Le « Camping de la Dune », à Pyla-sur-Mer, a officiellement changé de nom. Depuis la sortie du film de Fabien Onteniente en 2006, l’établissement s’appelle désormais « Camping des Flots Bleus », exactement comme dans la fiction. Un rebaptême qui en dit long : ici, on ne vient plus pour la plus haute dune d’Europe qui trône juste à côté, mais pour marcher dans les pas de Patrick Chirac, Jacky Pic et leur bande de campeurs increvables.
À retenir
- Un simple camping ordinaire a basculé en symbole culturel en quelques semaines seulement
- Le portique d’entrée est devenu le selfie obligatoire d’une génération de vacanciers
- Même un incendie qui a ravagé le site à 80% n’a pas éteint la flamme du mythe
Un décor de comédie devenu circuit touristique en quelques semaines
Le phénomène n’a pas mis des années à s’installer. Un reportage du journal télévisé de France 2, diffusé le 15 mai 2006, soit quelques semaines après la sortie en salles le 26 avril, le constatait déjà noir sur blanc. Le camping était devenu « un nouveau circuit touristique à la mode depuis l’énorme succès du film, un lieu de pèlerinage pour les nombreux fans du film ». Trois semaines de succès en salle, et voilà tout un territoire touristique redessiné autour d’un scénario de vacances ratées.
La direction du camping, elle, n’a pas boudé son plaisir. À l’époque, le patron des lieux tablait sur des recettes « qui devraient augmenter de 20% », et comptait bien surfer sur la vague : « il va y avoir un parcours fléché, pour tous les lieux de tournage, il va y avoir des photos, et puis un diaporama ». Sur la durée, l’effet a largement dépassé les pronostics les plus optimistes : selon Wikipédia, l’établissement a triplé son chiffre d’affaires entre 2004 et 2008, tout en vendant des produits dérivés du film comme des T-shirts et des sacs. Une réceptionniste confiait même sa fierté à la caméra à l’époque : « On est fier, ça s’est passé chez nous, on joue la carte du film à fond, c’est extraordinaire ».
Le selfie au portique, nouveau rituel de vacances
Vingt ans plus tard, le rituel n’a pas changé d’un iota. À l’entrée du camping, sous le portique qui a gardé son nom fictif des « Flots Bleus », les visiteurs continuent de prendre la pose de leur héros. Un fan résumait récemment l’affaire avec une évidence désarmante : « C’est mythique comme film. On passe devant et on s’arrête. Forcément, faire la photo c’est drôle. » on ne visite plus un simple emplacement de camping, on coche une étape obligée d’un pèlerinage pop-culture, au même titre qu’on irait poser devant une affiche géante.
Le plus étonnant, c’est que ce décor a fini par attirer un fan qui a littéralement fusionné avec le mythe. Un vacancier revient chaque année depuis 41 ans, installé au pied de la dune, toujours dans le même bungalow, comme dans le film. Une fidélité qui dépasse largement celle de Patrick Chirac lui-même, puisque le personnage joué par Franck Dubosc, après trois films, n’est jamais revenu au camping. La fiction s’efface, le folklore réel prend le relais.
Toutes les scènes n’ont d’ailleurs pas été tournées au même endroit, ce qui n’empêche pas les touristes de s’y tromper allègrement. Les scènes de ping-pong et la fameuse course de canards ont été filmées au camping La Canadienne, à Arès, tandis que le point de vue de l’emplacement 17 de Jacky Pic a été tourné dans le parking de la plage du Petit Nice, un peu plus au sud de la dune. Mais dans l’imaginaire collectif, un seul lieu concentre toute la magie : « c’est bien le camping des Dunes, et notamment son entrée, qui symbolise le plus l’œuvre cinématographique », comme le rappelaient les archives de l’INA.
L’incendie de 2022, quand la fiction a failli brûler pour de vrai
Le décor le plus célèbre du cinéma populaire français a bien failli disparaître. Mi-juillet 2022, un incendie de forêt d’ampleur ravage la zone de la Teste-de-Buch, juste au pied de la dune du Pilat. le camping des Flots Bleus est ravagé à plus de 80% par les incendies, contraignant les vacanciers à une évacuation d’urgence en pleine nuit. Une scène presque irréelle pour un lieu associé, depuis seize ans, à l’insouciance des vacances estivales.
La reconstruction, elle, a été menée tambour battant. Neuf mois à peine après la catastrophe, l’incendie qui a dévasté les lieux en juillet 2022, le camping des Flots Bleus a rouvert ce lundi matin, en avril 2023. Le propriétaire des lieux résumait l’enjeu symbolique en une formule : « On envoie un signal fort en disant ‘on s’est relevé tel le Phénix qui renaît de ses cendres' ». Un an plus tard, le pari semble tenu : la première saison estivale complète depuis la reconstruction a affiché une belle fréquentation, selon son gérant, marquée par une « belle fréquentation », avec un mélange d’habitués fidèles et de curieux venus tout exprès.
Vingt ans après, le mythe résiste mieux que la mémoire cinéphile
Il y a quelque chose d’assez savoureux dans ce décalage. Le film « Camping » a certes séduit une comédie française sortie en 2006, séduisant pas moins de 5,47 millions de spectateurs, et généré deux suites en 2010 et 2016. Mais la presse, elle, n’a jamais été tendre avec la saga : malgré un accueil mitigé de la presse, le succès public a été considérable. Le public a tranché autrement que les critiques, et c’est précisément ce public-là qui continue, saison après saison, à débarquer avec son appareil photo devant un portique de camping ordinaire transformé en madeleine de Proust collective.
Ce que peu de visiteurs savent, en revanche, c’est que le rôle de Jacky Pic, immortalisé par Claude Brasseur avec sa mauvaise foi tendre et son obsession pour l’emplacement 17, avait d’abord été écrit pour un autre acteur. Le rôle avait d’abord été écrit pour Jacques Villeret, disparu en janvier 2005, et Fabien Onteniente lui dédie le film. Un détail qui donne une tout autre épaisseur à ce bout de terrain de camping devenu, sans qu’on l’ait vraiment décidé, l’un des décors les plus visités du cinéma populaire français.