Non, l’institut Auguste Armand n’a jamais délivré le moindre diplôme. Chaque soir, des centaines de milliers de téléspectateurs suivent les rivalités de brigade et les histoires de cœur de cette école de cuisine sur TF1, persuadés parfois qu’il s’agit d’un vrai établissement qu’on pourrait intégrer sur dossier. La réalité est plus tordue : le décor existe bel et bien, mais l’école, elle, n’a jamais eu d’existence administrative. Et la géographie du tournage réserve son lot de surprises.
À retenir
- Un établissement administratif qui n’a jamais existé, mais dont le décor est aussi vrai que celui d’une école hôtelière
- Le scénario s’inspire d’un modèle réel situé à l’autre bout du pays, ce qui brouille totalement les pistes géographiques
- Les équipes quittent régulièrement le château pour tourner ailleurs, ajoutant encore à la confusion sur la localisation
Un vrai château dans un petit village de Camargue
Le lieu où tout se joue porte un nom bien réel : le château de Calvières. Le tournage a débuté en juillet 2020, à partir du 24 juillet, sur le domaine du Château de Calvières à Saint-Laurent-d’Aigouze, véritable décor de l’institut à l’écran. On est ici en pleine Camargue gardoise, à une poignée de kilomètres d’Aigues-Mortes, dans un décor que personne n’a eu besoin d’inventer numériquement.
Le domaine n’a rien d’un simple hall filmé sous tous les angles pour faire illusion. Inscrit aux monuments historiques depuis 2001, le domaine s’étend sur un parc arboré de près de 4 hectares, et environ 200 personnes, acteurs et techniciens, y travaillent au quotidien toute l’année. il s’y passe plus de choses en coulisses qu’à l’écran. La production s’est même installée dans la durée : une centaine de personnes masquées s’affairait déjà au château de Calvières dans l’arrière-pays nîmois en pleine crise post-Covid, avant même le lancement de la série. Depuis, l’équipe a grossi, mais le principe reste identique : on tourne en décor naturel, pas devant un fond vert.
Ce qui frappe le plus, une fois qu’on connaît l’envers du décor, c’est le degré de réalisme apporté aux fourneaux. Les cuisines qu’on voit à l’écran ne sont pas de simples plans en carton-pâte posés pour la caméra. L’ensemble des bâtiments du domaine a été transformé en école hôtelière, sans rien oublier, ni les cuisines, ni le restaurant d’application, ni l’internat, avec un équipement identique à celui d’une vraie cuisine professionnelle, pensé comme l’auraient imaginé de vrais chefs étoilés. Résultat ? Les acteurs cuisinent pour de vrai, pas juste devant les caméras entre deux prises.
Une école qui n’existe nulle part, mais qui ressemble beaucoup à une autre
Voilà le nœud du malentendu. Le bâtiment est réel, la brigade de tournage aussi, mais l’Institut Auguste Armand en tant qu’établissement scolaire n’a jamais eu de existence propre en dehors du scénario. Ce qui n’empêche pas les scénaristes de s’être inspirés d’un modèle bien concret, situé à l’autre bout du pays. Dans la série, l’institut Auguste Armand occupe le château de Calvières à Saint-Laurent-d’Aigouze, un site classé entouré d’un parc arboré. Mais le fonctionnement pédagogique, lui, doit beaucoup à un établissement bien réel installé près de Lyon.
Le décor est largement inspiré de l’Institut Lyfe, situé à Écully près de Lyon, qui accueille plus de 1 200 étudiants chaque année au château du Vivier, un édifice néo-gothique entouré d’un immense parc, avec un campus de 17 000 m2. L’ambiance, le prestige affiché, la mécanique des concours et des masters mis en scène dans la fiction s’inspirent d’une véritable école de gastronomie… qui, elle, ne se trouve absolument pas dans le Gard, mais dans le Rhône. C’est un peu comme si on tournait un film sur la Sorbonne dans un château du Périgord : le décor est ailleurs, mais l’inspiration reste fidèle au modèle.
Cette double origine explique pourquoi tant de spectateurs s’y perdent. On voit un vrai bâtiment historique du Gard, on entend parler d’une école aussi prestigieuse que l’Institut Paul Bocuse, et le cerveau fait naturellement le raccourci : ça doit exister quelque part dans le Gard. Mais le modèle réel et le décor de tournage n’ont jamais partagé le même code postal.
Quand la série quitte carrément le Gard
Et pour ajouter encore à la confusion, l’Institut Auguste Armand ne reste pas toujours à Saint-Laurent-d’Aigouze. Certaines arches narratives estivales envoient carrément l’équipe à l’autre bout du pays. Le feuilleton a quitté le sud et son château du Gard pour venir tourner quelques épisodes en Savoie et Haute-Savoie, à l’occasion d’un concours culinaire estival en pleine montagne. Direction Saint-Gervais-les-Bains, au pied du Mont-Blanc, pour une « Coupe de France de cuisine » qui a servi de prétexte à un vrai dépaysement filmé.
D’autres séquences, plus discrètes, s’échappent aussi régulièrement du château pour planter la caméra dans les rues du village voisin ou sur les étendues plates des marais salants. Le domaine dispose d’une cour, d’une piscine extérieure et d’un parc de quatre hectares comprenant un amphithéâtre, des aménagements sportifs et un potager, mais d’autres séquences sont filmées dans les alentours, notamment pour des scènes de rue, et surtout dans un autre décor récurrent, les marais salants d’Aigues-Mortes. Ce sont ces échappées, mêlées à l’inspiration lyonnaise du scénario, qui brouillent complètement les pistes géographiques pour qui cherche à localiser « la vraie école ».
Le tournage lui-même mobilise une petite armée. Environ 150 personnes sont mobilisées avec une trentaine d’acteurs pour boucler les épisodes diffusés chaque soir, du lundi au vendredi. Un rythme industriel qui explique pourquoi la production a besoin d’un décor fixe et fonctionnel plutôt que d’un simple plateau qu’on démonterait entre deux scènes.
Pour les curieux qui voudraient malgré tout s’approcher du mythe, la marge de manœuvre reste limitée mais réelle. Une boutique officielle et une visite guidée théâtralisée, baptisée « Sur les pas d’ITC », permettent de découvrir l’envers du décor sans entrer dans l’enceinte du château, en révélant des anecdotes inédites sur la fabrication de la série. On ne pénètre jamais dans les vraies cuisines de la série, celles-là restent réservées aux acteurs et à leur toque de cuisinier. Mais on peut au moins constater, depuis le trottoir d’en face, que le château existe bel et bien, quelque part entre Aigues-Mortes et le sel des marais camarguais.
Sources : vl-media.fr | objectifgard.com