Les rétrospectives ne citent plus que Cyrano et Les Valseuses : le film de Depardieu que 14 millions de Français ont vu en salles est ailleurs

Quatorze millions cinq cent cinquante-neuf mille cinq cent neuf spectateurs. C’est le score du film le plus vu de toute la carrière de Gérard Depardieu en salles françaises, et ce n’est ni Cyrano de Bergerac, ni Les Valseuses. C’est Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, sorti en janvier 2002, dans lequel l’acteur enfile la moustache blonde et les nattes gauloises d’Obélix.

Depuis l’annonce de son procès puis de son départ pour la Belgique, les rétrospectives consacrées à Depardieu tournent en boucle sur les mêmes images. Il a été le voyou provocateur des Valseuses, le comparse râleur de Pierre Richard dans La Chèvre et Les Compères, l’abbé torturé de Sous le soleil de Satan, il a serré dans ses bras Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Carole Bouquet et a joué de grandes figures de la littérature, Jean de Florette, Jean Valjean, Cyrano de Bergerac. Des rôles marquants, indiscutablement. Mais aucun d’eux ne s’approche, même de loin, du raz-de-marée populaire qu’a représenté son passage chez les Gaulois.

À retenir

  • Un film de Depardieu a détrôné tous ses classiques : chiffres vertigineux et oubli systématique
  • Pourquoi les critiques préfèrent Cyrano à un succès populaire sans précédent ?
  • Vingt ans après, ce blockbuster français refuse encore de disparaître

Le film qui bat tous ses records, et personne n’en parle

Les chiffres parlent tout seuls. Son film qui a le mieux marché est Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre avec 14 559 509 spectateurs. Pour donner une idée de l’écart, le diptyque de Pagnol réalisé par Claude Berri, qui vaut à Depardieu certains de ses rôles les plus salués par la critique, plafonne à un peu plus de sept millions d’entrées pour Jean de Florette. L’eau des collines, alias Jean de Florette (1986) et Manon des Sources (1986) a réalisé 7 223 781 et 6 645 288 entrées. Deux fois moins que Mission Cléopâtre, et pourtant c’est ce film-là qu’on cite en premier dans les hommages.

Le classement général du box-office français confirme l’ampleur du phénomène. À ce jour, il est celui qui rencontre le plus de succès en France, avec plus de 14 millions d’entrées, ce qui le place au 4e rang des films français au box-office national et au premier rang des films de l’année 2002. Un chiffre resté quasiment inchangé depuis vingt ans, malgré l’arrivée de nouveaux mastodontes populaires. Il est dépassé en 2008 par Bienvenue chez les Ch’tis puis en 2012 par Intouchables, occupant depuis lors la quatrième position des films de nationalité française au box-office français et la neuvième position du box-office français. Neuvième film le plus vu de toute l’histoire du cinéma en France, comédies et blockbusters américains confondus. Pas mal pour un film qu’on oublie systématiquement de mentionner quand on veut résumer une carrière.

Pourquoi la comédie populaire reste le parent pauvre des hommages

Ce n’est pas un hasard si Mission Cléopâtre passe à la trappe dans les récits officiels. Le mécanisme est bien connu du côté des historiens du cinéma français : plus un film cartonne auprès du grand public, moins il a de chances d’entrer dans le canon critique. Point commun de l’ensemble des plus gros succès français : ce sont, sans exception, des comédies, et si le genre est souvent décrié, voire dénigré par la critique, il reste néanmoins extrêmement populaire auprès du public. Cyrano appartient au patrimoine littéraire, primé aux César, disséqué dans les manuels. Obélix, lui, appartient à la mémoire collective des mercredis après-midi devant la télé, ce qui n’a pas la même valeur symbolique aux yeux de ceux qui écrivent les rétrospectives.

Et pourtant, ce succès n’a rien d’un accident de studio. Le film a explosé les compteurs dès sa sortie. Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre a explosé les compteurs avec plus de 14,5 millions d’entrées, sorti dans plus de salles que le précédent film, resté en première place du box-office pendant sept semaines, et resté à l’affiche pendant quatre mois. Sept semaines numéro un, c’est un exploit rarissime pour une comédie française, même aujourd’hui à l’ère des franchises calibrées pour durer.

Un succès qui ne s’est jamais essoufflé

Le plus étonnant, c’est que ce triomphe ne s’est pas arrêté en 2002. Vingt ans plus tard, le film a connu une seconde vie en salles, preuve que son attachement populaire n’a jamais faibli. Le 21 mai 2023, Alain Chabat annonce la sortie en salle d’une version intégralement restaurée par Pathé, agrémentée de scènes inédites, une reprise qui reste, avec un total de 14 559 509 entrées en France, en deuxième position des films de nationalité française au box-office français à sa sortie initiale. Une ressortie qui a d’ailleurs très bien fonctionné : Pathé a tenté la vraie reprise à grande échelle, avec une restauration 4K et un tarif unique de 5€, et ça a marché, le film se retrouvant cinquième la semaine de sa sortie, avec une excellente moyenne de 47 entrées par séance.

Il y a quelque chose de presque injuste dans cette hiérarchie des mémoires. Depardieu lui-même semble n’avoir jamais vraiment digéré le rapport de force entre ses deux Astérix : selon lui, en France ce deuxième volet a fait 14 millions d’entrées alors qu’à l’étranger il n’a été vu que par 8 millions, exactement l’inverse du premier film. même l’acteur principal a fini par intégrer que ce blockbuster populaire, tourné dans le désert marocain avec Jamel Debbouze et Monica Bellucci, restera l’œuvre la plus regardée de sa filmographie, bien avant les rôles dramatiques qui font sa légende officielle. La prochaine fois qu’une rétrospective ressort les mêmes extraits de Cyrano, il manquera toujours la moustache blonde et le sanglier rôti.

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