Vous pensez que chaque personnage de vos dessins animés préférés avait son propre acteur, planqué quelque part dans un studio parisien. Erreur. Pendant plus de soixante ans, un seul homme a prêté sa voix à la moitié de votre panthéon d’enfance, sans que personne ne fasse jamais le lien. Roger Carel n’a jamais eu de visage connu du grand public. Il en avait sept, huit, peut-être plus. Voici l’histoire d’une supercherie affectueuse qui a duré toute une vie.
1. Astérix, le Gaulois qu’il a incarné pendant 40 ans
De « Astérix le Gaulois » en 1967 jusqu’à « Astérix et les Vikings » en 2006, Roger Carel a été LA voix du petit guerrier moustachu dans une dizaine de films d’animation. Une longévité folle : il a littéralement grandi (vocalement) avec le personnage, traversant quatre décennies sans jamais changer de registre. Quand il a fini par passer la main, une partie du public a eu l’impression qu’Astérix lui-même avait pris sa retraite.
2. C-3PO, le droïde qu’il a doublé sans connaître Star Wars
En 1977, Roger Carel enregistre la version française de « La Guerre des étoiles » en quelques jours, sans avoir vu le film en entier ni saisi l’ampleur du phénomène qui s’annonce. Il invente à la volée ce ton pincé et anxieux qui deviendra iconique. Résultat : des générations de Français ont grandi persuadées que C-3PO avait toujours cette voix-là, alors qu’elle sortait d’un comédien qui, sur le moment, trouvait surtout le rôle « un peu ridicule ».
3. Winnie l’ourson, la voix doudou de tout un pays
Le petit ours jaune obsédé par le miel, c’est aussi lui. Roger Carel prête sa voix à Winnie dans les productions françaises Disney dès les années 1970, avec ce débit un peu pataud et cette gourmandise dans chaque syllabe. Le comédien réussissait un tour de force : rendre crédible un ours en peluche naïf juste après avoir doublé un droïde parano ou un guerrier gaulois. Personne, à l’époque, ne fait le rapprochement.
4. Kermit la Grenouille, la voix du Muppet Show version française
Dans les années 1970-1980, quand « Le Muppet Show » débarque sur les écrans français, c’est encore Roger Carel qui prête sa voix à Kermit, le présentateur grenouille dépassé par ses propres marionnettes. Un rôle plus discret dans sa filmographie, mais révélateur de son incroyable spectre : la même semaine, il pouvait enregistrer un Gaulois viril, un ourson benêt et une grenouille exaspérée sans jamais se répéter.
5. Le Prince Jean, le lion looser de « Robin des Bois »
Dans le Disney de 1973, Roger Carel incarne le Prince Jean, ce lion capricieux qui suce son pouce dès qu’on prononce le nom de sa mère. Une performance quasi comique tant elle contraste avec ses autres rôles plus héroïques. Le comédien s’amuse visiblement à surjouer la lâcheté royale, prouvant qu’il pouvait aussi bien incarner des figures fortes que des antagonistes pathétiques et hilarants.
6. Yakari, la voix qui a bercé les années 80
Moins connu du grand public, ce rôle a pourtant marqué toute une génération d’enfants des années 1980 : Roger Carel prête sa voix à des personnages de la série animée « Yakari », dans la lignée de ses doublages pour la jeunesse. Une preuve supplémentaire que le comédien ne faisait pas de distinction entre gros blockbusters et productions plus modestes : chaque rôle recevait le même soin artisanal.
7. Homer Simpson, la voix qu’on a oubliée
Voici le fait le plus vertigineux : dans les tout premiers épisodes des « Simpson » diffusés en France au début des années 1990, avant que Philippe Peythieu ne devienne LA voix officielle d’Homer, c’est Roger Carel qui a doublé le patriarche jaune. Un doublage vite abandonné et largement oublié, y compris par les fans les plus acharnés de la série. Un homme, une carrière, et jusqu’à Homer Simpson glissé dans son immense CV vocal.
Roger Carel est mort en 2020, à 96 ans, sans jamais devenir un visage familier. Pourtant, il est probablement la personne que vous avez le plus entendue de toute votre enfance.