Le portique d’entrée existe vraiment, et des milliers de vacanciers viennent chaque été s’y prendre en photo, convaincus d’entrer dans un lieu tout droit sorti d’un studio. Le camping des Flots Bleus n’est pourtant pas une reconstitution : c’est un établissement bien réel, niché au pied de la dune du Pilat, qui a simplement gardé pour toujours le nom donné par le film de Franck Dubosc.
À retenir
- Un simple camping trois étoiles a été catapulté au rang de destination touristique grâce à un film comique devenu culte
- Le chiffre d’affaires de l’établissement a triplé en quatre ans, mais une catastrophe naturelle a failli tout anéantir
- Deux décennies après le tournage, un détail stupéfie toujours : l’emplacement 17 du film n’a jamais vraiment existé sur place
Un vrai camping trois étoiles devenu décor culte
Tout commence en 2006, quand Fabien Onteniente pose ses caméras en Gironde pour tourner sa comédie Camping. La plupart des scènes du film ont été tournées dans un vrai camping, adapté pour l’occasion, le camping de la Dune, au Pyla-sur-Mer sur la commune de La Teste de Buch, dans une région touristique proche du bassin d’Arcachon. Un choix loin d’être anodin : Franck Dubosc, qui incarne le dragueur lourd Patrick Chirac, connaît ce monde par cœur. Il reprend le rôle de beauf dragueur qu’il interprétait dans ses sketches, et il est particulièrement impliqué dans le film, à la fois en tant qu’acteur et en tant que scénariste, y mettant beaucoup de ses souvenirs car il a fait du camping jusqu’à l’âge de 36 ans.
Détail amusant pour les puristes : l’emplacement 17 de Jacky Pic, celui que Claude Brasseur défend bec et ongles, n’est pas filmé là où on l’imagine. Le point de vue de l’emplacement 17 de Jacky Pic est tourné dans le parking de la plage du Petit Nice située au sud de la dune du Pilat. Même chose pour les parties de ping-pong endiablées : les scènes de ping-pong et de la course des canards sont filmées au camping La Canadienne à Arès. Le tournage s’est en réalité étalé sur plusieurs communes, entre Arcachon, Biscarrosse et même l’Oise pour les scènes de garage, avant de revenir systématiquement au même point d’ancrage : ce camping de la Dune qui allait devenir, malgré lui, un symbole national des vacances populaires.
Quand la fiction fait exploser le chiffre d’affaires
Le film cartonne en salles avec un succès public considérable, malgré un accueil mitigé de la presse, avec 5 491 412 spectateurs. Un raz-de-marée qui déborde largement de l’écran. Le Camping de la Dune a bénéficié de l’effet « Camping » du film, triplant son chiffre d’affaires de 2004 à 2008, vendant des produits dérivés du film (T-shirts, sacs) et attirant un défilé de touristes qui font des photos souvenirs du portique d’entrée qui a gardé le nom des « Flots Bleus ». Le succès est tel que deux suites verront le jour : deux suites suivront en 2010 puis 2016, prolongeant chaque fois un peu plus le phénomène.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est la manière dont un lieu de tournage banal s’est transformé en véritable destination. Après le succès du film, le camping réel profite d’un véritable effet Camping : les curieux viennent voir le portique, acheter des souvenirs, prendre des photos, retrouver un morceau du film. La fiction déborde alors dans la vraie vie, comme cela arrive parfois avec les comédies populaires : on ne visite plus seulement un lieu, on visite un souvenir collectif. C’est exactement ça, l’ingrédient secret : personne ne vient pour l’architecture ou les équipements. On vient parce qu’on a l’impression de croiser Patrick Chirac au détour d’une allée.
Vingt ans après, le pèlerinage continue (malgré un incendie)
L’histoire aurait pu s’arrêter brutalement à l’été 2022. Mi-juillet 2022, la forêt au pied de la Dune est dévastée par un incendie important, déclaré le 12 juillet à la suite de l’incendie d’un véhicule, et cinq campings ont été dévastés, donnant lieu à des évacuations en urgence des vacanciers, dont le Camping de la Dune. Un épisode traumatisant pour toute la région du bassin d’Arcachon, qui a forcé l’établissement à se reconstruire. Mais le lieu a rouvert, et l’attrait ne s’est jamais tari : sur les plateformes de réservation actuelles, l’établissement met toujours en avant son emplacement unique, idéalement situé au pied de la célèbre Dune du Pilat, offrant un cadre naturel exceptionnel avec un accès direct à la dune via un escalier privé permettant d’atteindre ce site emblématique en quelques minutes.
Vingt ans après sa sortie, le film continue de tourner en boucle sur les chaînes hertziennes, ce qui alimente régulièrement le phénomène. Chaque rediffusion sur TF1 relance mécaniquement les recherches sur le vrai camping des Flots Bleus, preuve que la nostalgie fonctionne comme un aimant intergénérationnel. Le camping lui-même joue le jeu, consacrant une partie de sa communication au tournage de la trilogie et cultivant volontairement ce statut de lieu-mémoire plutôt que de le fuir. Le film a transformé son décor en véritable lieu de pèlerinage, et ce statut ne semble pas près de s’éteindre : entre les familles qui viennent revivre leurs propres souvenirs de vacances et les plus jeunes venus découvrir le mythe via les rediffusions, le camping de la Dune a réussi un tour de force rare pour un lieu de tournage, celui de rester une destination vivante plutôt qu’un musée figé.
Reste une question amusante pour les prochains visiteurs : si l’emplacement 17 n’a jamais vraiment existé à cet endroit précis, combien de campeurs continuent chaque été à chercher discrètement le numéro sur les bornes, juste pour la photo ?
Sources : hpaguide.co.uk | decouvrirlebassindarcachon.fr