« Je croyais qu’ils cuisinaient vraiment » : dans Ici tout commence, les assiettes arrivent déjà dressées et ce n’est pas par les comédiens

Un plat qui arrive à l’image déjà entièrement dressé, sans qu’aucun comédien n’ait touché une poêle. Voilà le secret le mieux gardé (et le plus mal compris) d’Ici tout commence : derrière l’illusion parfaite d’une brigade qui s’active aux fourneaux se cache une véritable armée de designers culinaires, d’accessoiristes et de chefs professionnels qui préparent chaque assiette bien avant que les caméras ne tournent.

À retenir

  • Les acteurs ne cuisinent pas vraiment : jusqu’à 6 assiettes identiques sont préparées en amont pour chaque scène
  • Un métier méconnu : les designers culinaires conçoivent chaque plat à partir du scénario avec une liberté artistique variable
  • Les comédiens ont suivi une formation pour maîtriser les gestes techniques et sembler crédibles derrière les fourneaux

Une brigade fantôme derrière les fourneaux

Le feuilleton quotidien de TF1, centré sur les élèves et professeurs d’une prestigieuse école de cuisine, doit une bonne partie de son succès à son univers culinaire riche et appétissant, qui met en scène les coulisses d’une école de cuisine fictive de renom en France. Mais ce spectacle a un coût logistique énorme. Pour chaque plat qui apparaît à l’écran, l’équipe a environ quinze jours pour les préparer, et cette préparation ne se limite pas à la création des recettes : elle inclut également la validation artistique et la réalisation de plusieurs assiettes identiques pour les besoins du tournage.

C’est là qu’intervient un métier méconnu du grand public : celui de designer culinaire. Lorine Hennebelle, designer culinaire de la série, conçoit les visuels des plats à partir du scénario, avant que les accessoiristes ne prennent le relais. La marge de liberté artistique dépend entièrement de ce qui est écrit noir sur blanc dans le script. Comme elle l’a expliqué, quand le scénario mentionne juste l’intitulé du plat, l’équipe a carte blanche dans la réalisation de l’assiette, à partir du moment où elle respecte l’intitulé et les ingrédients principaux ; sur la forme et l’esthétique, elle fait un peu ce qu’elle veut. Mais d’autres fois, tout est déjà très précis dans le scénario, chaque action est décrite assez précisément, du simple rangement des casseroles à la petite pluche d’herbe qu’on va venir mettre au dernier moment sur une entrée. Rien n’est laissé au hasard, littéralement jusqu’au brin de persil.

Concrètement, sur le plateau, par scène, le chef et ses seconds dressent 5 à 6 assiettes identiques qui serviront lors des différentes prises. Une logique de production presque industrielle, où chaque angle de caméra nécessite sa propre copie du plat, prête à être posée devant le comédien au bon moment.

Les acteurs ont quand même appris les gestes

Si les assiettes arrivent prêtes, les comédiens ne sont pas pour autant restés les bras croisés. Avant d’endosser leur rôle derrière les fourneaux, les acteurs ont suivi quelques jours de formation auprès d’un chef professionnel, ce qui leur a permis de maîtriser des gestes techniques et d’acquérir la dextérité nécessaire pour incarner leur personnage avec authenticité. Un vrai chef de métier, en l’occurrence : selon le producteur Vincent Meslet, le chef Pablo du restaurant Le Mazet, à Aimargues, a beaucoup aidé à former chacun des acteurs aux gestes de la cuisine grâce à des journées de formation. L’objectif n’était toutefois pas de transformer un casting en véritables cuisiniers. Comme l’a résumé la comédienne Catherine Marchal, le chef n’a pas cherché à faire des acteurs de vrais cuisiniers, mais à leur donner les petites astuces qui pouvaient les rendre crédibles : comment on essuie avec son torchon, comment on goûte, comment on sent les odeurs. Certains ont poussé l’exercice plus loin, comme Clément Rémiens qui s’est formé, bien avant le début du tournage, auprès de Jordan Yuste, ancien candidat de l’émission Top Chef.

Résultat ? Une crédibilité qui trompe même les plus attentifs. À l’écran, il est quasiment impossible de distinguer les cuisiniers de la série de ceux de Top Chef, tant leur interprétation est convaincante. Mais ce sont bien les recettes élaborées par une équipe de véritables cuisiniers, pas par les comédiens eux-mêmes, qui garnissent le plateau chaque jour de tournage.

Que deviennent les plats une fois la caméra coupée ?

Question qui taraude forcément les fans : est-ce que tout ça finit à la poubelle ? Pas vraiment. Une partie repart carrément vivante, si l’on peut dire. Une fois les scènes terminées, ce sont généralement les poules qui profitent des assiettes. D’autres plats connaissent une seconde vie à l’écran : certains sont également congelés pour être réutilisés lors d’une future scène au « Double A », le restaurant de l’Institut, ce qui explique en partie pourquoi certains plats reviennent d’un épisode à l’autre sans que les scénaristes n’aient forcément prévu cette continuité culinaire.

Côté comestibilité, la vérité est plus nuancée que ce qu’on imagine. Les plats sont tous consommables, précise la production, et ils constituent plus tard une partie du repas des équipes. Mais tenir plusieurs heures sous des projecteurs de tournage n’a rien d’anodin pour de la nourriture fraîche. Après plusieurs heures sous les projecteurs, les plats laissent souvent peu à désirer, et pour limiter la casse visuelle, les cuisiniers doivent parfois ajouter du liant ou de la gélatine afin que tout reste impeccable à l’image.

Il arrive même que l’illusion aille jusqu’au trompe-l’œil total. Un exemple resté dans les mémoires : une scène impliquait une pièce montée recouverte de caramel et de sucre perlé qui n’a pas tenu le coup, obligeant l’équipe à recourir à une fausse pièce montée réalisée avec des choux en plastique. Une astuce qui sert aussi une cause plus concrète : ces « faux » plats contribuent à limiter le gaspillage alimentaire et peuvent même être réutilisés dans d’autres épisodes.

De quoi relativiser l’image d’Épinal du comédien qui invente sa recette en direct devant la caméra. La série, elle, préfère miser sur une mécanique bien huilée où chaque plat a déjà vécu plusieurs vies avant même d’apparaître à l’écran, entre criée locale, marché du village et four à congélation. Un travail d’orfèvre invisible, qui explique sans doute pourquoi les internautes continuent, saison après saison, de se demander si les acteurs cuisinent vraiment.

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