7,8 millions d’entrées pour l’un, plus de 17 millions pour l’autre. L’écart est si énorme qu’on a du mal à croire que ces deux films appartiennent à la même filmographie, et pourtant : Louis de Funès est bien la star des deux. Si vous pensez que Le Gendarme de Saint-Tropez représente son plus gros triomphe au box-office français, il est temps de corriger le tir. Le vrai record appartient à un film sorti deux ans plus tard, en toute fin d’année 1966, et il a fallu attendre plus de trente ans pour qu’on lui trouve un rival.
À retenir
- Un classique de De Funès a récolté deux fois plus de spectateurs que Le Gendarme de Saint-Tropez
- Ce film a marqué un record historique jamais égalé pendant plus de 30 ans
- Le décalage entre la légende populaire et les vraies statistiques du box-office est surprenant
Le Gendarme, un carton oui, mais pas LE carton
Remettons les pendules à l’heure sur ce qu’a réellement représenté Le Gendarme de Saint-Tropez à sa sortie. Le film sorti dans les salles en septembre 1964, rencontre à la surprise générale un franc succès, arrivant en tête du box-office français de l’année 1964 avec plus de 7,8 millions d’entrées. Un score honorable, largement suffisant pour transformer un second couteau du cinéma comique en vedette absolue : installé pour la première fois en haut du box-office, l’acteur voit sa carrière et sa célébrité définitivement lancées.
Le contexte de cette percée a d’ailleurs quelque chose de savoureux. Personne, ni les producteurs ni De Funès lui-même, ne s’attendait à un tel accueil. D’après les données du CNC, le film s’imposera comme le plus gros succès de l’année devant Merlin l’enchanteur, Bons Baisers de Russie et Fantômas. Un an plus tard, une suite new-yorkaise cartonne à son tour avec près de 5,5 millions d’entrées, confirmant que le filon Cruchot est loin d’être épuisé. Mais ce record de 1964, aussi impressionnant soit-il pour l’époque, va être littéralement pulvérisé deux ans après.
La Grande Vadrouille, l’authentique record de De Funès
Décembre 1966. Un duo改comique déjà culte, Bourvil et Louis de Funès, débarque sur les écrans parisiens dans une comédie de guerre signée Gérard Oury. Le démarrage est déjà spectaculaire : à Paris le film sort le 8 décembre 1966, le succès est immédiat avec 102 869 entrées pour sa première semaine. Et ce n’est qu’un début. Le bouche-à-oreille fait le reste, et l’ampleur du phénomène dépasse rapidement tout ce que le cinéma français avait connu jusque-là.
Pour mesurer l’énormité du raz-de-marée, un chiffre suffit : sur 1966, du 1er janvier au 31 décembre, le film qui a eu le plus d’entrées n’en a eu que 3,5 millions. La Grande Vadrouille a fait, à elle seule et en quelques semaines à peine, presque cinq fois mieux que le meilleur film de toute l’année précédente. La fin d’année 1966 marque même une première historique : à la toute fin de 1966, du 28 décembre au 3 janvier 67, le film réussit l’exploit de franchir le million d’entrées hebdomadaire pour la première fois dans l’histoire du box-office français, et cela sur seulement 95 salles. De quoi donner le tournis, même aujourd’hui, à l’ère des multiplexes et des sorties sur des centaines d’écrans simultanément.
Le compteur final donne le vertige : avec ses 17 267 000 spectateurs, La Grande Vadrouille, sorti en décembre 1966, a longtemps été le numéro 1 du box-office français. Plus de deux fois le score du Gendarme de Saint-Tropez. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle s’est construite sur la durée : le film après sa sortie en décembre 1966 dépasse les 17,2 millions de tickets vendus, un chiffre atteint plusieurs années après sa sortie initiale, tant les rediffusions en salle et le succès populaire se sont prolongés dans le temps.
Un record qui a tenu plus de trente ans
Ce qui distingue vraiment La Grande Vadrouille, c’est sa longévité au sommet. pendant plus de 30 ans, il est resté le film le plus vu dans les salles françaises, un règne quasi ininterrompu qui traverse les décennies 1970, 1980 et une bonne partie des années 1990. Il faudra attendre 1998 pour qu’un raz-de-marée venu d’Hollywood vienne enfin le détrôner : il faudra attendre 1998, et les 21 774 181 entrées de Titanic, de James Cameron, pour que le record soit battu. Même chose une décennie plus tard, où le classement all-time se stabilise autour de trois noms bien connus des Français : 1- Titanic (1998), 2- Bienvenue chez les Ch’tis (2008), 3- La Grande Vadrouille (1966).
Ce qui frappe, en creusant les archives du box-office, c’est le décalage entre la légende populaire et les chiffres bruts. Le Gendarme de Saint-Tropez reste l’épisode fondateur, celui qui a lancé la carrière de De Funès en haut de l’affiche, et à ce titre il occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif, davantage même que sa suite La Grande Vadrouille côté notoriété immédiate du personnage Cruchot. Mais en matière de spectateurs en salle, la comparaison ne joue clairement pas en sa faveur : on parle d’un rapport de un à plus de deux entre les deux films.
Un détail amuse encore les passionnés de statistiques cinéma : le budget de La Grande Vadrouille constituait à l’époque un pari risqué, financé justement grâce au triomphe commercial du Corniaud, autre duo Bourvil-De Funès sorti l’année précédente. Sans ce premier succès massif de 1965, jamais Gérard Oury n’aurait pu réunir les moyens nécessaires pour tourner sa comédie de guerre à grand spectacle, celle-là même qui allait devenir, et rester pendant trois décennies, le film le plus vu de toute l’histoire du cinéma français.
Sources : cineserie.com | boxofficestar2.eklablog.com