Vingt ans après avoir terrorisé Andy Sachs avec un simple haussement de sourcil, Miranda Priestly ne règne plus sur un empire intact. The Devil Wears Prada 2 se déroule vingt ans après le film original, plaçant Miranda Priestly dans une situation très différente : elle affronte le déclin de la presse papier, avec Runway au bord d’une crise existentielle. Fini le règne sans partage sur la mode : cette fois, c’est sa propre survie éditoriale qui est en jeu. Sorti le 1er mai 2026 aux États-Unis, réalisé par David Frankel, ce second volet troque le glamour insouciant des podiums contre une bataille bien plus prosaïque, celle de faire tenir un magazine papier debout à l’ère du tout-numérique.
À retenir
- Miranda Priestly ne dicte plus la mode mais lutte pour garder Runway à flot face au déclin de la presse papier
- Emily Charlton, son ancienne assistante, est devenue sa rivale directe sur le marché publicitaire
- Un scandale d’exploitation textile force Andy Sachs à revenir chez Runway pour sauver le magazine qu’elle avait quitté
Une Miranda affaiblie par la mort lente du papier glacé
L’ironie est cruelle : la femme qui dictait autrefois ce que porterait la planète entière doit désormais quémander des budgets. Emily Charlton, l’ancienne assistante de Miranda, est devenue une haute exécutive dans un groupe de mode de luxe et rivalise férocement avec Miranda pour les revenus publicitaires, tandis que celle-ci doit s’adapter à un paysage médiatique en perpétuelle mutation pour maintenir son entreprise à flot. Le rapport de force s’est inversé : celle qui formait des générations d’assistantes terrifiées doit maintenant négocier avec l’une d’entre elles, devenue son rivale directe sur le marché publicitaire.
Le scénario ne se contente pas d’un simple constat économique. Runway et Miranda Priestly se retrouvent au cœur d’un scandale après avoir publié un article élogieux sur une marque de fast-fashion qui s’avère exploiter des ateliers clandestins. Andy Sachs, elle, n’a pas quitté le journalisme : elle est réembauchée chez Runway par Irv Ravitz, le propriétaire de la maison mère Elias-Clarke, pour redonner au magazine un journalisme plus rigoureux, après qu’un discours passionné où elle proclame que le journalisme compte encore soit devenu viral. Vingt ans de carrière plus tard, c’est elle qui vient sauver la maison qui l’avait autrefois broyée. Un retournement scénaristique presque trop beau pour être honnête, diront certains.
Le contexte n’a rien d’inventé. Le premier iPhone n’était même pas encore sorti quand le premier film est arrivé en salles. Vingt ans plus tard, la presse papier ressemble à une espèce en voie de disparition. Un critique raconte avoir cherché un exemplaire papier de Teen Vogue, Self ou InStyle en vain, avant de dénicher un Vogue relégué au fond d’un magasin, à côté d’un rayon de cartes de vœux. Le film reprend même ce détail dans le script : Miranda se plaint que le numéro de septembre de Runway est devenu si mince qu’on pourrait s’en servir comme fil dentaire.
Un casting qui mêle légendes et nouveaux visages
Autour du trio Streep-Hathaway-Blunt, la production a vu large. Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Tracie Thoms et Tibor Feldman reprennent leurs rôles, avec Kenneth Branagh dans le rôle du mari de Miranda. S’ajoutent à ce casting déjà solide Lucy Liu, B.J. Novak, Justin Theroux et Pauline Chalamet, tandis que Patrick Brammall incarne le nouveau prétendant d’Andy et Rachel Bloom apparaît dans un rôle tenu secret. Lady Gaga et Simone Ashley complètent ce casting cinq étoiles, preuve que Runway attire toujours les plus grands noms, même fictifs.
Meryl Streep n’a pas repris son rôle à l’identique. Certains observateurs pointent une Miranda plus tendre, presque désarmée face à l’adversité, loin de la froideur implacable qui avait fait sa légende en 2006. Dans le premier volet sorti en 2006, l’éditrice terrifiante régnait avec un calme glacial ; que son statut dans le monde de l’édition ait décliné vingt ans plus tard reflète la réalité de l’industrie de la presse, mais sa réaction presque câline face à ses malheurs trahit, selon certains critiques, une perte de l’esprit du personnage. Un choix scénaristique qui divise, entre ceux qui saluent une évolution logique du personnage et ceux qui regrettent la disparition de sa dimension terrifiante.
Un accueil critique partagé, un box-office royal
Sur le plan strictement comptable, la suite n’a rien d’un flop. Avec un budget de 100 millions de dollars, le film a rapporté 666,1 millions de dollars au box-office mondial. Un chiffre qui dépasse largement celui du premier volet, sorti en 2006 avec 326 millions de dollars de recettes mondiales. L’engouement s’est même propagé avant la sortie : le visionnage en streaming du premier film a bondi de 428 % entre mars et avril 2026, preuve que la nostalgie fonctionne toujours à plein régime.
Côté critique, le consensus est plus nuancé. NPR résume bien l’ambiguïté du projet : ce qui avait commencé comme une histoire sur les horreurs de travailler pour un magazine s’est transformé en une histoire sur les horreurs de ne plus y travailler. Le constat est amusant, presque ironique pour une franchise qui avait fait de la tyrannie du travail son fonds de commerce. Variety, de son côté, pointe un parallèle frappant avec la réalité : les défis existentiels que traverse Priestly rappellent ceux d’Anna Wintour elle-même, qui confiait dans le documentaire The September Issue se demander si le moment n’était pas venu de raccrocher, alors qu’elle avait alors la cinquantaine et en a aujourd’hui 76. Une coïncidence troublante quand on sait que la vraie rédactrice en chef de Vogue a fini par tirer sa révérence après près de quatre décennies à ce poste.
Pour ceux qui ont raté la sortie en salle, la patience touche à sa fin. Le film sera disponible en streaming sur Disney+ à partir du 29 juillet 2026, soit quelques jours à peine après cet article. De quoi vérifier sur canapé si Miranda Priestly, cape rouge Givenchy sur les épaules, garde encore ce pouvoir de glacer le sang d’un simple regard, même quand son magazine tient à peine debout.
Sources : aol.com | variety.com