Cinq semaines et demie de tournage, des centaines de plans déjà dans la boîte, et puis plus rien. En janvier 1985, Eric Stoltz porte le blouson rouge de Marty McFly depuis plus d’un mois quand Robert Zemeckis décide de tout arrêter et de le remplacer par Michael J. Fox. Quarante ans après la sortie du film, la vraie raison de ce renvoi refait surface grâce aux confidences croisées de Fox, Bob Gale et plusieurs membres du casting.
Le choix de Stoltz n’était même pas celui de Zemeckis et Gale au départ. Le réalisateur et son co-scénariste avaient repéré Fox pour le rôle de Marty dès le début, mais Sid Sheinberg, le patron d’Universal Pictures, avait insisté pour que Stoltz soit choisi, impressionné par sa performance dans Mask. Sur le papier, rien d’absurde : ce n’était pas une mauvaise décision de casting, Stoltz était un acteur talentueux, mais son énergie ne collait pas avec la comédie légère que Zemeckis et Gale voulaient tourner. Fox, lui, était bloqué par un contrat en béton avec la sitcom Family Ties, qui l’empêchait purement et simplement de rejoindre le tournage.
À retenir
- Pourquoi le réalisateur a-t-il arrêté le tournage après 5 semaines et demie ?
- Comment les tensions sur le plateau ont-elles escaladé jusqu’au point de non-retour ?
- Que s’est-il passé entre Stoltz et Fox 40 ans après les faits ?
Un Marty trop sérieux pour un film de potes
Le problème n’a rien d’anecdotique. Stoltz aborde le rôle avec une intensité digne du Actors Studio, alors que le scénario réclame un ado facétieux qui panique devant sa mère adolescente. La co-star Lea Thompson, qui avait déjà tourné avec lui, résume la situation sans détour : « Eric avait une telle intensité. Il voyait le drame dans les choses. Il n’était pas vraiment un comédien, et ils avaient besoin d’un comédien ». Christopher Lloyd, alias Doc Brown, ne dit pas autre chose : il éprouvait de la compassion pour Eric, un très bon acteur, mais qui n’apportait pas cette dimension comique à l’écran.
Sur le plateau, l’ambiance se tend aussi à cause de la méthode. Stoltz refuse qu’on l’appelle autrement que Marty, y compris en dehors des prises. Lors d’une scène de bousculade avec Biff Tannen, il pousse Thomas F. Wilson avec une force bien réelle, prise après prise, au point de lui laisser les clavicules meurtries. Le directeur de la photographie Dean Cundey, cité dans le livre We Don’t Need Roads, se souvient des signaux d’alerte des derniers jours : « Il y a eu des signes, surtout la dernière semaine », raconte-t-il, décrivant des plans de coupe sur Marty qu’on ne tournait plus jamais.
La nuit du 10 janvier 1985
Le couperet tombe un soir de janvier, entre deux prises. Zemeckis convoque son équipe technique et les producteurs, Steven Spielberg compris, pour une annonce qu’il qualifiera lui-même, des années plus tard, de pire expérience de sa carrière. « Eric est un acteur brillant. Je me suis simplement trompé de casting et j’en ai tiré une très sérieuse leçon. Ça ne vaut pas le coup, c’est trop douloureux pour tout le monde. Il faut choisir le bon casting dès le départ et se sentir vraiment en accord avec ce choix », confiera-t-il plus tard sur la chaîne CBC. Le montant déjà englouti dans ces semaines de tournage donne le vertige : des millions de dollars brûlés avec Eric Stoltz, transformant la reprise avec Fox en véritable question de survie pour le projet.
Le contraste est saisissant une fois Fox sur le plateau. D’après Donald Fullilove, qui incarnait Marty le maire de Hill Valley enfant, les mêmes scènes qui avaient nécessité quatre semaines avec Stoltz ont été bouclées en environ 73 heures avec Fox. Le nouvel acquéreur du rôle mène alors une vie infernale, tournant la nuit pour Retour vers le futur et le jour pour Family Ties, un rythme épuisant qui ne l’empêchera pas de décrocher deux nominations aux Golden Globes la même année pour les deux productions.
Quarante ans de silence, puis une réconciliation
Ce qui refait surface aujourd’hui, ce n’est pas seulement le pourquoi du licenciement, longtemps documenté, mais la suite inattendue de l’histoire. Dans son nouveau livre Future Boy, Fox raconte avoir enfin brisé la glace avec Stoltz, quarante ans après les faits. Stoltz avait maintenu le silence sur le sujet pendant quarante ans, si bien que Fox s’attendait à ce qu’il préfère continuer ainsi, avant de lui écrire une lettre désarmante. Stoltz répond avec humour, glissant une private joke sur le fait de le laisser tranquille avant de préciser qu’il plaisantait, et les deux hommes finissent par se rencontrer en personne.
Le résultat de cette rencontre tardive dépasse la simple anecdote people. Ils reconnaissent rapidement qu’aucun des deux n’a de rancune envers l’autre : ce qui s’est passé sur le tournage ne les a jamais transformés en ennemis, juste en deux acteurs dévoués ayant investi la même énergie dans le même rôle. Depuis, une correspondance amicale s’est installée entre eux, faite d’échanges sur leurs films préférés et leurs vies de pères de famille, comme le confie Fox lui-même dans son ouvrage.
Reste un détail qui alimente encore les fantasmes des fans les plus acharnés : une partie non négligeable des scènes tournées avec Stoltz existerait toujours dans les archives d’Universal, jamais montée officiellement. Certains estiment qu’environ 80 % du film aurait été mis en boîte avec lui avant l’arrêt du tournage, un montant suffisant pour nourrir, depuis des années, le rêve d’un montage alternatif qui ne verra sans doute jamais le jour.
Sources : jolie-bobine.fr | lafrikileria.com