Vous enchaînez les deux séries à 18h30 puis 19h10 sans y penser : ce que les techniciens font entre les deux à Sète

Deux génériques, deux univers, une même case horaire. À 18h30 sur TF1, Ici tout commence plonge ses spectateurs dans les cuisines de l’institut Auguste Armand. Quarante minutes plus tard, à 19h10, Demain nous appartient prend le relais avec ses secrets de famille sétois. Le réflexe est devenu automatique pour des millions de foyers. Mais entre les deux feuilletons, un autre ballet se joue, invisible celui-là : celui des techniciens qui fabriquent, jour après jour, ces deux machines à fiction.

À retenir

  • Les deux séries ne sont pas tournées au même endroit : où se trouvent vraiment les plateaux ?
  • Quel est le vrai point de jonction entre les deux univers narratifs ?
  • Combien de personnes et quel budget se cachent derrière cette machine à fiction ?

Deux plateaux, deux régions, une même fabrique

Première surprise pour qui imagine une seule grande usine à Sète : les deux séries ne sont pas tournées au même endroit. Demain nous appartient occupe depuis 2017 un site sétois précis, situé au 278 avenue du Maréchal Juin, où la société Tel Sète-Telfrance a aménagé un studio sur une surface de plus de 7500 m². Ici tout commence, elle, a posé ses caméras à 70 kilomètres de là. Le tournage a lieu à Saint-Laurent d’Aigouze, en Camargue Gardoise, à partir du 24 juillet 2020, dans un authentique château du XVIIIe siècle transformé en école de gastronomie fictive.

Ce détail géographique change tout à la logistique. Sur le plateau de DNA, environ 200 techniciens travaillent en trois équipes, dont une en studio et deux en extérieur, avec des scènes tournées en extérieur qui constituent 50 à 60 % des images. Côté ITC, l’ampleur est comparable : environ 150 personnes sont mobilisées avec une trentaine d’acteurs sur le site gardois. Deux armées de techniciens, deux décors, deux ambiances de tournage. Rien à voir, donc, avec l’image d’un couloir unique où l’on croiserait Chloé Delcourt juste après avoir doublé un plan de cuisine.

Le vrai point de jonction : la postproduction

Alors où se joue la bascule entre les deux univers ? Justement à Sète, mais pas sur un plateau : dans les bureaux de postproduction. À 70 km du château de Calvières, au cœur de Sète, dans un ancien domaine viticole transformé en 8000 m2 de studios, bureaux de production et site de postproduction, les techniciens de Studios Post & Prod et les équipes de Magic Hour sont à pied d’œuvre. C’est là, concrètement, que les rushes tournés en Camargue rejoignent ceux tournés dans l’Hérault pour être montés, étalonnés, mixés.

La logique industrielle derrière ce choix est limpide. Produites par Telfrance, filiale de Newen, DNA et ITC ont beaucoup en commun, des ponts narratifs, des personnages, et il était naturel de mutualiser les outils de postproduction, comme le résume le directeur général de Studios Post & Prod. Concrètement, les mêmes monteurs, les mêmes étalonneurs et parfois les mêmes ingénieurs son enchaînent les épisodes des deux feuilletons dans la même journée, glissant d’un dossier ITC à un dossier DNA sur leurs stations de travail.

Pour tenir ce rythme, la production s’appuie sur un outil qui ressemble à un cerveau numérique commun. En amont, un pool de 25 scénaristes conduit par un showrunner enrichit l’histoire d’ITC jour après jour, à destination des 3 équipes de tournage de la série. Et pour que rien ne se perde entre l’écriture et le montage final, les données de production de Demain nous appartient et Ici tout commence sont gérées par la plateforme Cinetwork, développée par Telfrance. Un directeur technique de postproduction sur le site de Sète décrit d’ailleurs cet outil comme « un outil indispensable et ultra performant qui contribue aux besoins d’information de tous les postes sans exception ». Sans cette plateforme unique, synchroniser plannings, feuilles de service et décors entre deux tournages distants de 70 kilomètres relèverait du casse-tête quotidien.

Une industrie qui pèse lourd sur le territoire

Ce qui se joue entre 18h30 et 19h10 dépasse largement la simple diffusion télé. Les deux feuilletons représentent un poids économique considérable pour l’Occitanie. Ces séries quotidiennes représentent plus de 1200 jours de tournage par an et emploient chaque année des centaines de techniciennes, techniciens, comédiens et figurants de la région. Un chiffre qui donne le vertige quand on le ramène à l’échelle d’une ville comme Sète, où le studio DNA fonctionne quasiment comme une PME industrielle à ciel ouvert.

Sur le plan financier, l’addition est tout aussi parlante. On estime à plus de 46 millions d’euros les dépenses annuelles sur le territoire pour ces deux séries, un montant soutenu depuis leurs lancements respectifs par la Région Occitanie en partenariat avec le CNC et un accompagnement de la commission du film Occitanie, ainsi que des Villes de Sète et Saint Laurent d’Aigouze. chaque bascule de générique que vous zappez d’un feuilleton à l’autre fait vivre, en coulisses, tout un écosystème local : loueurs de matériel, hôtels pour les équipes techniques, artisans qui fabriquent les décors.

Derrière les cuisines de l’institut Auguste Armand se cache même un travail de précision qu’on ne soupçonnerait pas depuis son canapé. Sur ITC, une designer culinaire explique que l’équipe imagine le visuel des plats à partir du scénario pour qu’il soit reproduit le jour du tournage par les accessoiristes, avec qui elle travaille en collaboration, les assiettes étant créées en général trois semaines ou un mois avant le tournage. Un exemple frappant : pour un menu de Noël démesuré, le premier défi a été le moule, car il n’existait pas de modèle assez grand, il a donc fallu en créer un sur mesure. La prochaine fois que vous verrez une bûche géante à l’écran à 18h30, pensez à ce moule fabriqué spécialement, quelque part entre le Gard et l’Hérault, par une équipe que personne ne voit jamais au générique.

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