Fini les pirates édentés, les cow-boys jaloux ou les nounours vengeurs qui sentent la fraise pourrie. Pour affronter Woody et Buzz dans Toy Story 5, Pixar a choisi un adversaire que tout le monde possède déjà chez soi : une tablette. Lilypad, frog-shaped smart tablet à écran vert et grands yeux animés, s’invite dans la chambre de Bonnie et bouleverse l’équilibre des jouets comme jamais un antagoniste ne l’avait fait dans la saga.
À retenir
- Pourquoi Pixar a choisi une tablette plutôt qu’un méchant traditionnel pour Toy Story 5
- Comment Lilypad divise les jouets et crée des tensions au sein du groupe
- Le secret derrière le succès mondial de 958 millions de dollars du film
Lilypad, l’antagoniste qui n’en est pas vraiment un
Le studio l’assume complètement : cette tablette n’est pas construite comme les grands méchants classiques du studio. Le réalisateur Andrew Stanton a expliqué que Lily voulait bien faire, comme tous les bons vilains, et que « antagoniste » était sans doute un meilleur mot, car ce n’est pas un méchant à moustache qui pourrait rendre l’histoire ennuyeuse. Une nuance qui change tout : là où Sid brûlait des jouets et où Lotso trahissait ses troupes par rancœur, Lilypad agit par conviction.
Le pitch officiel de Pixar résume la menace sans détour : Woody, Buzz Lightyear, Jessie et le reste de la bande voient leur mission remise en question quand ils se retrouvent face à Lilypad, une toute nouvelle tablette qui débarque avec ses propres idées sur ce qui est bon pour Bonnie. Le personnage, frog-shaped smart tablet, devient la nouvelle préférée de Bonnie et propose sa propre solution pour l’aider à se faire des amis en discutant sur « The Pond ». Comprendre : Lilypad ne veut pas détruire les jouets, elle veut juste que Bonnie ait une vie sociale, quitte à rendre les figurines en plastique complètement accessoires.
Son design n’est pas sorti de nulle part. L’antagoniste principal est clairement modelé sur le LeapPad, l’appareil créé par LeapFrog Enterprises, référence bien connue des parents qui ont grandi avec des tablettes éducatives dans les années 2000-2010. Le clin d’œil devient même officiel puisque Disney a transformé Lilypad en véritable jouet, avec LeapFrog dévoilant sa version Explore & Learn interactive du personnage. Un jouet inspiré d’un écran-méchant qui critique justement les écrans : l’ironie n’a échappé à personne, et franchement, elle donne tout son sel à la campagne promotionnelle du film.
Une invasion technologique racontée avec tendresse (et un soupçon d’angoisse)
Le scénario ne se contente pas d’opposer gentiment jouets et gadgets. Dans Toy Story 5, les jouets se retrouvent dans une situation compliquée : les enfants sont obsédés par leurs appareils électroniques et les jouets ne peuvent plus rivaliser. Woody est parti aider Bo à secourir des jouets abandonnés pendant que Buzz et Jessie dirigent la chambre de Bonnie, mais l’arrivée de Lilypad divise le groupe sur ce dont les enfants ont vraiment besoin. Woody revient donc prêter main-forte, non sans quelques frictions avec son meilleur ami Buzz sur la marche à suivre.
Le point de bascule arrive quand la confrontation tourne mal. Woody et Buzz s’avancent pour affronter Lilypad, qui les prévient de ne pas la toucher ; dès que Buzz la touche, elle riposte en fabriquant un faux message de Bonnie à son père, lui demandant de reléguer tous les jouets au garage, ce que le père exécute aussitôt. Une scène qui illustre bien le vrai pouvoir de cette « méchante » 2.0 : pas de crocs ni de griffes, juste l’accès à un smartphone et la confiance aveugle des adultes envers la technologie.
Derrière cette guerre froide entre jouets et écran se cache une trame plus intime, portée par Jessie. La peur de la cow-girl vient de son passé avec Emily, sa première propriétaire, qui l’avait rangée dans une boîte en grandissant ; quand Lilypad arrive et se connecte instantanément aux amis de Bonnie, Jessie voit l’histoire se répéter, une nouvelle technologie prenant sa place dans l’affection de l’enfant, tout comme Emily l’avait fait des années plus tôt. C’est là que le film frappe le plus juste : la peur d’être remplacé n’est pas qu’une affaire de jouets en plastique, c’est une angoisse universelle face à l’obsolescence.
Le dénouement évite pourtant le manichéisme facile. Les jouets se réunissent, y compris Lily Pad, qui se sent coupable après que Bonnie a été bouleversée par le harcèlement d’autres enfants sur le groupe de discussion ; Jessie et Lily Pad se réconcilient lors d’un sauvetage périlleux de la tablette sur un camion de donation, puis Lily Pad télécharge une mise à jour qui donne des ailes à une armée de figurines Buzz Lightyear édition Hi-Tech. La morale : la technologie n’est pas l’ennemie du jeu, elle peut même devenir son alliée si on l’utilise avec discernement.
Un carton au box-office qui valide le pari
Le pari artistique s’est révélé payant côté recettes. Toy Story 5 a rapporté 430,9 millions de dollars aux États-Unis et au Canada, et 527,5 millions dans les autres territoires, pour un total mondial de 958,4 millions de dollars, un score qui confirme que le public n’a pas boudé cette prise de risque narrative. Le week-end d’ouverture a d’ailleurs battu des records maison : le film a engrangé 71 millions de dollars le premier jour, dont 17,5 millions lors des avant-premières du jeudi, avant d’atteindre 159,7 millions aux États-Unis et au Canada et 150,5 millions dans les autres territoires, soit 310,2 millions cumulés à l’échelle mondiale.
Un chiffre à retenir pour prendre la mesure du phénomène : sur cette production au budget de production de 250 millions de dollars selon Variety, Disney a réussi à transformer sa satire des écrans en argument marketing, jusqu’à vendre la tablette-méchante elle-même en rayon jouets. Preuve que même les critiques les plus acides sur nos habitudes numériques finissent, tôt ou tard, par se glisser dans le panier de courses des parents.
Sources : gotoptoy.com | attractionsmagazine.com