosé les compteurs. L’espionnage thriller a été renouvelé pour une saison 2 sur Paramount+ with Showtime, quelques semaines après ses débuts, après avoir livré des chiffres de streaming exceptionnels : la série s’impose comme la plus regardée de l’histoire de Showtime, avec 5,1 millions de spectateurs cross-plateformes dans le monde. Un chiffre qui remet les choses en perspective : c’est presque autant que la population de la Norvège qui s’est jetée sur les aventures de Martian dès le premier week-end.

La suite a confirmé l’essai. The Agency est revenue avec une saison 2 sur Canal+ à partir du 13 août 2026, avec Michael Fassbender reprenant son rôle dans cette adaptation du Bureau. Une deuxième saison qui pousse le curseur encore plus loin dans la tension : le synopsis officiel décrit une situation plus sombre et instable pour les personnages, alors qu’une chasse à la taupe plonge le bureau londonien dans le chaos. Et déjà, la question d’une saison 3 circule, portée par un matériau source qui ne manque pas de réserves : aucune annonce officielle n’a été faite concernant une potentielle troisième saison, mais la série s’appuie sur le drame français The Bureau, qui a duré cinq saisons, offrant une matière abondante pour de futures adaptations.

Rochant, lui, a tourné la page ailleurs

Loin de ruminer, l’homme qui a inventé Malotru s’est relancé sur d’autres terrains, cette fois bien à lui. Direction Canal+ à nouveau, mais pour un projet totalement différent : Rochant revient au genre du drame d’espionnage avec la série Secret People, un thriller international qui suit cinq agents de renseignement venus des États-Unis, du Royaume-Uni, de Chine, de Russie et de France, qu’il décrit comme le « Game of Thrones du renseignement ». De quoi rassurer les fans inquiets de le voir totalement lâcher l’univers des barbouzes : il en garde la grammaire, mais change d’échelle, en visant un récit choral et mondial plutôt qu’un simple décalque francilien.

Le créateur ne s’arrête d’ailleurs pas là. Toujours actif via sa société de production, il travaille en parallèle sur d’autres formats, entre une série de huit épisodes tournée en Martinique, intitulée Bandi, préparée avec sa fille Capucine et prévue sur Netflix, et un nouveau projet international évoqué par son partenaire chez Federation Studios, décrit comme un show en anglais, en partie tourné à Taïwan, en partie en Europe et au Moyen-Orient. Autant dire que si la France attend toujours son retour au Bureau des légendes, Rochant, lui, a déjà les pieds sur trois continents différents, à réinventer l’espionnage sous d’autres latitudes.

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