À la fin de Sing, des Minions ou du Super Mario Bros. Movie, un nom scrolle discrètement dans le générique final. Ce n’est pas un studio de Los Angeles, ni de Vancouver. C’est Paris. un ancien parking sur deux étages transformé en usine à images, où travaillent des centaines d’animateurs pour le compte d’un géant américain.
Le studio s’appelle aujourd’hui Illumination Studios Paris. Avant ça, il portait un autre nom, moins vendeur mais tout aussi mystérieux pour le grand public : Illumination Mac Guff. Après le travail de la société française de VFX Mac Guff avec Illumination Entertainment sur Despicable Me en 2010, Universal Pictures a racheté la branche animation de Mac Guff, la rebaptisant Illumination Mac Guff. Le premier film produit par ce nouveau studio fut The Lorax en 2012. Depuis, il n’a jamais cessé de tourner à plein régime.
À retenir
- Un studio parisien caché produit secrètement l’animation des plus gros films hollywoodiens
- L’équipe est presque entièrement française, mais les crédits restent discrets
- De Despicable Me à Super Mario Bros., cette usine à images n’a jamais cessé d’innover
Une pépite née dans un parking parisien
L’histoire commence bien avant Hollywood. Illumination trouve son origine en France en 1986, quand Jacques Bled et ses quatre associés fondent le studio d’animation Mac Guff Ligne. Une petite boîte de VFX comme il en existe des dizaines à Paris, jusqu’à ce que les américains tendent l’oreille. Les Américains jettent alors un œil attentif à cette petite société parisienne au grand talent, et lorsque l’animateur Pierre Coffin s’engage avec Jacques Bled en 2004, c’est le moment pour Chris Meledandri, ancien producteur chez Disney et Blue Sky, de saisir son téléphone.
Le résultat de cette rencontre ? Moi, moche et méchant, sorti en 2010. Un carton inattendu qui convainc Universal de sécuriser durablement ce savoir-faire français. La journaliste de TF1 entraînait alors le spectateur dans un ancien parking sur deux étages transformé en studio d’animation, là où depuis 2007 le studio travaille sur la franchise Moi, moche et méchant. Un détail qui dit tout de l’ADN artisanal, presque bricolé, de cette réussite industrielle.
Les Minions, Mario et une équipe (presque) 100% française
Le studio grossit vite. Devenu Illumination Mac Guff, le plus gros studio d’animation en France emploie 500 personnes au cœur de Paris, d’où sont sortis des blockbusters comme la série Moi, moche et méchant, le spin-off Les Minions, Comme des bêtes ou encore Tous en scène. En 2016, l’effectif grimpe même à 850 salariés selon les données du secteur. Et ce n’est pas un simple sous-traitant qui pose quelques calques : c’est bien là que naissent les personnages, les décors, les gags.
Le témoignage du réalisateur Chris Renaud, sur Despicable Me 4, est éclairant. Bien que Renaud doive son nom à consonance française à ses origines canadiennes, il affirme qu’« essentiellement tout le monde » travaillant sur les films est français, à l’exception des scénaristes et de quelques storyboarders basés aux États-Unis. « Tout, du layout jusqu’à l’animation, l’éclairage et le compositing, presque toute l’équipe est française. L’image que vous voyez est entièrement assemblée et créée ici, en France », précise-t-il. Le personnage de Gru parle avec l’accent américain, mais il a été dessiné, animé et éclairé à quelques stations de métro de la tour Eiffel.
La franchise a pris une ampleur que peu de studios français peuvent revendiquer. Le studio est connu dans le monde entier pour ses blockbusters Minions, Minions : Il était une fois Gru, Moi, moche et méchant 1, 2 et 3, Le Lorax, Comme des bêtes 1 et 2, Le Grinch et Tous en scène 1 et 2, tous produits par Illumination Entertainment pour Universal Pictures. Et le dernier coup d’éclat vient d’ailleurs : Super Mario Bros. Movie. Super Mario Bros a franchi la barre du milliard de dollars en 2026. Un exploit rare, réédité juste après avec un nouveau volet des Minions qui a assuré un démarrage canon depuis sa sortie en salle mercredi 25 juin.
Un changement de nom qui en dit long
En 2021, le studio abandonne officiellement son ancienne identité. Tous les films suivants d’Illumination ont eu la majeure partie de leur travail d’animation externalisé vers le studio parisien, qui bénéficie des subventions françaises, et avec la sortie de Sing 2 en novembre 2021, le studio a été renommé sous son nom actuel. Illumination Mac Guff devient Illumination Studios Paris. Le logo qui clôture désormais chaque film ne laisse plus aucun doute sur l’origine géographique du travail : en défilant avec les crédits, le logo imprimé d’Illumination apparaît, avec « STUDIOS Paris » en dessous, et entre les deux se trouve la tête stylisée d’un Minion borgne.
Ce basculement n’est pas anodin. Il assume, presque fièrement, ce que le public ignorait : la France n’est pas seulement un pays qui regarde les blockbusters américains sortir en salle, elle en fabrique une partie substantielle. Et ce cas n’est pas isolé. Derrière le dernier épisode de Ninja Turtles: Teenage Years se cachent par exemple les équipes de Mikros Animation, chargé d’assurer l’animation visuelle et les effets spéciaux, un studio basé à Paris et Montréal qui partage cette tâche avec Paramount et Nickelodeon. Plus de 120 studios d’animation seraient actuellement actifs en France, dont quelques grosses locomotives à même d’assurer des livraisons de grandes envergures.
Reste une question que peu de spectateurs se posent en sortant de la salle : pourquoi cette expertise reste-t-elle si discrète côté français, alors qu’elle irrigue certains des plus gros succès mondiaux du box-office ? Le studio parisien continue en tout cas d’enchaîner les productions pour Universal, avec de nouveaux volets Minions et Mario déjà annoncés dans le pipeline. La prochaine fois que le générique d’un blockbuster défile, un coup d’œil aux dernières lignes s’impose.
Sources : cinefeelmecenat.fr | senscritique.com