Deux ans, deux franchises retrouvées, un seul vrai pari original par an. Voilà comment Pixar a verrouillé son calendrier 2026-2027 : d’un côté Toy Story 5, retour assuré des jouets de Bonnie, de l’autre Gatto, seule vraie tentative de renouvellement du studio sur la période. Entre les deux, un flop retentissant qui a tout changé.
À retenir
- Un flop de 150 millions de dollars a-t-il vraiment suffi à renverser la philosophie créative de Pixar ?
- Comment le studio justifie-t-il cette inversion radicale de ses priorités entre franchises et nouveautés ?
- Quand disparaît l’équilibre entre sécurité commerciale et prise de risques créatifs chez Pixar ?
Elio, le flop qui a tout précipité
Il faut remonter à l’été 2025 pour comprendre le virage. Elio, dernière tentative 100 % originale du studio avant cette période, s’est écrasé au box-office avec le pire démarrage de l’histoire de Pixar en trente ans, avec 21 millions de dollars aux États-Unis et 35 millions de dollars dans le monde. Un chiffre d’autant plus douloureux que le film, qui suit un garçon de 11 ans en mission intergalactique, avait coûté 150 millions de dollars à produire, marketing mondial non compris.
Le vrai signal d’alarme, c’est la continuité du problème. Avec le faible succès d’Elio, Pixar n’a pas réussi à lancer une nouvelle franchise depuis Coco en 2017. Quatre tentatives, quatre déceptions relatives : Onward en 2020, Lightyear en 2022 et Elemental en 2023 montrent que le seul nom Pixar ne suffit plus à remplir les salles. Interrogé sur ce fiasco, le patron créatif du studio a été d’une franchise désarmante : Pete Docter a expliqué que le public n’est souvent plus prêt à prendre de risques sur des films originaux, préférant « davantage de ce qu’il connaît ». Une phrase qui vaut aveu de stratégie.
2026-2027 : le compromis entre nostalgie et prudence
Concrètement, le calendrier s’est resserré autour d’un schéma simple : un film original en ouverture d’année, un poids lourd familier derrière pour sécuriser les caisses. En 2026, Hoppers a ouvert le bal en mars avec l’histoire d’une adolescente transférant sa conscience dans un castor robotique. Le pari a payé : le film a signé le meilleur démarrage pour un film d’animation original depuis 2017, de quoi redonner un peu d’air au studio après le traumatisme Elio.
Puis vient l’assurance-vie du calendrier. Toy Story 5 a débarqué en juin, portée par un retour attendu de Woody, Buzz et Jessie face à une nouvelle tablette baptisée Lilypad qui bouscule leur place dans la chambre de Bonnie. Le film a bénéficié d’un traitement royal, jusqu’à une chanson originale signée Taylor Swift dévoilée juste avant la sortie. Pour 2027, Pixar ne prend cette fois qu’un seul risque calculé avec Gatto, réalisé par Enrico Casarosa (déjà derrière Luca), une variation de film de gangsters avec un chat noir vénitien doublé par Mark Ruffalo, endetté auprès d’un parrain félin doublé par Laurence Fishburne. Signe que même les originaux sont désormais pensés comme des paris plus sûrs, le studio a déplacé le film de l’été vers le début du printemps, la même fenêtre où Hoppers avait bien performé, synonyme de moins de concurrence et donc de plus d’air.
Résultat concret : sur ces deux années, seuls deux films portent vraiment le poids commercial du studio aux yeux de Disney, Toy Story 5 en 2026 et la promesse de Gatto en 2027, pendant que les vraies curiosités narratives sont reléguées au rang de complément plutôt que de tête d’affiche. C’est une inversion complète de la logique qui a fait la réputation de Pixar pendant vingt ans, où l’original était la norme et la suite l’exception.
Après 2027, le grand retour des franchises
Et la suite ne dément rien de cette tendance. Incredibles 3 est calée pour le 16 juin 2028, avec un changement de taille : Brad Bird, réalisateur des deux premiers volets, ne fait plus que l’écriture, la mise en scène revenant à Peter Sohn, réalisateur d’Elemental. Le timing n’est pas anodin puisqu’il replace le film dans la même fenêtre de sortie que son prédécesseur, qui avait rapporté 1,2 milliard de dollars dans le monde en juin 2018.
Coco 2 suit dans la file d’attente, avec Lee Unkrich et Adrian Molina de retour respectivement à la réalisation et à la co-réalisation, sur un projet longtemps resté en sommeil après le succès du premier film. Pete Docter a également confirmé travailler sur un troisième Monsters, Inc., tandis qu’un article du Wall Street Journal évoquait trois autres projets encore non annoncés en interne. Sur le versant des vraies nouveautés, deux titres percent malgré tout : une comédie musicale inédite réalisée par Domee Shi (Alerte rouge), première du genre pour le studio, et Ono Ghost Market, récit inspiré de légendes asiatiques où vivants et morts se côtoient, mais dont la sortie ne devrait pas arriver avant 2028, voire plus tard selon l’avancement encore précoce du projet.
La proportion parle d’elle-même : sur les six à sept films confirmés jusqu’en 2029, quatre sont des suites de franchises vieilles de sept à vingt-cinq ans, contre deux vraies nouvelles histoires en gestation. Pixar n’a pas renoncé à l’originalité, le studio continue d’ailleurs de développer des concepts inédits en coulisses, mais il a clairement choisi de ne plus les mettre en première ligne du calendrier. La vraie question n’est plus de savoir si le studio osera encore l’original, mais combien de temps ce nouvel équilibre tiendra avant que le public ne réclame, lui aussi, autre chose que des retrouvailles.
Sources : begeek.fr | ecranlarge.com