Non, il n’est pas nécessaire d’avoir vu The Social Network pour suivre The Social Reckoning. Le nouveau film d’Aaron Sorkin, sorti aux États-Unis le 9 octobre, raconte une autre histoire : celle des révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen sur Facebook, en 2021. Le revoir avant la séance change pourtant la façon dont on reçoit chaque scène.
Dix-sept ans séparent le dortoir de Harvard des auditions au Sénat.
- Le film ne nécessite pas d’avoir vu The Social Network pour être compris.
- Il raconte les révélations de Frances Haugen sur Facebook en 2021.
- Revoir le premier film permet de mesurer l’évolution de Zuckerberg, passé de l’étudiant solitaire au dirigeant de Meta.
Une suite qui ne se raconte pas comme une suite
Sorti en 2010 et réalisé par David Fincher, The Social Network suivait la naissance de Facebook en 2004, puis les procès intentés à Mark Zuckerberg, notamment par les frères Winklevoss et par son ancien cofondateur Eduardo Saverin. Jesse Eisenberg y incarnait un Zuckerberg brillant et glacial. Aaron Sorkin avait décroché l’Oscar du meilleur scénario adapté pour ce travail. The Social Reckoning se place à l’autre bout de la chronologie : l’entreprise est devenue un empire, rebaptisé Meta en octobre 2021, et le film s’appuie sur l’enquête du Wall Street Journal connue sous le nom de « Facebook Files ».
Côté casting, Jeremy Strong endosse le rôle de Zuckerberg, et Mikey Madison celui de Frances Haugen. Le récit part d’elle, pas de Harvard, ce qui permet de le prendre en cours de route sans avoir mémorisé les dépositions de 2010.
Les faits sont d’ailleurs documentés et largement publics. Ingénieure spécialisée dans les données, Haugen a quitté Facebook en mai 2021 en emportant des documents internes, transmis ensuite au Wall Street Journal et aux autorités américaines. Elle s’est exprimée à la télévision le 3 octobre 2021, puis a témoigné devant le Sénat le 5 octobre, accusant l’entreprise de privilégier ses profits sur la sécurité de ses utilisateurs, adolescents d’Instagram en tête.
Ce que le premier film change à la séance
Fin 2004, Facebook comptait un million d’utilisateurs.
Aujourd’hui, les applications du groupe Meta réunissent plusieurs milliards de personnes, et c’est cet écart d’échelle que le premier film rend palpable. The Social Network se terminait sur Zuckerberg actualisant en boucle la page de son ex-petite amie, Erica Albright, jouée par Rooney Mara. Un milliardaire de 23 ans, seul devant un écran. Quand on retrouve Zuckerberg dans le second film, on mesure ce que cette solitude est devenue en pouvoir. Sans cette image en tête, la scène d’ouverture de la suite perd une partie de son écho.
Il y a aussi une question de méthode. Sorkin a toujours revendiqué une part de liberté dramatique dans ses films tirés de faits réels, et Zuckerberg lui-même avait contesté la fidélité du film de 2010 à sa sortie. Le revoir permet de repérer les tics d’écriture du scénariste (dialogues en rafale, personnages qui marchent et parlent) et de savoir ce qui relève de son style, et non du dossier Haugen.
Autre différence notable : Fincher ne tient plus la caméra. Sorkin, qui avait déjà réalisé Molly’s Game en 2017, puis Les Sept de Chicago en 2020 et Being the Ricardos en 2021, signe cette fois la mise en scène en plus de l’écriture. Le premier film avait une froideur de thriller, avec la musique électronique de Trent Reznor et Atticus Ross, couronnée d’un Oscar. Il serait imprudent de s’attendre au même rythme.
Si vous avez deux heures devant vous
Le film de 2010 dure 2 heures pile, soit la durée d’une soirée. Il se trouve en location ou en achat sur les grandes plateformes de vidéo à la demande, mais la disponibilité varie selon les catalogues du moment, mieux vaut donc vérifier avant de lancer la séance.
Pas le temps ? Un rattrapage ciblé suffit. Relire le résumé des Facebook Files publiés par le Wall Street Journal à l’automne 2021 donne le contexte exact de ce que Sorkin met en scène : les études internes sur l’effet d’Instagram sur les adolescentes, les arbitrages autour de l’algorithme, les alertes restées sans suite. Cela couvre l’essentiel des enjeux du film.
Haugen a publié ses mémoires, The Power of One, en 2023.
Ce livre donne sa version des coulisses, avec le récit de sa décision de partir et de ses semaines de préparation. Pour un spectateur qui voudrait comparer la fiction et le témoignage, c’est la source la plus directe, et elle aide à distinguer ce que Sorkin a condensé ou réinventé.
Le premier film a rapporté environ 225 millions de dollars dans le monde et décroché trois Oscars sur huit nominations (scénario adapté, musique, montage), un étalon que la suite devra supporter dès ses premières semaines en salles.