Plus de 1 100 mètres carrés rayés de la carte, une place mythique réduite en gravats, puis un quartier entier rebâti en trois mois seulement. Voilà ce qui s’est joué en coulisses avant que « Plus belle la vie, encore plus belle » ne pose ses caméras sur TF1. Le fameux Mistral que les fans connaissaient depuis 2004 n’existe plus, et la production a dû repartir de zéro pour offrir un cadre digne du feuilleton le plus regardé de l’après-midi.
À retenir
- Pourquoi les 1 100 m² du Mistral originel ont-ils complètement disparu ?
- Comment une équipe a-t-elle pu reconstruire un quartier entier en seulement 3 mois ?
- Quel village provençal a remplacé les décors marseillais iconiques de l’ancienne série ?
Un décor historique rayé de la carte
Pour comprendre l’ampleur du chantier, il faut remonter à la fin de l’ère France 3. Le Mistral était un décor construit dans les studios de la Belle de Mai, à Marseille, qui faisait plus de 1 100 m². Un décor XXL, quasi un village dans le village, où chaque recoin, du bar aux appartements, avait été pensé pour faire vivre 18 saisons de rebondissements. Mais à l’arrêt de la série, personne n’avait prévu de le conserver.
La destruction a été brutale. Suite à l’arrêt de la série, les décors de la place du Mistral, qui se trouvaient dans les studios de la Belle de Mai à Marseille, ont été complètement détruits pour faire place à de nouveaux tournages. Un crève-cœur pour les fans historiques, qui espéraient une préservation symbolique du lieu. La mairie de Marseille avait même évoqué une intervention pour sauver ces décors emblématiques, mais rien n’y a fait : place nette pour d’autres productions.
Trois mois pour rebâtir un quartier entier
Quand TF1 a annoncé la résurrection du feuilleton, la production s’est retrouvée devant un mur : plus aucune trace du quartier d’origine. Il a fallu tout reconstruire, sans exception. Les décors, quant à eux, ont été totalement nouveaux, puisqu’ils ont été détruits à la fin de la série : nouveaux appartements, nouveau commissariat, nouvel hôpital. Rien n’a été récupéré du passé, tout est sorti de terre en un temps record.
Le chiffre donne le vertige pour une équipe de tournage : les extérieurs de ces décors ont été tournés sur une place typiquement provençale dans la petite ville d’Allauch, tandis que les intérieurs ont été reconstruits dans les studios de la Belle de Mai à Marseille, ce nouvel environnement de travail ayant été créé en un temps record de 3 mois. Trois mois pour ériger un bar, une cuisine ouverte, un patio, des façades entières. Le genre de délai qu’on trouve habituellement sur un chantier résidentiel classique, pas pour un plateau de tournage censé accueillir un tournage quotidien pendant des années.
Le symbole le plus fort de cette reconstruction reste le bar. Fini la façade rouge brique héritée de l’ancien feuilleton : exit la façade rouge brique et le grand comptoir où Roland Marci a servi les fidèles clients du quartier pendant plus de 15 ans, place à un nouvel établissement dont la décoration ne sera plus inspirée du bar des 13 coins au Panier, mais sera une réplique de la façade de l’hostellerie, établissement situé sur la place de l’Hôtel de Ville à Allauch. Un choix esthétique assumé : rompre visuellement avec l’ancien monde tout en conservant l’âme du lieu.
Cette inauguration n’est pas passée inaperçue côté institutionnel. L’inauguration des studios a eu lieu le 11 octobre 2023 en présence notamment de la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak et du PDG de TF1, Rodolphe Belmer. Un déplacement ministériel pour un plateau de tournage, ça n’arrive pas tous les jours, preuve que l’enjeu dépassait largement le simple feuilleton de l’après-midi.
Allauch, nouvelle vitrine du Mistral
Reste que reconstruire en studio ne suffit pas à donner l’illusion d’un vrai quartier marseillais. Pour les scènes en extérieur, la production a jeté son dévolu sur une commune voisine, aux ruelles pittoresques et à l’architecture provençale intacte. Officiellement sélectionnée pour servir de décor naturel pour le retour de la série, la Ville d’Allauch accueille depuis le mois d’octobre 2023 les tournages en extérieur, l’authentique place de l’Hôtel de ville, typiquement provençale, se transformant plusieurs jours par mois en Place du Mistral avec son fameux bar en toile de fond. Un basculement total : le vrai décor naturel du Panier marseillais, utilisé pendant 18 ans, a cédé sa place à un village entier réquisitionné plusieurs jours chaque mois.
Ce changement n’est pas resté sans effet sur la vie locale. Le maire d’Allauch lui-même a mesuré l’ampleur du phénomène : « On savait qu’il serait important, on l’a peut-être même sous-estimé, on en espère beaucoup de retombées positives pour la suite, pour faire travailler le commerce local et en termes de fréquentation touristique. » Le pari a visiblement payé, puisque la commune a depuis développé un véritable circuit touristique dédié à la série, avec des visites guidées qui affichent complet en période estivale.
Et la disparition de certains lieux historiques a obligé les scénaristes à réinventer des pans entiers de l’intrigue. Sans le lycée d’antan, la production a dû imaginer un nouveau point de ralliement pour les personnages les plus jeunes, preuve que la reconstruction ne s’est pas arrêtée aux murs mais a redessiné la mécanique même du récit.
Trois ans après ce chantier express, le pari semble tenu : la série tourne toujours à plein régime entre Marseille et Allauch, avec un budget annuel qui avoisine les 30 millions d’euros et une diffusion désormais élargie à Netflix depuis juin 2026. Signe que la mécanique retrouvée fonctionne, la chaîne a même choisi de ne prévoir aucune coupure estivale cette année, contrairement aux deux étés précédents où le feuilleton s’était arrêté plusieurs semaines. Autant dire que le nouveau Mistral, sorti de terre en urgence il y a trois ans, n’a plus rien d’un décor provisoire.
Sources : franceinfo.fr | stars-actu.fr