Fini le duo Larosière et Lampion : depuis la dernière relance, ce sont deux inconnus qui mènent les enquêtes dans les années 1970

Le commissaire Larosière et l’inspecteur Lampion ont tiré leur révérence depuis longtemps déjà. Depuis 2021, ce sont deux tout autres visages qui arpentent les commissariats de la région lilloise dans « Les Petits Meurtres d’Agatha Christie » : la commissaire Annie Gréco et l’inspecteur Max Beretta, épaulés par une psychologue aussi excentrique qu’indispensable, Rose Bellecour. Un changement radical d’équipe, de décennie et même de philosophie scénaristique, qui a redessiné entièrement l’ADN de cette collection culte de France 2.

À retenir

  • Trois inconnus de la télévision remplacent le duo légendaire : qui sont vraiment ces nouveaux enquêteurs ?
  • Pourquoi la production a-t-elle abandonné les romans d’Agatha Christie pour cette nouvelle saison ?
  • Une commissaire femme en 1972 au cœur d’un machisme ambiant : le pari thématique de cette relance

Un trio pour remplacer un duo mythique

La commissaire Annie Gréco prend poste au commissariat de Lille en 1972, en tant que première femme commissaire. Un symbole fort pour une série qui a toujours aimé jouer avec les codes de son époque. L’intrigue démarre lorsqu’Annie Gréco, première femme nommée commissaire en France en 1972, débarque au commissariat de Lille et doit faire face au machisme ambiant. rien à voir avec les décennies précédentes : après le duo Larosière-Lampion planté dans les années 1930, puis le trio Laurence-Avril-Leroy installé fin des années 1950 et début des années 1960, la production a cette fois choisi de placer son intrigue en pleine décennie disco, entre pattes d’éléphant et libération des mœurs.

Pour composer ce nouveau casting, la production s’est tournée vers des visages moins archi-connus du grand public que ceux qui les ont précédés. En octobre 2020, la production trouve un nouveau trio : Emilie Gavois-Kahn dans le rôle de la commissaire Annie Gréco, Arthur Dupont dans le rôle du flic Max Beretta, et Chloé Chaudoye dans le rôle de la psychologue Rose Bellecour. Un pari sur des comédiens capables de porter seuls une franchise installée depuis plus d’une décennie sur le service public, loin de la notoriété qu’avaient acquise Antoine Duléry et Marius Colucci au fil des saisons.

Côté intrigue, le ton reste fidèle à l’esprit de la maison : premier crime, premiers soupçons, et une héroïne qui doit s’imposer dans un milieu hostile. Dès sa prise de fonction, alors qu’elle doit lutter dans un milieu machiste, l’inspecteur Max Beretta et elle ont déjà une première enquête sur les bras, celle d’un acteur retrouvé assassiné dans sa caravane en plein tournage. De quoi planter immédiatement le décor d’une saison qui mêle glamour du cinéma, provocations sociétales et enquêtes à l’ancienne. Cette réinvention du casting n’a d’ailleurs rien d’un hasard de calendrier : elle intervient après le départ volontaire du trio précédent, qui souhaitait tourner la page après plusieurs années de bons et loyaux services.

Les années 70, un terrain de jeu assumé

Changer d’époque n’est jamais anodin pour une série aussi identifiée à son décor que celle-ci. La production ne s’en est pas cachée : cette bascule vers les seventies répondait à une envie précise de renouvellement esthétique et thématique. La mode est ultra-sexy, les mini-jupes s’affichent avec des cuissardes, les pantalons sont très moulants, avec pattes d’éléphant obligatoires, tandis que hippies et imprimés fleurissent. Un choix qui permet à l’équipe artistique de renouveler entièrement les décors, les costumes et la bande-son après onze épisodes passés dans les années 1930 et vingt-sept dans les années 1960.

Mais au-delà du style vestimentaire, c’est surtout le rapport aux mœurs qui intéressait les scénaristes. Liberté sexuelle et libération de la femme cachent alors un machisme ambiant hallucinant, avec le règne du mâle viril et sa drague lourde. Un terreau parfait pour une héroïne comme Annie Gréco, confrontée en permanence à des collègues masculins qui peinent à accepter son autorité. La série assume d’ailleurs pleinement cette dimension engagée, la productrice Sophie Révil ayant insisté sur la continuité féministe de la franchise à travers les décennies.

Rupture avec les romans d’Agatha Christie

Autre bouleversement de taille, moins visible à l’écran mais tout aussi structurant : cette nouvelle mouture a coupé le cordon avec l’œuvre de la reine du crime. À l’exception du premier épisode, les épisodes de cette saison ne sont plus adaptés de romans à succès d’Agatha Christie, contrairement aux deux précédentes fournées qui puisaient largement dans le catalogue de la romancière britannique. Un choix assumé par la production, qui expliquait vouloir s’éloigner d’un exercice devenu trop contraignant à mesure que les intrigues les plus emblématiques avaient déjà été exploitées.

Ce virage scénaristique n’a pas empêché la série de conserver son identité. Meurtres en huis clos, fausses pistes, rebondissements de dernière minute : les ingrédients qui ont fait le succès de la franchise depuis son lancement en 2009 restent présents, simplement affranchis du canevas originel des romans. Une manière pour l’équipe de scénaristes de se réapproprier totalement les enquêtes, sans craindre la comparaison directe avec le matériau source.

Une page définitivement tournée

Ce nouveau chapitre, qui a duré une dizaine d’épisodes diffusés entre 2021 et 2024, aura finalement été le dernier de toute la franchise. Le 13 février 2024, la productrice Sophie Révil a annoncé que l’épisode diffusé serait le dernier de la série « Les Petits Meurtres d’Agatha Christie » après quinze années de diffusion. Gréco, Beretta et Bellecour referment donc, sans le savoir au moment de leur arrivée, le dernier tiroir d’une saga qui aura traversé trois décennies fictives et changé quatre fois de visage principal en quinze ans d’antenne réelle.

Un détail amusant a d’ailleurs échappé aux équipes de décoration pendant le tournage de cette dernière saison : en dépit du soin apporté aux décors et aux accessoires, quelques anachronismes peuvent être remarqués, comme l’inspecteur Beretta au volant d’une Renault 15, un modèle qui n’existait pas encore à l’époque où se déroule l’intrigue. Une coquille mineure, presque touchante, qui rappelle que reconstituer fidèlement une décennie entière, même avec quinze ans d’expérience de collection derrière soi, reste un exercice périlleux.

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