Les studios voulaient rembourrer le costume de Superman en 1978 : ce que Christopher Reeve a fait à la place ne se devine qu’en regardant qui l’a entraîné

« Excusez-moi, c’est moi ou les muscles, mais pas les deux. » La phrase, Christopher Reeve l’aurait lancée en 1977 face à l’un des plus grands maquilleurs d’effets spéciaux de l’histoire du cinéma, venu lui présenter une combinaison de faux pectoraux et d’épaulettes en mousse. Le studio voulait un Superman visuellement écrasant sans attendre que l’acteur transforme son corps. Reeve, lui, avait une autre idée en tête : construire ses muscles pour de vrai.

À retenir

  • Un refus catégorique face à la mousse : quelle était vraiment l’alternative proposée par les studios ?
  • David Prowse, l’homme mystérieux derrière la transformation physique : pourquoi lui plutôt qu’un autre ?
  • Des chiffres qui donnent le vertige : combien de kilos en combien de temps exactement ?

Une combinaison de mousse refusée sur le champ

L’anecdote, Christopher Reeve l’a racontée lui-même sur le plateau du Tonight Show de Johnny Carson. Il expliquait que le jour où on lui avait présenté la combinaison, un certain Stuart Freeborn, l’un des meilleurs maquilleurs du métier, était arrivé avec un collant intégral doté de fausses épaules et de faux muscles. La réaction de l’acteur ne s’est pas fait attendre : « Excuse me, it’s either me or the muscles, but not both of this », une réplique un peu tendue puisqu’à ce stade, les producteurs auraient tout aussi bien pu le renvoyer. Un pari risqué pour un acteur alors quasiment inconnu, engagé pour un rôle censé porter à lui seul le plus gros budget de l’époque.

Le raisonnement de Reeve n’était pas qu’une question d’ego ou de vanité physique. L’idée derrière sa démarche était de faire de Superman un homme ordinaire, ce qui correspondait aussi à une représentation saine du corps masculin. Presque cinquante ans plus tard, on retrouve la même logique chez d’autres interprètes du personnage : Henry Cavill, dans un esprit similaire, a refusé de se raser le torse pour éviter le cliché du héros musclé et glabre. Reeve avait posé les bases d’un Superman crédible parce qu’humain, bien avant que Hollywood n’en fasse une discipline à part entière.

David Prowse, alias Dark Vador, sur le tapis de course

Refuser la mousse, c’est une chose. Se muscler en quelques semaines pour incarner l’homme d’acier, c’en est une autre. Pour transformer ce grand échalas de 1,96 mètre en Superman crédible, le réalisateur Richard Donner a fait appel à un nom qui surprend encore aujourd’hui les fans de Star Wars : David Prowse, l’homme qui incarnait physiquement Dark Vador dans la trilogie originale. Le colosse britannique n’était pas qu’un cascadeur en costume noir : Prowse était surtout connu comme Dark Vador à la fin des années 70, mais c’était également un bodybuilder et un instructeur d’entraînement musculaire.

Reeve était certes assez grand pour jouer Superman avec son 1,96 mètre, mais il n’avait rien de la carrure d’un super-héros lors de son casting, et Donner lui avait fait promettre de se muscler à temps, sous peine de perdre le rôle. Le duo Reeve-Prowse a visiblement fonctionné à merveille. Interrogé plus tard sur cette collaboration improbable entre Superman et Dark Vador, le bodybuilder britannique se souvenait avec tendresse : « He was fantastic. He was a very lovely person. We were like brothers, we got along so well together. » Une alchimie entre deux icônes que personne n’aurait imaginée réunir dans une salle de sport en 1977.

Six semaines, quarante livres et un régime de fer

Les chiffres varient légèrement selon les sources, mais tous racontent la même histoire d’une transformation express. Prowse lui-même a résumé la progression sans détour : il a pris Reeve de 170 livres au départ à 212 livres au moment d’enfiler le costume, soit un gain d’environ 19 kilos. D’autres récits évoquent un régime d’entraînement intense de deux mois, supervisé par David Prowse, combinant course à pied le matin, deux heures de musculation et quatre-vingt-dix minutes de trampoline, tout en doublant son apport alimentaire avec un régime riche en protéines, pour ajouter environ quatorze kilos à sa silhouette.

Le trampoline dans la liste des exercices a de quoi surprendre, mais il faisait sens pour un homme censé défier la gravité à l’écran. Reeve lui-même insistait sur le fait que ce travail physique n’était pas accessoire à sa performance d’acteur. Il expliquait qu’on pouvait faire tout le travail intérieur qu’on voulait, cela ne suffirait pas à devenir Superman sans la force physique qui va avec. Une philosophie d’acteur assez rare pour l’époque, où les cascadeurs et les doublures géraient habituellement tout ce qui touchait au physique héroïque.

Le résultat a marqué durablement l’imaginaire collectif. Le physique de Reeve était harmonieux, symétrique, sans les veines saillantes des bodybuilders modernes, ce qui rendait plus crédible l’idée qu’il puisse se fondre dans la foule sous les traits de Clark Kent. Un choix esthétique qui tranche radicalement avec les carrures hypertrophiées des super-héros actuels, sculptées pour des couvertures de magazines de fitness plutôt que pour la crédibilité d’un double rôle.

Un modèle toujours cité par les Superman d’aujourd’hui

Presque cinquante ans après, la méthode Reeve-Prowse reste une référence dans les coulisses de chaque nouvelle adaptation. James Gunn et son équipe ont eux aussi imposé un entraînement physique poussé à David Corenswet pour le dernier reboot du personnage, perpétuant cette idée que Superman doit se construire dans la salle de sport avant de se construire à l’écran. La comparaison avec Henry Cavill, dont les séances de musculation ont été photographiées et republiées dans une demi-douzaine de magazines masculins entre 2011 et 2016, montre à quel point la transformation physique est devenue un argument marketing à part entière, là où celle de Reeve relevait presque du secret d’atelier.

Il reste un détail que peu de documentaires mentionnent : Christopher Reeve n’a pas seulement refusé une combinaison de mousse pour Superman en 1978, il a recommencé l’exercice en prenant encore plus de masse musculaire pour Superman III en 1983, avant de choisir volontairement l’inverse pour Superman IV en 1987, privilégiant le cardio à la prise de volume pour préserver sa santé sur le long terme. Une nuance qui en dit long sur un acteur qui pensait sa carrière de super-héros comme un marathon, pas comme un sprint publicitaire.

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