Le feuilleton quotidien le plus suivi de France vient de doubler la taille de son terrain de jeu. Depuis le 10 février 2026, France Télévisions dispose à Vendargues, dans l’Hérault, de deux bâtiments flambant neufs qui viennent gonfler la capacité de tournage du site où « Un si grand soleil » pose ses caméras depuis 2018, la série étant diffusée quotidiennement sur France 3. si les décors semblent soudain plus vastes, plus fouillés, plus ambitieux à la rentrée, ce n’est pas une impression : les équipes ont littéralement de la place en plus pour construire.
À retenir
- Pourquoi les décors d’Un si grand soleil paraîtront soudainement différents à la rentrée ?
- Quelles technologies révolutionnaires permettront bientôt de simuler des paysages inimaginables ?
- Quels autres projets télévisés et cinématographiques vont partager ce nouvel espace ?
Un chantier qui double la surface disponible
L’inauguration a eu lieu en présence de la présidente du groupe, Delphine Ernotte Cunci, qui a salué une « nouvelle étape pour France Télévisions à Vendargues, huit ans après notre première implantation pour la création d’Un si grand soleil, feuilleton quotidien le plus suivi de France ». Les chiffres donnent le tournis : deux nouveaux bâtiments, construits sur un site de deux hectares, comprennent quatre plateaux fonds verts de 300 à 800 m2, des bureaux, loges, espaces de stockages et de restauration, sur une surface totale couverte de 8 000 m2. À titre de comparaison, c’est à peu près l’équivalent d’un terrain et demi de football entièrement dédié au fond vert et à la fabrication d’images.
Ces nouveaux espaces ne se contentent pas d’accueillir des rallonges de décor classiques. Ils pourront accueillir tous types de production, françaises ou étrangères : longs-métrages, fictions, documentaires, jeux vidéos, films publicitaires et clips musicaux, y compris des productions en public, ce qui n’était pas possible auparavant. Le producteur exécutif de V Studios, Olivier Roelens, résume l’ambition du lieu sans détour : « On pourrait tout tourner, ici. On peut imaginer du clip, de la publicité, des tournages de téléfilm, cinéma, même de l’évènementiel parce que ces plateaux peuvent accueillir du public ».
Des fonds verts calibrés au millimètre
Le vrai bond technologique se joue moins dans les mètres carrés que dans la précision de l’incrustation numérique. Les studios sont conçus pour permettre les incrustations de décors virtuels les plus détaillées possibles, tous équipés de fond vert, la qualité tenant à un éclairage uniforme et un vert « bien métal » permettant d’incruster des environnements le possible, détaille Léo Péchon, superviseur FX chez Les Tontons Truqueurs. Concrètement, ça veut dire des paysages qui n’existent nulle part ailleurs qu’en post-production, mais qui apparaîtront à l’écran comme un décor grandeur nature.
Ce virage numérique n’est pas né de la dernière pluie. Dès 2021, le site expérimentait déjà des murs LED capables d’afficher des arrière-plans en 3D en temps réel derrière les comédiens. À l’époque, Olivier Roelens expliquait déjà l’intérêt de la manœuvre : « on peut simuler un paysage, un site beaucoup plus vaste que dans la réalité ». Cinq ans plus tard, la promesse s’est concrétisée à plus grande échelle, avec des infrastructures capables de gérer plusieurs tournages simultanés.
Un si grand soleil, locataire principal mais plus seul
La série de France 3 reste le cœur battant du site, mais elle n’y tourne plus toute seule. Dès l’automne suivant l’ouverture des nouvelles installations, ces nouveaux plateaux accueillent, outre le tournage quotidien d’Un si Grand Soleil, les tournages de trois autres fictions TV : Demain nous appartient (TF1) pour des séquences de trucages sur fonds verts, la série américaine Monsieur Spade produite pour la chaîne AMC, et Les Pennac(s) Un air de famille, qui y tourne toutes ses séquences de commissariat. Autant dire que Vendargues n’est plus le studio d’une seule série, mais un véritable hub de production mutualisé, où les décors et les équipes techniques circulent d’un plateau à l’autre.
Côté équipements dédiés au décor justement, le détail est parlant : trois studios de tournage de 1 133 m² chacun et un studio « virtuel » de 600 m², des locaux dédiés à la décoration de 500 m², un atelier de peinture de 250 m², ainsi qu’un espace menuiserie permettant la construction de décors sur place. Ce dernier point change tout pour les équipes artistiques : plus besoin de sous-traiter la fabrication d’un mobilier ou d’un pan de mur à l’extérieur, tout se pense et se construit sur site, du croquis au clou planté. Un gain de temps qui se traduit directement à l’écran par des décors plus soignés et renouvelés plus souvent.
Vendargues, future capitale française de l’image
Derrière cette extension, il y a une stratégie régionale assumée. La Région Occitanie a co-financé le projet aux côtés du plan France 2030, dans le cadre de l’appel à projets « la Grande Fabrique de l’Image », dont l’objectif est de placer la France à la pointe des industries culturelles et créatives. Sa présidente Carole Delga ne cache pas ses ambitions pour le site, qu’elle voit comme un pôle capable de rivaliser à l’échelle internationale, se réjouissant « de voir France Télévisions choisir encore une fois Vendargues et l’Occitanie pour ses nouveaux studios (…) une excellente nouvelle qui vient renforcer l’écosystème montpelliérain des industries culturelles et créatives et conforter notre projet d’en faire un pôle d’envergure internationale ».
Le surnom local de « Vendargwood » n’est plus vraiment une blague. Le site, déjà installé depuis 2018 et tournant chaque jour un épisode inédit pour alimenter la diffusion quotidienne, retient aussi l’attention pour son poids économique : les retombées directes des séries quotidiennes tournées dans la région sont évaluées à 70 millions d’euros, dont plus de 32 millions d’euros pour l’emploi de techniciens et d’interprètes d’Occitanie. Reste une question que les fans de la série se posent déjà en coulisses : avec autant de place et de nouvelles technologies d’incrustation à disposition, jusqu’où les scénaristes vont-ils pouvoir pousser le curseur des décors extérieurs qu’on croira désormais avoir été filmés à l’autre bout du monde ?
Sources : jeanmarcmorandini.com | france3-regions.franceinfo.fr