Si vous pensez que le plus gros succès de Jean Dujardin est celui qui lui a valu ses Oscars, ce n’est pas du tout le cas : voici le film qui le devance de près d’un million d’entrées

3 064 892. C’est le nombre d’entrées réalisées en France par The Artist, le film qui a offert à Jean Dujardin l’Oscar du meilleur acteur en 2012. Un joli score, sans doute, mais loin d’être son record personnel au box-office français. Le vrai triomphe commercial de sa carrière ne porte ni smoking ni statuette : c’est une combinaison jaune et un humour potache venu tout droit des plages de la Côte d’Azur.

À retenir

  • The Artist a réalisé 3 millions d’entrées en France, un succès… relatif
  • Un autre film de Dujardin a écrasé ce score d’1,2 million d’entrées supplémentaires
  • Les critiques l’ont détesté, le public a adoré : comment l’expliquer ?

The Artist, un succès d’estime plus que de foule

Revenons sur les chiffres du film qui a fait basculer Dujardin dans la légende hollywoodienne. Le film a réalisé 3 064 892 entrées cinéma en France, selon les données CBO Box Office. Un total honorable pour un long-métrage muet en noir et blanc, un pari artistique casse-cou signé Michel Hazanavicius.

Le démarrage donnait pourtant le ton d’un succès plus critique que populaire. « The Artist », le film de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo, s’est installé à la première place du box-office dès sa sortie en salles, réunissant 443 269 spectateurs dans 295 salles avec une excellente moyenne de 1 503 personnes par salle. Une entrée en matière solide, portée par l’engouement cannois, mais qui n’annonçait pas un carton phénoménal. D’ailleurs, sans l’effet Oscars et César qui a suivi quelques mois plus tard, le film aurait probablement plafonné bien plus bas. Les statuettes hollywoodiennes ont ainsi permis au film de repartir en salles et de gonfler son compteur, preuve que la reconnaissance critique peut parfois faire décoller (un peu) la fréquentation, sans jamais rivaliser avec un vrai phénomène populaire.

Brice de Nice, le vrai carton de Jean Dujardin

Direction 2005, bien avant les paillettes de Los Angeles. Un acteur encore en pleine ascension, sorti de la série Un gars, une fille, décide de porter sur grand écran un personnage de sketch qu’il a lui-même créé sur scène. Résultat ? Une déferlante inattendue. Le film Brice de Nice, réalisé par James Huth, a totalisé 4 341 092 entrées cinéma en France. Fais le calcul : c’est plus d’1,2 million de spectateurs supplémentaires par rapport à son film oscarisé.

Sur le papier, rien n’annonçait ce triomphe. La comédie a d’abord été maltraitée par la critique. Le film a reçu un accueil négatif à sa sortie, mais a obtenu un succès inattendu au box-office, atteignant plus de 4 millions d’entrées, et a même gagné le statut de film culte. Un accueil glacial de la presse, un budget modeste, et pourtant une combinaison yellow devenue instantanément culte dans les cours de récréation françaises.

Le contexte de l’époque rend ce score encore plus impressionnant. Brice de Nice est le 4e plus gros succès de l’année, derrière Harry Potter et la coupe de feu, Star Wars Episode 3, et Le Monde de Narnia, et casse Charlie et la chocolaterie, La guerre des mondes et King Kong au palmarès, seule production française à figurer dans ce top 10 annuel. Une comédie française tournée avec un budget dérisoire par rapport aux mastodontes hollywoodiens a fini devant eux au box-office national. Ça mérite un coup de chapeau.

Un statut jamais retrouvé, même par une suite

Onze ans plus tard, Jean Dujardin a tenté de réitérer l’exploit avec Brice 3. Le démarrage était prometteur. Brice 3, marquant le retour de Jean Dujardin dans les habits de Brice de Nice, a réussi son démarrage avec 1,1 million de spectateurs. Mais la magie de 2005 ne s’est jamais reproduite à l’identique. Les vacances devaient compenser le bouche-à-oreille mitigé et permettre au film d’atteindre les 2,5 millions d’entrées au final. Loin, très loin, des 4,3 millions du premier volet. La nostalgie a fonctionné, mais elle n’a pas suffi à recréer l’engouement d’une génération entière découvrant pour la première fois les répliques du surfeur niçois.

Ce contraste dit quelque chose d’assez révélateur sur le cinéma populaire français : une comédie potache et mal aimée par la critique peut parfois marquer plus durablement le public qu’un film salué dans le monde entier. The Artist a valu à Dujardin une reconnaissance internationale inédite pour un acteur français, mais c’est bien Brice, ses tongs et son « cassé » qui reste, chiffres à l’appui, son plus grand succès en salles dans l’Hexagone.

Et si on comptait les films à sketches ou les castings choraux ?

Un dernier détail mérite d’être signalé pour être tout à fait exact sur ce classement. Si l’on élargit la question aux films où Dujardin apparaît sans forcément en être la tête d’affiche unique, le tableau change encore. Les Petits Mouchoirs, comédie dramatique chorale de Guillaume Canet sortie en 2010, a réalisé 5 427 251 entrées, un score supérieur à celui de Brice de Nice. Mais il s’agit là d’un film à casting collectif, où Dujardin partage l’affiche avec une dizaine d’autres comédiens, et non d’un rôle central porté par lui seul comme dans la saga du surfeur niçois ou dans The Artist. Une nuance qui compte, et qui confirme, en creux, que le vrai phénomène personnel de l’acteur reste bien celui né sur une plage de la Côte d’Azur, bien avant les tapis rouges de Hollywood.

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