Un chiffre suffit à raconter l’histoire : 124,5 millions de dollars. C’est ce qu’a rapporté The Odyssey de Christopher Nolan sur son seul premier week-end en Amérique du Nord, propulsant Matt Damon vers le sommet inédit de sa carrière d’acteur principal. Jason Bourne, l’espion amnésique qui a façonné son image pendant près de vingt ans, vient de perdre son trône.
Le contraste est presque cruel pour la saga d’action portée par Robert Ludlum et Paul Greengrass. Le meilleur démarrage jamais atteint par Damon en tête d’affiche dépasse largement celui de 2007, The Bourne Ultimatum, qui avait engrangé 69,2 millions de dollars. un roi grec vieux de trois millénaires vient de faire quasiment deux fois mieux qu’un agent de la CIA en costume, sur un seul week-end d’exploitation. Il aura fallu à Damon près de deux décennies de franchise Bourne pour atteindre un score que l’Odyssée d’Homère efface en trois jours.
À retenir
- Un chiffre historique : ce qui a pris deux décennies à Jason Bourne s’est réalisé en trois jours
- Universal visait 85-100 millions, mais la réalité a explosé toutes les projections
- Un casting XXL et une première mondiale entièrement tournée en IMAX expliquent ce phénomène
Un démarrage qui explose toutes les projections
Universal ne s’attendait clairement pas à un tel raz-de-marée. Le studio visait initialement une ouverture domestique comprise entre 85 et 100 millions de dollars pour ce film au budget de production de 250 millions de dollars. La réalité a été tout autre : dès le jeudi soir, les avant-premières s’envolaient à 17,6 millions de dollars, un record pour 2026, avant un vendredi à plus de 51 millions puis un samedi solide qui a confirmé la tendance.
Sur l’ensemble du week-end, le film a rapporté 124,5 millions de dollars depuis 3 919 salles nord-américaines, défiant toutes les attentes. À l’échelle mondiale, le tableau est encore plus impressionnant : The Odyssey a collecté 264,1 millions de dollars au total, dont 139,6 millions issus de 73 marchés internationaux, marquant le plus gros lancement mondial jamais réalisé par Nolan, devançant même son propre record établi avec The Dark Knight Rises en 2012.
Pour Nolan lui-même, ce démarrage se classe comme le troisième meilleur week-end d’ouverture domestique de sa carrière, juste derrière The Dark Knight Rises (160 millions) et The Dark Knight (158 millions) en 2008. Sachant que le réalisateur cumule des succès comme Inception, Dunkirk, Interstellar et bien sûr Oppenheimer, se hisser sur ce podium personnel n’a rien d’anodin. D’autant que le film est classé R, une restriction d’âge qui limite mécaniquement le public potentiel. Cela en fait tout de même la troisième plus grosse ouverture de l’industrie cette année, derrière Toy Story 5 (159 millions) et The Super Mario Galaxy Movie (131 millions), et dans la catégorie spécifique des films classés R, il se classe quatrième de tous les temps, juste derrière la trilogie des Deadpool.
Une distribution XXL pour raconter le retour d’Ulysse
Le pitch, lui, n’a rien de nouveau : c’est même l’un des plus vieux récits de l’humanité. Adapté du poème épique vieux de 3 000 ans d’Homère, le film suit Matt Damon dans le rôle d’Ulysse, roi d’Ithaque, et son voyage périlleux et interminable pour rentrer chez lui après la guerre de Troie. Ce qui change tout, c’est la manière dont Nolan a transformé ce mythe fondateur en événement pop culture planétaire.
Autour de Damon gravite un casting qui ferait pâlir n’importe quel blockbuster Marvel. Damon dirige un ensemble étoilé composé de Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Zendaya, Charlize Theron, Elliot Page, Jon Bernthal et John Leguizamo. Hathaway campe Pénélope, l’épouse fidèle qui attend le retour du roi, tandis que Holland incarne Télémaque, leur fils. Zendaya prête ses traits à la déesse Athéna, Charlize Theron à la magicienne Calypso, et Lupita Nyong’o cumule même un double rôle en interprétant Hélène de Troie et sa sœur Clytemnestre. Un casting aussi dense n’est pas qu’un argument marketing : il traduit l’ambition de Nolan de transformer une épopée antique en fresque générationnelle capable de parler à tous les publics.
Le pari technique qui a payé
Il y a aussi un exploit technique derrière ce triomphe commercial. The Odyssey marque la première fois qu’un long métrage est entièrement tourné avec des caméras IMAX, et les cinéphiles ne s’y sont pas trompés : ils ont afflué dans les rares salles capables de projeter la pellicule 70mm. Seuls 41 écrans dans le monde peuvent présenter le film en IMAX 70mm, dont 25 aux États-Unis, 9 au Canada et un seul en France. Certains spectateurs les plus déterminés n’ont pas hésité à réserver des séances à deux heures du matin pour vivre l’expérience dans les meilleures conditions possibles.
Ce zèle technique s’accompagne d’un accueil critique rarement vu chez Nolan. Le film décroche un A au CinemaScore et sort avec la meilleure note de la carrière du réalisateur, 95 % sur Rotten Tomatoes côté critiques, tandis que le public se montre encore plus enthousiaste. Le score spectateurs atteint 96 %, du jamais-vu pour un film de Nolan, devant les 94 % de Batman Begins, The Dark Knight, Memento et même Oppenheimer, plafonné à 91 %. Difficile de faire mieux consensus critique et adhésion populaire dans la même semaine de sortie.
Reste une question de gros sous qui tempère un peu l’euphorie ambiante : avec un budget de production de 250 millions de dollars auquel s’ajoutent des frais de marketing colossaux, Universal a dépensé 250 millions pour produire le film et encore 125 millions supplémentaires pour le promouvoir à l’échelle mondiale. Un chiffre qui rappelle que même un carton pareil doit encore prouver sa rentabilité sur la durée, entre les salles obscures et les futures diffusions en streaming. Jason Bourne, lui, avait mis beaucoup moins cher à produire chaque volet. La comparaison s’arrête décidément là où commencent les calculs de comptables.
Sources : deadline.com | variety.com