Le printemps 2022 sonnait comme un point final. France Télévisions, propriétaire de la case 20h05 sur France 3, tirait le rideau sur un monument du PAF après dix-huit ans de diffusion quotidienne. Marseille perdait son feuilleton, ses habitants fictifs du quartier du Mistral, et des millions de téléspectateurs perdaient leur rendez-vous de fin de journée. Mais la fiction, elle, n’a jamais vraiment quitté la cité phocéenne. Aujourd’hui, en juillet 2026, les caméras tournent toujours dans les rues marseillaises, et la série continue d’écrire ses épisodes au quotidien.
À retenir
- Une série mythique du service public renaît sous un autre drapeau avec des audiences record
- Marseille devient le terrain de jeu d’une fiction qui s’adapte à la réalité urbaine
- Les équipes déjà recrutent pour des tournages au-delà d’octobre 2026 : une stratégie long terme
Un arrêt du service public qui devait clore l’histoire
Il faut se rappeler l’ampleur du phénomène pour comprendre le choc de son arrêt. Plus belle la vie, diffusé du lundi au vendredi sur France 3 depuis le lundi 30 août 2004 et pendant 4665 épisodes, mettait en scène le quotidien des habitants d’un quartier imaginaire de Marseille, le Mistral, inspiré du Panier. Une longévité record : la série détient le record de la plus longue diffusion en France, avec 18 saisons et 4 666 épisodes.
Puis, brutalement, plus rien. La série s’est arrêtée en 2022, à la grande déception de ses fans historiques. Pour beaucoup, l’histoire du Mistral et de ses habitants se refermait définitivement avec la décision de France Télévisions. Les studios de la Belle de Mai, où avaient été tournées des milliers d’heures de fiction, semblaient promis au silence. Une page se tournait, pensait-on, sur ce qui restait la doyenne des feuilletons français.
TF1 rachète le concept, Marseille reste le décor
Le vide n’aura duré qu’un an et demi. Suite à un arrêt de la série au printemps 2022, c’est TF1 qui signe le retour de « Plus belle la vie » sur les petits écrans avec un début de tournage fin octobre 2023 pour une diffusion début 2024. L’annonce ne relevait pas de la rumeur : le 16 juillet 2023, Ara Aprikian, le directeur des programmes de TF1, annonce le retour de Plus belle la vie dans le quotidien Le Figaro, et la reprise des tournages démarre le vendredi 20 octobre 2023, à raison d’un épisode par jour, pour une diffusion en janvier 2024.
Le changement de chaîne s’accompagne d’un changement de décor, mais pas de ville. Fini le studio pour le bar emblématique : le divertissement quotidien connaît quelques nouveautés notamment sur son identité visuelle mais également sur la localisation du bar iconique de la série, « le Mistral », qui se situe désormais place de l’église à Allauch. Dans la fiction elle-même, la rupture est actée frontalement : le feuilleton met en scène la suite du quotidien des habitants du quartier fictif du Mistral, à Marseille, désormais disparu, inhabitable depuis l’effondrement de plusieurs de ses bâtiments survenu le 24 janvier 2023. Un an après le drame, Thomas et son demi-frère Kilian cherchent à prendre un nouveau départ en lançant avec Barbara un bar-restaurant, « Le Mistral », à quelques rues de l’ancienne place du même nom. Un scénario qui recycle, à sa manière, le traumatisme réel de l’effondrement de la rue d’Aubagne, sans jamais le nommer directement.
Côté audiences, le pari est loin d’être un flop poli. Le tout premier épisode de cette résurrection a rassemblé près de 3 millions de téléspectateurs, un chiffre qui aurait fait rêver n’importe quelle case d’après-midi. De quoi valider, dès le premier jour, le pari lancé par TF1.
Une fiction toujours vivante, un tournage qui ne s’arrête pas
Trois ans après ce lancement, la mécanique tourne encore, littéralement. La série a changé plusieurs fois d’horaire sans jamais quitter l’antenne du groupe : elle est diffusée depuis le 8 janvier 2024 à 14 h sur TF1, et à 20 h 30 sur TFX jusqu’au 29 août 2025, puis sur TF1 Séries Films à partir du 1er septembre 2025. Un signe que le format s’est installé dans le paysage plutôt que de s’essouffler. Autre étape franchie récemment : l’arrivée sur une plateforme mondiale, puisque le feuilleton est également disponible depuis le 19 juin 2026 sur Netflix.
Marseille reste, elle, le décor exclusif de cette nouvelle vie. Les intérieurs continuent d’être tournés aux studios de la Belle de Mai, entièrement reconstruits pour l’occasion, tandis que les extérieurs alternent entre la cité phocéenne et le village d’Allauch. Le casting, lui, mélange volontairement anciens et nouveaux visages : parmi les arrivées récentes figurent des personnages comme la commissaire Meïline Liao ou une version adulte de Kilian Corcel, aux côtés de figures historiques qui ont fait le succès de la version originale. L’acteur David Baiot, qui incarne Djawad, est même devenu au fil des années une figure familière des téléspectateurs fidèles du feuilleton.
Le plus révélateur, sans doute, c’est que la machine de production continue de recruter pour l’avenir. Des castings de figuration circulent déjà pour un tournage prévu à partir d’octobre 2026, avec un engagement sur le long terme demandé aux candidats, preuve que la série ne fonctionne pas au coup par coup mais se projette sur plusieurs mois, voire au-delà. Ce qui devait s’éteindre avec une décision administrative du service public s’est transformé, sous une bannière privée, en un feuilleton qui tourne depuis plus de deux ans et demi sans interruption durable, hormis une pause estivale calée sur les Jeux olympiques de Paris en 2024.
Reste une question que peu de spectateurs se posent en suivant les péripéties de Thomas, Barbara ou Léa : combien de temps un feuilleton quotidien peut-il vivre une deuxième vie sur une chaîne concurrente sans finir par perdre l’identité qui a fait sa légende pendant dix-huit ans sur le service public ? Pour l’instant, les scénaristes ont choisi de répondre à cette question en multipliant les hommages à l’actualité réelle, des Jeux olympiques à la disparition de figures marseillaises, comme pour ancrer chaque épisode dans un présent qui, lui, ne s’arrête jamais.
Sources : allocine.fr | allocine.fr