« Enfin un vrai acteur américain » : pourquoi Bryan Singer s’est totalement trompé en découvrant l’audition de Dr House

Bryan Singer cherchait un « Américain pur jus » pour incarner Dr House. Il a fini par tomber sous le charme d’un acteur anglais élevé au thé et biscuits, sans même s’en rendre compte. L’anecdote, devenue culte chez les fans de la série, résume à elle seule tout le génie de Hugh Laurie : une performance tellement convaincante qu’elle a berné le réalisateur lui-même.

Retour en 2004. Le casting de House traîne en longueur et Bryan Singer, alors producteur exécutif du pilote après le succès de X-Men et Usual Suspects, a une idée fixe. Il veut un acteur américain, point final. Selon plusieurs témoignages rapportés dans la presse anglophone, Singer avait interdit à ses équipes de lui montrer d’autres bandes d’auditions d’acteurs britanniques pour le rôle. Une consigne stricte, presque obsessionnelle, qui aurait dû éliminer d’office un certain Hugh Laurie de la liste des candidats.

Mais Laurie n’a jamais reçu le mémo. Il se trouve alors en Namibie, en plein tournage du film Flight of the Phoenix aux côtés de Dennis Quaid, à des milliers de kilomètres des studios hollywoodiens. Pas de studio d’enregistrement, pas d’équipe technique, juste une chambre d’hôtel et l’envie de tenter sa chance. Il a enregistré sa bande d’audition pour la série dans la salle de bain de l’hôtel, car c’était le seul endroit où il pouvait avoir suffisamment de lumière. Un détail presque comique quand on connaît la suite : l’acteur qui allait devenir l’un des médecins les plus célèbres de la télévision a auditionné devant un miroir de rasage, faute de mieux.

À retenir

  • Bryan Singer avait interdit à son équipe de lui montrer des acteurs britanniques pour le rôle
  • Hugh Laurie a auditionné depuis une salle de bain d’hôtel en Namibie avec un parapluie en guise d’accessoire
  • Son accent américain était si convaincant que Singer l’a désigné comme l’exemple parfait qu’il recherchait

Une audition tournée dans une salle de bain qui a tout changé

Le résultat dépasse toutes les attentes. L’accent américain de Laurie était si convaincant que le producteur exécutif Bryan Singer, qui ignorait à l’époque que Laurie était britannique, l’a désigné comme un exemple parfait du genre d’acteur américain « convaincant » qu’il recherchait. : Singer visionne la cassette, se retourne vers son équipe, et livre sans le savoir l’une des punchlines les plus ironiques de l’histoire du casting télé.

La productrice Katie Jacobs, présente ce jour-là, se souvient de la scène avec précision. Quand elle a mis la cassette de l’audition de Hugh, elle a vu Bryan Singer se lever de derrière son bureau et s’approcher de la télévision. Un réflexe de professionnel qui ne trompe pas : ce genre de moment, on ne l’oublie pas. Selon le créateur de la série David Shore, Singer aurait alors lâché : « Voilà, c’est exactement ce que je veux, un gars américain ». Une phrase devenue mythique dans les coulisses de la production, tant elle illustre à quel point l’illusion était totale.

Ce qui rend l’anecdote encore plus savoureuse, c’est le contexte dans lequel Laurie a tourné cette bande. Pas de costume soigné, pas de canne digne d’un médecin ronchon. Laurie a décidé de ne pas changer ses vêtements de la veille ni de se raser, estimant qu’un type comme Dr House se moquerait de son apparence, et il n’avait même pas de canne, se contentant d’un vieux parapluie. Le futur Dr House négligé, mal rasé, armé d’un parapluie en guise d’accessoire médical : difficile d’imaginer un pitch moins glamour pour un rôle qui allait pourtant faire de lui l’un des acteurs les mieux payés de la télévision américaine.

Pourquoi Singer s’est trompé (et pourquoi ça n’avait aucune importance)

Le malentendu ne relève pas d’un simple oubli. Hugh Laurie n’a jamais été le genre de comédien qu’on associe spontanément à un rôle américain. Avant House, il s’est fait un nom en Angleterre grâce à des séries profondément britanniques : il a d’abord acquis une reconnaissance professionnelle en tant que membre du duo comique anglais Fry and Laurie, aux côtés de Stephen Fry, avec qui il a notamment participé à la série de sketchs Fry & Laurie et à l’adaptation de P. G. Wodehouse, Jeeves and Wooster. Autant dire l’archétype du gentleman so British, à mille lieues de l’antihéros grinçant qu’il allait incarner.

Laurie a lui-même raconté que la question de la nationalité du personnage s’était posée très tôt, et que le refus de Singer d’envisager un accent étranger était sans appel. Interrogé sur une première tentative où il avait gardé son accent naturel, il confie : « pas même ça, je ne crois pas avoir fini une phrase, et Bryan a dit non, ça ne marche pas. Je pense que c’est ainsi que le rôle a été écrit et, pour être franc, je ne m’attendais pas à ce que Fox place un étranger au centre d’une série dramatique coûteuse. Je peux comprendre ça ». Une lucidité assez rare chez un acteur qui venait pourtant de décrocher, contre toute attente, le rôle de sa vie.

La supercherie ne s’est pas arrêtée à l’audition. Pendant huit saisons, Laurie a maintenu l’illusion jusque dans les moindres recoins du tournage. Il conservait son accent américain même entre les prises sur le plateau de House, ainsi que lors des lectures de scripts, sauf lorsqu’il a réalisé lui-même l’épisode « Lockdown ». Un niveau d’engagement qui explique en partie pourquoi le public américain a mis du temps à réaliser que leur médecin préféré venait d’Oxford et non du New Jersey.

L’histoire a eu un joli rebond quelques années plus tard. Hugh Laurie devait initialement incarner Perry White, le rédacteur en chef du Daily Planet, dans le Superman Returns de ce même Bryan Singer, avant de devoir se retirer du projet à cause de son engagement sur House. Comme quoi, même après avoir été percé à jour, l’acteur restait le premier choix du réalisateur qu’il avait berné. La confusion initiale n’aura donc jamais été un obstacle : elle est devenue, avec le recul, l’un des meilleurs arguments marketing d’une série qui a fini par cartonner dans le monde entier.

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