Alpha Protocol avait disparu des rayons numériques en 2019. Cinq ans plus tard, il revenait sur GOG, entièrement retapé, alors que personne ne l’attendait plus. Ce genre de résurrection, ce n’est pas de la magie ni un simple accord commercial retrouvé au fond d’un tiroir : c’est le résultat concret d’un programme que GOG avait annoncé depuis des années sans que grand monde en mesure vraiment la portée. Il aura fallu voir Diablo tourner sans accroc sur Windows 11, Ultima ressusciter dans son intégralité et Alpha Protocol reprendre vie pour comprendre-ce-que-l-editeur-avait-vraiment-arbitre/ »>comprendre que la promesse n’était pas qu’un argument marketing.
À retenir
- 87% des jeux créés avant 2010 ont disparu — GOG prétend ramener ce chiffre à zéro
- Un bug dans Ultima IX attendait sa correction depuis 25 ans : GOG vient de le corriger
- Après son indépendance, GOG se positionne contre Steam avec une promesse radicale : vos jeux resteront jouables
Alpha Protocol, le cas d’école
L’histoire d’Alpha Protocol résume à elle seule tout le problème de la préservation vidéoludique moderne. Le jeu, sorti en 2010, avait disparu de plusieurs magasins en ligne dont Steam en 2019. Sega avait alors expliqué qu’il n’avait pas perdu la licence, mais que le problème se situait au niveau des droits sur les musiques qui avaient expiré. Un détail administratif, presque anodin, mais suffisant pour rayer un jeu culte de la circulation pendant des années.
La suite est plus rare : le jeu est officiellement revenu, dans une « nouvelle » version comprenant des succès, une OST sous licence et des contrôles modernisés. Pas une simple remise en vente d’un vieux fichier compilé pour Windows XP, donc, mais un vrai travail de renégociation des droits musicaux et de mise à jour technique. Ce cas a d’ailleurs servi de déclencheur officiel : GOG a expliqué que 2024 avait été pivotal avec la restauration d’Alpha Protocol et des Resident Evil classiques, ces sorties incarnant leur travail de résurrection de jeux bâtis sur des technologies obsolètes que les créateurs originaux ne peuvent plus maintenir, avant de lancer le GOG Preservation Program pour faire vivre les jeux pour toujours.
Diablo, Ultima : la préservation comme reconstruction
Le programme n’a rien d’un simple tampon apposé sur un catalogue existant. Il a démarré avec une centaine de titres classiques comme Diablo, Fallout, Jagged Alliance, Dungeon Keeper 2, Star Control, Icewind Dale, Blade Runner, Alpha Protocol, Arcanum ou Ultima 4, déjà disponibles sur GOG mais désormais réédités avec des versions mises à jour et testées, améliorées grâce aux ressources propres de l’entreprise, avec prise en charge des résolutions modernes et correction des bugs bloquants. Concrètement, cela veut dire des équipes qui replongent dans du code vieux de trente ans pour qu’un moteur pensé pour un écran cathodique accepte un écran 4K sans exploser.
Le cas Ultima illustre bien l’ampleur du chantier. Trois titres supplémentaires, Ultima Underworld 1, Ultima Underworld 2 et Ultima IX: Ascension, ont rejoint le programme, ce qui fait que l’intégralité de la saga Ultima est désormais préservée et jouable sur du matériel moderne pour la première fois. Un détail savoureux donne la mesure du travail effectué : les runes ne flottent désormais plus que lorsqu’elles sont censées le faire dans Ultima IX, grâce à GOG. Un bug vieux de vingt-cinq ans, corrigé pour le plaisir de quelques milliers de nostalgiques.
Derrière ces exemples se cache un chiffre qui justifie toute la démarche. La Video Game History Foundation a partagé que 87 % des jeux créés avant 2010 sont aujourd’hui inaccessibles. Face à ce constat, l’ambition affichée est claire : faire descendre ce chiffre à zéro avec l’aide de la communauté des joueurs. Et la progression suit : en 2025, 312 jeux ont rejoint le catalogue GOG via le Dreamlist, la communauté ayant voté plus de 13 millions de fois et partagé plus de 57 000 histoires, avec 243 000 votes concrétisés. Sur 2024 et 2025 cumulés, le Preservation Program a accueilli 267 jeux pour un total de 1461 améliorations de préservation, entre corrections de compatibilité, contenus restaurés, gains de stabilité et ajustements de confort.
Le vrai changement : une indépendance retrouvée
Ce qui distingue vraiment GOG aujourd’hui, ce n’est pas seulement la liste de jeux réparés. C’est le changement de statut de l’entreprise elle-même. GOG s’est séparé de sa maison mère CD Projekt fin 2025, son magasin et sa plateforme GOG Galaxy ayant été rachetés par le cofondateur Michał Kiciński pour 25,2 millions de dollars, ramenant GOG à une propriété indépendante. La société a évoqué de futures missions de sauvetage visant à restaurer des titres anciens ou abandonnés afin qu’ils puissent fonctionner sur des systèmes modernes, des efforts qui doivent s’étendre à partir de 2026 et positionner GOG comme un conservateur plus actif de l’histoire du jeu vidéo plutôt que comme une simple vitrine.
Ce virage stratégique ne sort pas de nulle part. Dans un billet de blog, GOG a glissé une pique bien placée contre Steam, affirmant être la seule plateforme à engager ses propres ressources pour s’assurer que les jeux achetés restent jouables, en réaction à Valve qui expliquait qu’un achat numérique n’accorde qu’une licence d’utilisation. Le message est limpide : là où d’autres vendent un droit d’accès révocable, GOG revendique un travail d’ingénierie continu sur des jeux qui, techniquement, n’intéressent plus personne financièrement. Une position qui a valu à l’entreprise une élection au conseil d’administration de l’EFGAMP, le Checkpoint Award 2025 pour ses activités de préservation, et un panel dédié à la préservation lors de la GDC 2026.
La méthode reste toutefois limitée par le droit. Certains titres cultes, faute de propriétaire clairement identifié sur leurs droits musicaux ou logiciels, restent bloqués sur la liste d’attente communautaire sans qu’aucune restauration ne soit possible dans l’immédiat, peu importe la demande des joueurs. Le Preservation Program ne fonctionne d’ailleurs pour l’instant que sous Windows, ce qui laisse de côté toute une frange de joueurs sur d’autres systèmes. La préservation totale du jeu vidéo n’existe donc pas encore, mais elle progresse titre par titre, contrat par contrat, et c’est déjà nettement plus que ce que proposait l’industrie il y a cinq ans.
Sources : next.ink | gameshub.com