Vingt-deux épisodes. C’est tout ce qu’il aura fallu à NBC pour jeter l’éponge sur une série de sauveteurs californiens en maillot rouge. Et pourtant, cette annulation express, en 1990, est précisément ce qui a transformé Alerte à Malibu en monstre télévisuel planétaire, celui que le Guinness des records couronnera plus tard comme la série la plus regardée de tous les temps.
À retenir
- Pourquoi NBC a-t-elle jeté l’éponge si rapidement sur cette série ?
- Comment un rachat pour 10 dollars a-t-il pu changer le destin d’une production ?
- Quel secret de la syndication a transformé un flop en phénomène planétaire ?
Un flop américain, ni plus ni moins
Rembobinons. Le pilote débarque sur NBC le 23 avril 1989, porté par David Hasselhoff dans le rôle du lieutenant Mitch Buchannon. Les audiences, elles, ne suivent pas franchement l’enthousiasme des plages californiennes : la série se classe 73e sur 103 programmes lors du classement saisonnier des audiences. Un naufrage discret, noyé dans la masse des productions network de l’époque.
Le vrai coup de grâce vient d’ailleurs : le studio de production GTG, coentreprise entre le groupe Gannett et Grant Tinker, fait faillite, et se retrouve incapable de financer la suite en raison des coûts de production élevés. Un acteur de l’époque, Billy Warlock, résumera la situation avec une franchise désarmante des années plus tard : « On n’a pas été annulés sur NBC à cause des audiences, on n’avait juste plus d’argent ». la série ne mourait pas de son manque de qualité, mais d’un problème purement comptable. Nuance qui change tout pour la suite.
Le rachat à 10 dollars qui a tout changé
Face à cette série jetée aux oubliettes, les créateurs Michael Berk et Douglas Schwartz refusent d’abandonner. Berk racontera plus tard : « On ne voulait pas laisser tomber la série ». Douglas Schwartz demande alors conseil à son oncle, une légende du petit écran : le créateur de Gilligan’s Island et de la Brady Bunch, Sherwood Schwartz, qui, fort du succès de la syndication des rediffusions de ses propres séries, suggère à l’équipe de racheter les droits à GTG, de monter une nouvelle société de production et de se lancer sur le marché lucratif de la syndication.
Le montant de la transaction a de quoi faire sourire : les droits de syndication de la série sont finalement revendus aux partenaires pour seulement 10 dollars. Dix dollars pour récupérer les clés d’un futur empire mondial, l’équivalent d’un menu fast-food pour acheter ce qui deviendra un phénomène à plusieurs milliards de spectateurs cumulés. Convaincre les distributeurs ne sera pas une promenade de santé pour autant : chaque société sollicitée refuse, jusqu’à ce que le distributeur new-yorkais LBS Communications accepte finalement l’accord.
David Hasselhoff, lui, met la main à la poche d’une autre manière. Pour alléger le budget devenu squelettique, il accepte une réduction de 50 % de son cachet d’acteur en échange d’un statut de producteur exécutif, ce qui lui donne droit à une part des bénéfices en cas de succès. Un pari personnel qui se révélera, on le sait aujourd’hui, particulièrement payant : l’acteur affirmera plus tard être devenu l’un des mieux payés de toute la syndication américaine.
Libérée du carcan network, la série explose à l’international
Ce qui semblait une punition (perdre le confort d’une grande chaîne nationale) s’avère en réalité une libération créative et financière. Débarrassée des contraintes de production coûteuses d’un network, l’équipe rationalise tout : décors, musique, effectifs. Même le générique change pour des raisons budgétaires : dès la deuxième saison, le thème « I’m Always Here » de Jimi Jamison remplace l’original pour économiser sur les droits, et devient le thème le plus emblématique de la série.
Sans le savoir, les producteurs viennent de créer la martingale du genre. La série entre en syndication en 1991 et se vend à une vitesse folle à l’étranger. Le distributeur Fremantle propose 300 000 dollars par épisode, misant notamment sur le potentiel publicitaire outre-Atlantique en Allemagne, où David Hasselhoff est une immense star. Le Royaume-Uni suit, avec une seule exigence contractuelle assez cocasse pour une série d’action : la chaîne ITV impose l’absence d’armes à feu et de scènes de violence envers les femmes ou les enfants.
Le résultat dépasse toutes les attentes. Selon Guinness World Records, la série a réuni jusqu’à 1,1 milliard de téléspectateurs hebdomadaires à son pic en 1996, avec un total estimé à 5,7 milliards de vues cumulées sur ses onze saisons. À son apogée, la série est diffusée dans 148 pays et traduite en 44 langues, sur tous les continents sauf l’Antarctique. En France, le succès est tout aussi net : la série débarque sur TF1 le 2 janvier 1991 et y restera fidèle pendant près de quinze ans, avant de connaître de multiples rediffusions sur des chaînes comme TMC, NRJ12 ou plus récemment L’Équipe.
Une leçon qui résonne encore aujourd’hui
Ce qu’il faut retenir de ce sauvetage in extremis, c’est qu’il n’a jamais été question de miracle artistique. Les critiques, elles, sont restées acerbes envers la série tout au long de sa diffusion, lui reprochant son esthétique jugée datée. Mais l’histoire d’Alerte à Malibu prouve qu’un système de diffusion peut compter davantage que le contenu lui-même : libérée des cases horaires rigides et des exigences d’audience immédiate d’un grand network américain, la série a pu se construire un public patient, mondial, fidèle à son ambiance de carte postale plus qu’à des scénarios complexes.
Et l’histoire continue de s’écrire : un revival est actuellement développé du côté de Fox, avec des visages familiers de la culture pop comme Stephen Amell ou Shay Mitchell annoncés au casting, aux côtés du vétéran David Chokachi qui reprendra son rôle de Cody Madison. Preuve, s’il en fallait une, que même annulée deux fois plutôt qu’une, cette histoire de sauveteurs refuse décidément de couler.
Sources : youtube.com | vl-media.fr