Une rue principale entière censée brûler sous les yeux des téléspectateurs, en plein cœur de la saison la plus sèche que connaît la Colombie-Britannique chaque été. Voilà le défi qu’a dû relever l’équipe de Virgin River pour sa cinquième saison sur Netflix. Et la solution n’a rien eu d’esthétique : c’est la loi provinciale sur les feux qui a forcé la production à reconstruire des pans entiers de son décor, loin des flammes réelles.
À retenir
- Une loi provinciale empêche d’allumer des feux de plus de 20 cm en plein été en Colombie-Britannique
- Netflix a reconstruit des décors fictifs plutôt que de filmer sur les vrais lieux de tournage
- La technologie LED du Volume a permis de recréer numériquement une prairie et une rue en flammes
Une ville entière à incendier, mais interdiction formelle de le faire
Tout part d’un problème très concret. La série, tournée dans la région de Vancouver, imagine dans sa saison 5 un feu de forêt menaçant la petite communauté fictive de Virgin River, censée se situer en Californie du Nord. Sur le papier, l’intrigue impose de voir la ville entière prise par les flammes sur deux épisodes. Dans la réalité du tournage, une contrainte légale s’est imposée à toute l’équipe. Le réalisateur Martin Wood a expliqué que le plus difficile a été de tourner en plein été, au plus fort de la saison des feux à Vancouver, où une loi interdit d’allumer un feu de plus de vingt centimètres de hauteur.
Le paradoxe est total : l’équipe voulait mettre le feu à toute la ville, ce qui a nécessité une planification bien plus lourde que sur un épisode classique de la série. Impossible donc de simplement allumer un vrai brasier sur les rues pavées de Bowen Island ou de Fort Langley, les décors extérieurs habituels de la série. La production a dû composer autrement, quitte à reconstruire certains éléments de décor dans des conditions maîtrisées plutôt que de risquer un incident sur un site naturel en pleine sécheresse.
Le studio se transforme en prairie en flammes
La parade a été technologique. Pour les scènes où deux jeunes personnages doivent fuir à travers la ville et la campagne environnante en feu, l’équipe a eu recours à la technologie dite du « Volume », un plateau entouré d’écrans LED géants sur lequel on projette des images de fond en temps réel. Le réalisateur a détaillé l’usage de cette technologie de production Volume, sur un plateau entouré d’écrans LED, pour la scène de fuite de Lizzie et Denny. Concrètement, la prairie et la rue principale n’ont pas brûlé pour de vrai : elles ont été recréées numériquement autour des acteurs, plantés sur un plateau fermé, à des kilomètres de la forêt réelle qu’on croit voir à l’écran.
Cette bascule vers le virtuel a aussi permis de limiter les effets pyrotechniques aux seuls plans où ils étaient absolument nécessaires. Les effets visuels ont surtout servi pour ce qui se passe à distance dans le cadre, l’équipe ayant choisi de ne pas trop en abuser ailleurs. Un choix logique : recréer numériquement l’arrière-plan revient beaucoup moins cher, et surtout beaucoup moins risqué, que de faire brûler un décor extérieur en pleine canicule.
Des flammes bien réelles, mais sous cloche
Tout n’a pas basculé côté écrans verts pour autant. Quand l’histoire exige que la maison du personnage de Lilly parte en fumée, la production a fait le choix inverse : construire un décor dédié, cette fois pour y mettre le feu pour de vrai, mais dans un cadre entièrement contrôlé. Le feu de forêt n’était qu’une partie du problème : il fallait aussi gérer l’incendie de la maison de Lilly, avec de vraies flammes à l’intérieur du bâtiment et du décor utilisés. on rebâtit une structure entière rien que pour pouvoir légalement l’embraser, loin des restrictions qui pèsent sur les terrains naturels environnants.
Pour la scène où l’acteur principal traverse littéralement un mur de flammes, l’équipe a opté pour des barres de gaz calibrées au-dessus de son passage, combinées à une couverture ignifugée. L’acteur s’est porté volontaire pour courir à travers le feu, ce qui a conduit l’équipe à installer des barres de flammes juste au-dessus de son passage, avec une couverture recouverte de retardateur de feu, lui et les autres membres du casting se montrant particulièrement courageux. Côté ambiance, le reste s’est joué en trucages plus classiques. Plutôt que d’allumer le genre de feu qui aurait mis en danger le vrai décor de Virgin River en Colombie-Britannique, l’équipe a eu recours à beaucoup d’effets spéciaux, avec des machines à vent, des cendres soufflées dans l’air, des explosions et des flammes au propane pour donner une sensation de chaleur réelle aux acteurs.
Un feu de fiction qui a fini par coller à l’actualité
Le timing de diffusion a ajouté une couche de malaise que personne n’avait anticipée. Le réalisateur a évoqué la coïncidence troublante entre la sortie des épisodes et les incendies dévastateurs survenus à Maui et au Canada la même période. Ce qui devait être un simple rebondissement dramatique a soudain résonné comme un miroir de l’actualité, à l’heure où la Colombie-Britannique elle-même multiplie les restrictions de brûlage chaque été.
l’histoire ne s’arrête pas au générique de fin. La série a choisi de faire vivre les conséquences de cet incendie sur la durée plutôt que de l’oublier une fois l’épisode terminé. Dans la saison suivante, Mel et Jack achètent la ferme de Lilly après le terrible incendie de la saison 5 et la transforment en la maison de leurs rêves. Une manière pour Netflix de rentabiliser, côté scénario, un décor reconstruit qui n’a finalement jamais servi à flatter le paysage, mais à contourner, un été de canicule à la fois, une réglementation anti-feu devenue incontournable sur les plateaux de la province.
Sources : epochtimes.fr | easyvoyage.com