« Je pensais que les vachettes étaient l’âme du jeu » : pourquoi Intervilles revient en 2025 sans elles, au nom du bien-être animal

Douze ans d’absence, quatre jeudis de direct en juillet 2025, et une question qui a occupé les conversations estivales bien plus que les résultats sportifs : où sont passées les vachettes ? La réponse est simple. Elles ne reviendront pas, et ce choix, assumé par Nagui, a transformé le grand retour d’un programme culte en véritable débat de société.

À retenir

  • Un incident de 2005 a marqué Nagui : une vachette morte lors des répétitions
  • Plusieurs villes comme Bayonne et Dax refusent de participer au retour sans les animaux
  • Une mascotte en mousse appelée Topa remplace les vachettes mais laisse les fans divisés

Un come-back annoncé à grand renfort de nostalgie, amputé de son symbole

Nagui a levé le voile sur la nouvelle version d’Intervilles, qui est arrivée le 3 juillet 2025 sur France 2, douze ans après la dernière diffusion pérenne du programme. L’émission n’était plus diffusée sous une forme pérenne depuis 2009, et son retour était envisagé par France Télévisions depuis 2019, mais avait été plusieurs fois repoussé, notamment à cause de la pandémie de Covid. Un come-back qui aurait dû ravir les nostalgiques du « Chanananana », sauf qu’un détail a immédiatement fait grincer des dents : contrairement à la version originelle, il n’y a pas de vachettes pour corser les épreuves.

Le programme historique, lui, n’a jamais caché son ADN taurin. Intervilles était connu pour l’utilisation de vaches à cornes et de jeunes taureaux dans les jeux, les vachettes, qui entraient dans l’arène adolescentes avec des balles en caoutchouc sur les cornes pour la sécurité, et perturbaient les concurrents en les chargeant. Autant dire que retirer cet ingrédient revenait, pour beaucoup, à vider le jeu de sa substance.

Pourquoi Nagui a tranché : un traumatisme et une ligne éditoriale assumée

La décision ne date pas d’hier. Nagui a annoncé le retour du programme sans les vachettes dans un entretien à Ouest-France en novembre 2024, souhaitant apporter de la modernité à cette grande kermesse avec diversité, parité et respect de tous les êtres. Mais c’est un souvenir personnel, bien plus qu’une posture militante, qui semble avoir pesé dans la balance. Nagui s’est justifié en expliquant que ce n’était pas la position d’un bobo végétarien, mais un échange avec la chaîne, disant avoir vu une vachette mourir en 2005 lors des répétitions de l’émission. Il l’a résumé sans détour : « Je ne me vois pas produire une émission en me disant +On est en direct, à tout moment un animal peut mourir+ ».

L’anecdote n’est pas isolée. Une autre vachette, star du programme, a marqué les esprits avant de mourir en 2020, un événement largement relayé à l’époque et qui a nourri le dossier des défenseurs du bien-être animal. Ce contexte explique aussi pourquoi Reha Hutin, présidente de la SPA, a salué la mesure : selon elle, « Le public est prêt à cela », une évolution qu’elle rapproche de la disparition des tigres à Fort Boyard.

Le boycott du Sud-Ouest et l’arrivée de Topa, la vachette en mousse

Le problème, c’est que tout le monde n’est pas prêt. Après l’annonce de cette décision, plusieurs villes comme Dax, Mont-de-Marsan et Bayonne ont annoncé ne plus vouloir participer à Intervilles, terres où la culture taurine reste vivace. Le ton monte vite dans les déclarations locales. Yves Ugalde, maire adjoint à la culture de Bayonne, dénonce une télévision qui « veut réveiller une émission culte sans en assumer du tout sa substantifique moelle », estimant que la vachette est « l’élément constitutif, le sel de ce divertissement ». Même son de cloche à Dax, où le maire assure que « Intervilles sans vachettes, ce n’est pas Intervilles », évoquant plutôt une « kermesse » ou un « jeu télévisé quelconque ».

Sur le terrain de l’élevage, la colère est tout aussi vive. Teddy Labat, responsable d’un élevage familial qui a fourni les vachettes du programme, juge que « les vaches, c’est la seule chose qui ne peut pas être calculée par l’homme, c’est imprévisible et spectaculaire », concluant : « Tant pis pour eux ». Une famille qui, selon Wikipédia, fournissait les taureaux depuis trois générations, un lien quasi patrimonial rompu net par la décision de France Télévisions.

Face à ce vide, l’émission a inventé une parade plutôt qu’une simple absence. La vachette est devenue une mascotte appelée « Topa », en référence à « Top à vachette », dotée d’une tête rouge en mousse, d’une mèche blonde, de cils XXL et d’une langue pendante, avec un corps humain. Le personnage a été confié à un dessinateur connu du grand public : Topa a été conçue par Zep, le père de Titeuf, qui a confié trouver beau d’être associé à cette idée, jugeant stupide et gênant, même enfant, le recours aux animaux dans le divertissement. De quoi transformer un totem de campagne en gag costumé, un pari risqué pour une émission dont l’identité tenait justement à l’imprévisibilité animale.

Un démarrage solide, mais une controverse qui ne retombe pas

Sur le papier, le pari commercial a plutôt fonctionné. Le premier numéro d’Intervilles 2025 a réuni 3,35 millions de téléspectateurs, soit 22 % de part d’audience, avec 25 % des 25-49 ans et 27,5 % des FRDA-50, des scores qui ont placé France 2 en tête de soirée. Le format s’est déployé sur quatre soirées en direct, opposant Beauvais à Coulanges-lès-Nevers, puis Gap à Bourgoin-Jallieu, avant une double confrontation à Wallers-Arenberg jusqu’à la finale du 24 juillet.

Mais l’audience ne dit pas tout du ressenti. L’absence des vachettes reste une décision qui divise les fans, tandis que des critiques sur les réseaux pointent un décor jugé « cheap » et un manque de rythme. Même parmi ceux qui ont côtoyé les vachettes sur le plateau pendant des années, le sentiment reste partagé : Nelson Monfort confie n’avoir « jamais vu une vachette maltraitée », tout en reconnaissant qu’Intervilles sans elles reste « un petit crève-cœur ».

Reste une question que la mousse rouge de Topa ne résoudra pas de sitôt : peut-on faire vivre un patrimoine télévisuel entier sur la seule nostalgie de son jingle, quand l’ingrédient qui déclenchait les rires et les chutes a disparu du décor ? La suite de la saga, entre audiences à confirmer et villes taurines toujours absentes, tranchera sans doute plus vite que prévu.

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