Plus personne n’arrive à l’heure indiquée sur son billet de cinéma : voici ce qui occupe réellement les vingt premières minutes

Le générique n’a pas encore commencé que la salle bruisse déjà de spots publicitaires depuis un bon quart d’heure. Normal : l’heure inscrite sur votre billet ne correspond pas au début du film, mais à celui de l’avant-programme. Dans la plupart des grands circuits français, cette séquence de publicités et de bandes-annonces s’étire sur une vingtaine de minutes avant que le logo du distributeur n’apparaisse enfin.

À retenir

  • L’heure sur votre billet marque le début des publicités, pas du film
  • Les avant-programmes varient entre 12 et 20 minutes selon les cinémas
  • Les annonceurs profitent d’un public captif pour des spots plus longs qu’à la télévision

Ce que dit noir sur blanc votre billet

Chez Kinepolis, l’un des plus gros exploitants du pays, la règle est écrite noir sur blanc sur leur propre site : l’heure de début de la séance, affichée sur le site ou l’appli et sur le ticket, correspond au début de l’avant-programme composé de publicités et de bandes-annonces, et cet avant-programme dure environ 20 minutes. Vingt minutes. Soit à peu près le temps d’un épisode de sitcom, englouti avant même que l’intrigue du film que vous êtes venu voir ne démarre.

Tous les réseaux ne jouent pas sur la même durée, cela dit. Du côté de Klub Cinema, l’heure affichée correspond aussi au début de l’avant-programme, mais celui-ci dure environ 15 minutes. Cinq minutes d’écart, ça paraît anodin. Sur une année de sorties cinéma régulières, ça représente pourtant plusieurs heures cumulées passées à regarder des spots pour des opérateurs télécoms ou des chaînes de restauration rapide plutôt que le film choisi.

La filiale luxembourgeoise du même groupe apporte une précision utile, qui s’applique à la logique du secteur : l’avant-programme débute 5 minutes avant l’heure de début de la séance et dure entre 12 et 20 minutes selon la période, se composant de publicités et de bandes-annonces des films à venir. la durée n’est pas gravée dans le marbre. Elle respire selon les périodes, les sorties à promouvoir et la fréquentation attendue en salle.

Pourquoi cette fourchette varie autant d’un cinéma à l’autre

La publicité au cinéma obéit à une logique bien différente de celle de la télévision. Pas de format calibré à la seconde près comme sur le petit écran : la durée d’un spot publicitaire au cinéma est beaucoup plus flexible qu’à la télévision, où les formats sont strictement calibrés. Résultat, les annonceurs peuvent s’offrir un temps de narration impossible ailleurs. Il est tout à fait possible de diffuser des formats plus longs et plus narratifs, comme des films de marque ou des films institutionnels pouvant aller jusqu’à 45 secondes, 60 secondes, voire plus. Un mini-film publicitaire, en somme, pensé pour un public captif, assis, sans télécommande pour zapper.

Ce choix de format n’a rien d’accessoire pour les marques : le choix de la durée dépend avant tout d’un choix stratégique lié au message, et l’environnement captif du cinéma laisse le temps de raconter une histoire. Voilà pourquoi certaines campagnes ressemblent presque à des courts-métrages, quand une pub télé se contente de 20 secondes chrono.

Les bandes-annonces, elles, ne sont pas de simples extraits montés sans contrôle. Une réponse ministérielle publiée sur le site de l’Assemblée nationale rappelle qu’elles passent, comme les films, devant les autorités de classification : l’exploitation de bandes-annonces en salles est soumise à l’obtention d’un visa d’exploitation délivré après avis de la commission de classification des œuvres cinématographiques. Et ce visa peut restreindre leur diffusion selon l’âge du public présent : ce visa peut être assorti de mesures de restriction comme l’interdiction aux mineurs de moins de 12, 16 ou 18 ans, et une bande-annonce interdite ne peut être projetée que lors de séances dont le film principal est lui-même interdit à une tranche d’âge identique ou supérieure. C’est la raison pour laquelle vous ne verrez jamais la bande-annonce d’un thriller ultra-violent avant un dessin animé familial, même si les deux films sortent la même semaine.

Faut-il vraiment arriver « à l’heure » ?

La question mérite d’être posée différemment : à quelle heure exactement faut-il pousser la porte de la salle ? Si l’objectif est de ne rater aucune miette du générique d’ouverture ou de la toute première scène, viser l’heure pile inscrite sur le billet revient, la plupart du temps, à s’installer confortablement pour un cocktail de spots publicitaires et de bandes-annonces. À l’inverse, ceux qui détestent cette parenthèse commerciale ont pris l’habitude de caler leur arrivée quinze à vingt minutes après l’heure indiquée, quitte à jouer les funambules dans l’obscurité pour trouver leur rang.

Ce calcul mental, beaucoup de spectateurs le font sans même s’en rendre compte : arriver pile pour la bande-annonce qu’on a envie de voir, mais pas une minute plus tôt pour éviter la publicité pour l’opérateur téléphonique du moment. Certains cinémas d’art et essai, moins dépendants des recettes publicitaires, jouent la carte inverse avec des avant-programmes nettement plus courts. Un bon réflexe avant d’acheter son billet : vérifier sur l’application du cinéma choisi si l’horaire affiché distingue « début de séance » et « début du film », une mention encore trop rare mais qui change tout pour organiser sa soirée sans stress.

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