Disney+ diffuse une série américaine tournée à Los Angeles : ses enquêtes ont été écrites à Paris pour TF1

Une femme de ménage au QI de génie, planquée dans les couloirs du LAPD à Los Angeles. Voilà pour le décor de High Potential, la série vedette de Disney+ qui cartonne depuis son lancement. Mais cette héroïne californienne, avec son franc-parler et ses déductions fulgurantes, est née à des milliers de kilomètres de Hollywood, dans les bureaux des scénaristes parisiens qui ont imaginé HPI pour TF1.

L’histoire commence en 2021, quand la chaîne française lance une série policière portée par Audrey Fleurot. L’actrice y joue le rôle d’une femme à haut potentiel intellectuel, Morgane Alvaro, qui de femme de ménage devient consultante pour la police grâce à sa vivacité d’esprit et sa capacité à résoudre les affaires les plus alambiquées. Le succès est immédiat, et surtout durable : HPI rencontre un vif succès, notamment en France, où elle bat des scores d’audience établis près de quinze ans auparavant. Un carton qui ne passe évidemment pas inaperçu à Hollywood, toujours à l’affût du prochain concept exportable.

À retenir

  • Une série française devient le plus grand succès d’ABC en six ans
  • Les bureaux des scénaristes parisiens ont créé le concept qui cartonne à Los Angeles
  • Un remake qui honore ses origines : un hommage émouvant aux créateurs français disparus

Comment une fiction lilloise a conquis ABC

Le concept français a rapidement attiré l’attention des studios américains. Disney Television Studios’ ABC Signature a annoncé qu’elle remakait HPI, avant que Drew Goddard, réalisateur de Daredevil et Cloverfield, ne rejoigne le projet comme producteur exécutif, avec Rob Thomas comme showrunner et Kaitlin Olson (It’s Always Sunny) en tête d’affiche. Un pedigree qui en dit long sur le sérieux de l’opération : on ne confie pas un remake à la légère à l’homme derrière Daredevil.

Le distributeur français ne s’y trompe pas non plus. En France, la série a été un tel carton que le distributeur Newen Connect affirme que la saison 1 est la troisième série la plus regardée de l’histoire de la télévision française. Une performance qui a convaincu le patron de Newen Connect que le concept pouvait voyager loin : « Certaines séries ne s’exportent pas bien mais HPI semble se situer dans la catégorie de House ou Sherlock. Je suis convaincu que la version américaine va aider en ce sens. »

Le pari a payé au-delà des espérances. Diffusée sur ABC depuis septembre 2024, la série a explosé les compteurs : selon les données Nielsen, High Potential est devenue la série la plus regardée sur ABC en six ans, dépassant le record de The Conners de la saison 2018-2019. Sur le sol français, où la série débarque en janvier 2025 sur Disney+, le réseau affiche fièrement avoir reconduit High Potential pour une deuxième saison, se disant ravi des « 30 millions de téléspectateurs » annoncés en cumulé avec la plateforme Hulu.

Même squelette, deux âmes différentes

Transposer une fiction d’un continent à l’autre, ce n’est jamais un simple copier-coller. Los Angeles remplace Lille, le LAPD prend la place de la police française, et Morgan (sans « e » final, cette fois) hérite du costume de Morgane. Mais l’essence du personnage, elle, résiste-t-elle au voyage ? Audrey Fleurot, l’interprète originale, a livré son analyse avec la franchise qu’on lui connaît. Interrogée sur la version américaine, elle a pointé une différence culturelle assez nette dans la gestion du débordement du personnage : « C’est ce que j’aime dans le personnage, c’est qu’elle déborde en permanence et ils s’autorisent moins le débordement. Je pense que c’est très culturel. Mais voilà, moi, ce que j’aime, c’est qu’elle déborde. Ils peuvent moins déborder que nous. »

Une nuance qui n’empêche pas la version américaine de creuser son propre sillon avec succès. La critique anglo-saxonne a été particulièrement conquise : la série affiche un score de 96% sur Rotten Tomatoes à partir de 25 critiques, un chiffre rarement atteint pour un procédural policier. Le Los Angeles Times a même qualifié la série de « legitimately funny and quite delightful », tandis que d’autres médias saluent son équilibre entre drame léger et comédie appuyée, mêlant les éléments du polar procédural à l’esprit vif de Kaitlin Olson.

Un lien qui dépasse le simple format

Ce qui frappe dans cette adaptation, c’est à quel point elle reste fidèle à sa source, jusque dans les hommages. En octobre 2025, la production américaine a marqué les esprits en rendant hommage à l’un des créateurs originaux d’HPI, disparu quelques semaines plus tôt. Un carton « In Memory of Nicolas Jean » est apparu à la fin du septième épisode de la série, en hommage au cocréateur de la série originale française, décédé de manière inattendue à 63 ans. Un geste rare pour une adaptation américaine, qui témoigne du respect porté au matériau d’origine et à ses auteurs parisiens.

Côté calendrier, les deux versions ont fini par se croiser de façon presque symbolique. Alors que TF1 venait tout juste de boucler la diffusion d’HPI, sa version américaine est revenue dans la lumière avec la saison 2, lancée en septembre 2024 aux États-Unis, transposant l’univers d’HPI dans les rues de Los Angeles. La saison 2 de High Potential, disponible sur Disney+ en France depuis octobre 2025, compte 18 épisodes et s’est achevée au printemps 2026 sur ABC. Pendant ce temps, la série mère française a tiré sa révérence après cinq saisons, laissant sa version américaine porter seule le flambeau à l’international.

Le plus étonnant dans cette histoire ? Ce n’est pas la première fois qu’un format policier français traverse l’Atlantique, mais rares sont ceux qui ont réussi une telle percée. HPI fait partie des rares séries françaises devenues remakes globaux, rejoignant la version américaine de The Returned chez A&E ou Calls US chez Apple TV+, mais aucune n’a atteint le statut de série la plus regardée de son réseau depuis six ans. De quoi donner des idées à d’autres scénaristes français qui planchent, sans le savoir peut-être, sur le prochain hit hollywoodien.

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