C’est fini pour la voix française de Bruce Willis : depuis juin 2020, ce sont d’autres comédiens qui parlent à sa place dans les rediffusions

Depuis le 16 juin 2020, une voix a disparu du paysage sonore français : celle de Patrick Poivey, le comédien qui prêtait ses intonations à Bruce Willis depuis plus de trente ans. Quand vous retombez aujourd’hui sur une rediffusion de Pulp Fiction ou de Sixième Sens, c’est bien lui que vous entendez encore. Mais pour tous les films sortis après 2020, la voix a changé. Un basculement générationnel qui a pris de court des millions de spectateurs habitués à ce timbre grave et légèrement nonchalant.

À retenir

  • Une voix iconique s’éteint : qu’est devenu le timbre reconnaissable entre mille ?
  • Trente-trois ans de fidélité vocale : un record rarissime dans l’industrie du doublage
  • Qui a hérité du manteau ? Les surprenants successeurs de Patrick Poivey

Trente-trois ans à donner sa voix à Bruce Willis

Patrick Poivey a été la voix française régulière de Bruce Willis, au point qu’on pouvait presque parler de voix officielle tant il était indissociable de l’acteur, de la série télévisée Clair de lune en 1987 jusqu’en 2020. Une fidélité rarissime dans le monde du doublage, où les comédiens changent parfois d’un film à l’autre selon les studios ou les distributeurs. Patrick Poivey était la voix française officielle de l’acteur américain depuis 1985 et la série Clair de Lune, l’accompagnant sur plus de 70 films.

Son registre ne se limitait pas à Willis. Sa voix devint associée à Willis après l’ascension de l’acteur dans la série des années 1980 Clair de lune, et il doubla Willis dans tous les films Die Hard, mais aussi les premiers films de Tom Cruise, ainsi que Don Johnson dans Deux flics à Miami, Mickey Rourke et Kyle MacLachlan dans Twin Peaks et Sex and the City. Autant dire que sa disparition a laissé un vide bien plus large que le seul univers Willis, touchant toute une génération de blockbusters américains des années 80 et 90.

Le parcours de Poivey n’avait rien d’un hasard de casting. Il avait débuté sur les planches du Cours Simon à Paris, avant de rejoindre le Conservatoire et de faire la rencontre de l’acteur Paul Meurisse, qui l’initie à la post-synchronisation au début des années 1970. Un détour par le théâtre classique qui explique sans doute cette diction si particulière, reconnaissable entre mille dès les premières répliques d’un John McClane grimaçant dans un immeuble en feu.

Un AVC qui met fin à trois décennies de complicité vocale

La nouvelle était tombée un soir de juin 2020, relayée par la radio pour laquelle il travaillait régulièrement. Patrick Poivey est décédé le mardi 16 juin à l’âge de 72 ans des suites d’un AVC, comme l’a annoncé la radio Rires et Chansons avec laquelle il collaborait. Un départ brutal, sans annonce préalable de maladie, qui a pris de court la profession entière du doublage.

Les hommages n’ont pas tardé. Sur les réseaux sociaux, un journaliste sportif français résumait bien l’émotion du moment en écrivant que Bruce Willis venait de perdre sa voix. « Bruce Willis has lost his voice. Patrick Poivey has gone », écrivait Yohan Roblin, ajoutant qu’il « was immediately recognisable as that voice, which accompanied my childhood ». Une phrase qui résume à elle seule le rapport particulier qu’entretiennent les Français avec le doublage : pour beaucoup, la voix française n’est pas une simple traduction, elle fait partie intégrante du souvenir cinéma.

Reste une question amusante et un brin macabre : quel a été le tout dernier rôle doublé par Poivey avant sa disparition ? La réponse est venue avec le nouveau direct-to-video de la star, Hard Kill, sorti le 11 novembre 2020, tourné et doublé avant le décès du comédien mais sorti après. Un dernier tour de piste posthume, en quelque sorte.

Qui parle désormais à la place de Bruce Willis ?

Trouver un successeur à une voix aussi identifiée relevait du casse-tête. Il fallait bien trouver un remplaçant à Patrick Poivey pour incarner Bruce Willis dans ses films suivants, chose faite dès Hard Kill. Le choix s’est porté sur un nom loin d’être inconnu des cinéphiles. Après Patrick Poivey, c’est Éric Herson-Macarel qui a repris le flambeau, un comédien bien connu des fans de James Bond puisqu’il est la voix officielle de Daniel Craig depuis Casino Royale. Un choix logique sur le papier : deux acteurs au registre viril et bourru, deux franchises d’action culte.

Mais l’histoire de la succession ne s’arrête pas là. Selon les fiches de référence du doublage francophone, un autre nom a depuis pris le relais de façon plus régulière. Depuis le décès de Patrick Poivey, c’est Stefan Godin qui est devenu la nouvelle voix française régulière de l’acteur. Un changement qui illustre bien la réalité de l’industrie : contrairement au cinéma où un rôle reste figé, le doublage vit au rythme des disponibilités, des studios et des choix de directeurs artistiques, et il n’est pas rare qu’une voix change plusieurs fois avant de se stabiliser.

Concrètement, cela veut dire que si vous regardez aujourd’hui un Bruce Willis sorti avant 2020, la voix qui accompagne le « Yippee Ki Yay » légendaire de John McClane restera à jamais celle de Poivey. Pour tout ce qui a suivi, direct-to-video compris, une autre signature vocale s’est installée, sans jamais retrouver exactement la même texture. C’est là toute la particularité du doublage français : un acteur peut arrêter de jouer, changer de registre, vieillir à l’écran, sa voix française, elle, appartient à un tout autre comédien, dont la carrière et la santé pèsent parfois plus lourd dans notre mémoire collective qu’on ne le pense.

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