Deux millions de pieds de pellicule, un budget de 250 millions de dollars, et un pari qu’aucun studio n’avait jamais tenté : tourner un film entier avec des caméras IMAX. Pas quelques scènes d’action comme sur The Dark Knight en 2008, pas juste le noir et blanc d’Oppenheimer. Tout. Chaque dialogue, chaque gros plan, chaque silence. « The Odyssey » est le premier long-métrage entièrement tourné avec des caméras Imax, et Christopher Nolan y pensait depuis l’adolescence.
Le résultat de ce pari fou vient d’être jugé par la presse spécialisée, et un mot est en train de circuler partout, un mot que les rédactions évitent d’habitude comme la peste tant il est facile à galvauder. Les critiques quittent les projections en qualifiant le nouveau film de « chef-d’œuvre ». Dans un milieu où ce terme sert de repoussoir plus que de compliment, voir autant de journalistes l’employer d’une même voix a de quoi surprendre.
À retenir
- Comment Nolan a surmonté l’obstacle technique majeur du tournage IMAX : le bruit des caméras
- Pourquoi les critiques évitent habituellement ce mot, mais l’emploient massivement pour ce film
- L’écart vertigineux entre ceux qui verront le vrai IMAX 70mm et les autres spectateurs
Un exploit technique que personne ne croyait possible
Pourquoi personne n’avait tenté le film entièrement IMAX avant ? La réponse tient en un mot : le bruit. Il y a de sévères limitations techniques qui accompagnent le tournage en pellicule Imax. Chaque magasin de caméra ne permet qu’entre deux minutes et demie et trois minutes de prise de vue continue avant de devoir être rechargé. Autre obstacle : les caméras qui tournent avec la pellicule sont bruyantes en fonctionnement, ce qui peut interférer avec l’enregistrement du dialogue des acteurs sur le plateau. filmer une scène intime avec cet outil relevait jusqu’ici de la mission impossible.
Pour contourner le problème, l’équipe a carrément inventé une nouvelle machine. La solution a nécessité l’invention d’un nouveau matériel : un boîtier insonorisé surnommé « le blimp », à peu près de la taille d’un cercueil et, une fois entièrement assemblé, pesant plus de 136 kilos. Les chariots ont dû être renforcés avec des plaques d’acier juste pour le porter. Il fallait aussi six personnes pour transporter et déplacer la caméra. Un monstre de métal qui, en plus d’assourdir le bruit, bloquait totalement le regard des acteurs entre eux. La parade ? Un système de miroirs digne d’un jeu de piste. L’équipe a construit un système de miroirs, disposés de sorte qu’un acteur d’un côté du blimp pouvait regarder dans un miroir reflétant un second miroir de l’autre côté, et voir son partenaire de scène comme si la caméra n’était pas là. Anne Hathaway a even décrit le procédé comme « vraiment ingénieux », précisant qu’on n’avait jamais l’impression de jouer face à une machine.
Le tournage a duré 91 jours, entre le 25 février et le 5 août 2025, et s’est terminé neuf jours avant le calendrier prévu, à travers six pays différents. Robert Pattinson résume l’expérience avec humour : « On a l’impression de tourner une scène avec comme un SUV », dit-il en riant, avant d’ajouter que malgré la taille de l’engin, tout va plus vite que si l’on filmait avec un iPhone. Tom Holland, lui, a longtemps cru que Nolan détestait son jeu tant le réalisateur criait « coupez » toutes les quelques minutes, avant de comprendre que la pellicule 70mm est si volumineuse qu’un magasin ne peut contenir que trois minutes de tournage avant d’être changé.
Le mot tabou revient dans presque toutes les critiques
Les premières réactions, tombées après la première mondiale à Londres, ont été unanimes sur un point : ce n’est pas un simple bon film. La journaliste de Variety Jazz Tangcay a salué « un accomplissement stupéfiant » et « une épopée triomphante et spectaculaire ». La critique du Los Angeles Times, Joshua Rothkopf, a été encore plus radicale, décrivant un film « saisissant. Terrien, fantomatique, lourd, touché par l’humour et la grandeur à la fois. C’est du cinéma pur ».
Certains titres se sont carrément lâchés dans leurs premières critiques longues. Sur Rotten Tomatoes, plusieurs voix parlent de « l’accomplissement suprême de Nolan », tandis qu’un autre critique estime qu’il s’agit d’« un film à part de tout ce que Nolan a fait jusqu’ici… l’un des plus grands films de fantasy épique jamais réalisés ». Tout n’est pas dithyrambique pour autant : IndieWire a jugé le film « trop bancal pour être du Nolan de premier ordre, mais le dernier acte récompense le voyage », et plusieurs voix pointent des scènes de bataille jugées confuses ou trop courtes.
Un exploit qui pourrait redessiner le grand écran
Reste que la portée de ce tournage dépasse le simple film. Sur le plan technique, l’IMAX 70mm reste, selon Nolan lui-même, « le format d’imagerie le plus qualitatif jamais conçu. Il n’y a rien qui rivalise avec ça… une image d’une netteté incroyable, avec très peu de grain visible ». Mais ce niveau d’exigence a un revers immédiat : la rareté des salles capables de le projeter dans ses meilleures conditions. L’IMAX 70mm offre jusqu’à trois fois la résolution du numérique, autour de 18k, ce qui explique aussi pourquoi si peu de salles peuvent le diffuser : moins de 41 écrans dans le monde sont actuellement capables de projeter du véritable IMAX 70mm.
Ce détail explique pourquoi les places se sont envolées un an avant la sortie, certaines revendues jusqu’à 1 500 dollars sur eBay. Un chiffre qui dit tout de la fièvre entourant ce projet, mais aussi une réalité plus prosaïque : la majorité des spectateurs verront The Odyssey sur un écran IMAX numérique classique, pas sur la version argentique originale que Nolan a défendue pendant trois ans de production. Le vrai test ne sera donc pas seulement critique, il sera aussi géographique, selon la salle où chacun aura la chance, ou pas, de s’installer.
Sources : editorial.rottentomatoes.com | cbsnews.com