Ce Supergirl en salles depuis fin juin ne ressemble à aucune version précédente de Kara : la raison se cache dans le comics dont il est adapté

Depuis le 26 juin 2026, Kara Zor-El vole enfin sur grand écran dans une version qui tranche radicalement avec tout ce qu’on a connu d’elle. Ni l’héroïne solaire de la série télé des années 2010, ni la cousine sage de Superman qu’on imaginait, mais une jeune femme dépressive qui fête son anniversaire en se saoulant sur une planète à soleil rouge. La raison de cette rupture totale de ton ? Le film n’adapte pas « Supergirl » en général, il adapte un comic très précis, et c’est ce choix qui change tout.

À retenir

  • Le film n’adapte pas Supergirl en général, mais un seul comics culte de 2021
  • Kara y est dépressive, alcoolique et pourchasse un meurtrier aux côtés d’une jeune vengeresse
  • James Gunn a volontairement choisi la version ‘hardcore’ du personnage, loin de l’optimisme habituel

Un comic culte, pas une compilation de vieilles histoires

Contrairement à la plupart des adaptations de super-héros qui piochent dans des décennies de mythologie pour créer un amalgame, le film s’attaque frontalement à une seule œuvre. Contrairement à la plupart des films Marvel ou DC, « Supergirl » ne va pas être une adaptation générale de son personnage titre ou un amalgame de différentes histoires. Le film adapte spécifiquement « Supergirl: Woman of Tomorrow » sorti en 2021, une mini-série de huit numéros écrite par Tom King et dessinée par Bilquis Evely. D’ailleurs, le titre de travail du long-métrage était initialement identique à celui du comic, avant que James Gunn ne décide de le raccourcir simplement en « Supergirl ».

L’histoire de départ tient en une poignée de scènes, mais elle a de quoi surprendre qui connaît la Supergirl bienveillante des dessins animés. L’histoire du film commence avec Kara Zor-El, sur une tournée des bars planétaire pour célébrer son anniversaire en compagnie de Krypto. Elle rencontre Ruthye Marye Knoll, une jeune fille partie venger le meurtre de son père par le redoutable Krem of the Yellow Hills. Après que Krem empoisonne Krypto, Supergirl et Ruthye le traquent de planète en planète, à la fois pour venger Ruthye et pour trouver l’antidote qui sauvera le chien de Kara. Un scénario de vengeance crépusculaire, à mille lieues des récits d’espoir habituellement associés au blason du « S ».

Le comic original, lui, a marqué les esprits dès sa sortie. Il est considéré par beaucoup comme le plus grand comic Supergirl de l’histoire. Et le film lui rend même un petit hommage visuel discret : l’une des planètes visitées par le duo héroïque s’appelle « Bilquis », en tribut apparent à l’artiste du comic.

La Kara « hardcore » voulue par James Gunn

Ce choix éditorial n’a rien d’un hasard. Dès l’annonce du projet, James Gunn avait prévenu que cette version s’écarterait volontairement de l’image lisse qu’on connaissait du personnage. Le patron des studios DC avait expliqué que cette version de Supergirl serait « beaucoup plus hardcore », parce que Kara a grandi en assistant à la destruction de Krypton avant d’arriver sur Terre. « Ce n’est pas exactement la Supergirl à laquelle on est habitués », avait-il précisé. Une déclaration qui prend tout son sens une fois le film vu : cette Kara traîne un traumatisme d’exilée, loin de l’optimisme candide qu’on prêtait souvent au personnage.

Ce virage plus sombre colle parfaitement à l’esprit du comic de Tom King, connu pour ses récits qui explorent la fêlure derrière le costume. C’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant : là où d’autres adaptations auraient lissé Kara pour la rendre plus consensuelle, celle-ci assume une héroïne fatiguée, presque cynique, qui doit réapprendre à croire en quelque chose à travers sa relation avec la jeune Ruthye.

Les libertés que le film s’est quand même autorisées

Adapter fidèlement ne veut pas dire recopier à l’identique, et plusieurs choix ont fait grincer des dents les lecteurs les plus attentifs du comic. Le plus commenté concerne le méchant : dans le film, Krem of the Yellow Hills est un pirate spatial à l’apparence inquiétante, alors que dans le comic, c’est un personnage humanoïde bien plus séduisant, qui ne rejoint les Brigands que plus tard dans l’histoire et n’en est jamais le chef. Le drame familial de Ruthye a lui aussi été durci pour l’écran : le comic établissait que seul le père de Ruthye avait été tué par Krem, tandis que sa mère et plusieurs de ses frères survivaient. Le film, lui, préfère décimer toute la famille dès l’ouverture, sans doute pour intensifier immédiatement l’enjeu émotionnel.

D’autres ajouts trahissent surtout des impératifs de studio plus que de fidélité littéraire. C’est notamment le cas de la révélation selon laquelle Clark Kent, alias Superman, offre à Kara son costume, ou encore de la présence marquée de Lobo, dont le rôle est bien plus étoffé qu’un simple caméo. Il faut dire que Jason Momoa dans la peau du chasseur de primes intergalactique ressemble fort à un galop d’essai pour un futur spin-off, une manœuvre classique chez DC Studios depuis le lancement de son nouvel univers partagé.

Un pari artistique qui n’a pas payé au box-office

Sur le papier, adapter l’un des comics Supergirl les plus acclamés de la dernière décennie semblait une évidence créative. Dans les salles, le résultat a été beaucoup plus compliqué. Le film a connu un démarrage désastreux, ouvrant à seulement 37,1 millions de dollars aux États-Unis, très en deçà des projections initiales de 55 millions. Un chiffre d’autant plus douloureux que le budget de production s’élevait à 170 millions de dollars, auxquels s’ajoutaient environ 120 millions de dépenses marketing.

Côté critique, l’accueil reste mitigé mais pas catastrophique. Après les 200 premières critiques, le film culmine à 59% sur Rotten Tomatoes, tandis que le public se montre plus indulgent avec 77% de moyenne sur près de 500 notes. Un écart révélateur : le public semble davantage séduit par cette Kara écorchée et sa quête de rédemption aux côtés de Ruthye que les critiques professionnels, qui pointent souvent un rythme trop lent pour un premier film solo. Reste une question qui plane sur la suite du DC Universe : cette fidélité à un comic exigeant, saluée par les puristes, suffira-t-elle à convaincre James Gunn de continuer à piocher dans des œuvres aussi pointues plutôt que dans des origines plus consensuelles pour ses prochains héros ?

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