Deux saisons. Trente-deux épisodes. Puis plus rien. Voilà le bilan comptable de Sous le soleil de Saint-Tropez, le spin-off qui devait faire revivre la bande de copains la plus célèbre du petit écran français et qui s’est arrêté aussi vite qu’il était arrivé sur TMC. Pour toute une génération abonnée aux plages de Saint-Trop’ depuis la fin des années 90, la nouvelle avait un goût amer : Caroline, retrouvée avec un vrai plaisir de nostalgique, n’aura eu droit qu’à un sursis télévisuel.
La série originale, elle, n’avait rien d’un feu de paille. Créée en 1996, elle a été diffusée jusqu’en 2008 sur TF1 et s’est imposée comme la fiction française la plus exportée dans le monde sous le titre St Tropez, selon Puremédias. Treize saisons, 480 épisodes : le genre de longévité qui transforme des personnages de fiction en presque-membres de la famille pour des millions de foyers. Alors quand TMC et la maison de production Marathon ont annoncé travailler sur une suite, l’enthousiasme était logique. Mais la suite en question allait révéler, dès le casting, les limites de l’exercice.
À retenir
- Caroline fait son grand retour à Saint-Tropez après avoir échappé à la mort, mais deux tiers du trio originel brillent par leur absence
- Le tournage est endeuillé par la disparition d’un acteur historique avant même le lancement du projet
- Malgré 32 épisodes diffusés en deux saisons, la magie n’opère pas face au public et à la nouvelle génération
Le come-back de Caroline, la grande absente de Laure et Jessica
Le point de départ du reboot avait pourtant tout pour intriguer les fans les plus fidèles. Dans la série originale, l’avocate Caroline Drancourt mourait assassinée par son ex. Mais la production avait trouvé la parade scénaristique parfaite pour la faire revenir : les téléspectateurs se souviennent que la pauvre avocate avait été tuée par son ex dans la série, mais en fait, Caroline n’a pas vraiment été assassinée, expliquait alors un communiqué de TMC cité par Puremédias. Adeline Blondieau reprenait donc son rôle iconique, prête à revenir à Saint-Tropez pour affronter les conséquences de sa fausse mort.
Le hic, c’est que le duo qui faisait tout le sel du trio originel n’a jamais suivi. Laure et Jessica, respectivement incarnées par Bénédicte Delmas et Tonya Kinzinger, ne feront pas partie du remake de la série, prévu sur TMC, et les deux comédiennes ne rejoindront pas leur amie Adeline Blondieau pour de nouvelles aventures, révélait Télé Loisirs à l’époque. Les raisons avancées différaient selon les sources : en coulisses, on expliquait que Tonya Kinzinger aurait refusé de remettre ça en raison de la réduction de ses cachets, tandis que la comédienne évoquait plutôt une incompatibilité de plannings, notamment à cause d’un autre tournage et de l’animation de la Star Academy sur NRJ 12. Bénédicte Delmas, elle, avait tourné la page comédienne pour se consacrer à la réalisation, tout en confiant garder l’espoir de retrouver un jour sa famille de coeur si une deuxième saison voyait le jour.
Deux départs qui n’ont rien d’anodin quand on connaît l’ADN du programme. La série suivait les aventures parfois rocambolesques de Laure, Caroline et Jessica, trois amies inséparables aux évolutions de carrière assez improbables : Jessica passée du cours de danse au fauteuil de maire de Saint-Tropez, Laure de l’infirmerie à la direction de clinique en passant par une secte, Caroline de la chanson au barreau. Amputer ce triangle de deux tiers de son casting fondateur revenait à relancer une équipe de foot sans deux titulaires historiques : jouable sur le papier, fragile dans les faits.
Un tournage marqué par le deuil et une diffusion vite écourtée
Le projet a aussi été frappé par un drame bien réel avant même son lancement. Le comédien Stéphane Slima, qui incarnait Alain Dulac depuis douze ans dans le feuilleton original, devait initialement figurer au générique de la suite. Un retour était bel et bien prévu, mais le comédien est décédé d’un AVC en août 2012, peu de temps avant le tournage, à l’âge de 41 ans. Un contexte lourd pour une équipe qui devait déjà composer avec les défections de Laure et Jessica.
Malgré ces obstacles, TMC a tenu son pari de diffusion. Le feuilleton, créé par Pascal Breton, a été diffusé en 32 épisodes de 40 minutes du 2 mars 2013 au 17 mai 2014 sur TMC. Deux saisons, donc, pour un programme censé relancer une franchise qui avait tenu treize ans sur TF1. Le contraste est frappant : quand l’original cumulait 480 épisodes sur plus d’une décennie, le reboot n’a même pas atteint le dixième de ce total avant de tirer sa révérence. Un rythme de diffusion accéléré, comme si TMC elle-même n’avait jamais vraiment cru au potentiel de longévité de sa création.
Pourquoi le mythe n’a pas pris sur une nouvelle génération
Difficile de ne pas y voir un problème de recette. Le succès de Sous le soleil reposait sur un trio fondateur dont l’alchimie s’était construite sur des années d’antenne, avec des audiences fidélisées épisode après épisode. Retirer deux des trois piliers, c’est un peu comme reformer un groupe de musique culte en gardant seulement le batteur : la nostalgie fonctionne un temps, portée par la curiosité des anciens fans, mais elle ne suffit pas à recréer la magie originale ni à conquérir un public qui n’a pas connu les débuts.
Ce syndrome du reboot amputé n’est d’ailleurs pas propre à Saint-Tropez. Les tentatives de faire revivre des sagas populaires des années 2000 en misant sur un casting partiel se heurtent régulièrement au même mur : sans la totalité de l’équipe originale, le public a l’impression de retrouver un décor plutôt que des personnages. La série continue toutefois d’exister ailleurs : elle est rediffusée sur TF6 depuis le 23 juin 2013, preuve que l’appétit nostalgique pour Saint-Tropez, lui, n’a jamais vraiment disparu, même si la suite officielle n’aura, elle, jamais dépassé ses deux premières saisons.
Sources : ozap.com | purepeople.com