Trois enfants qui explorent l’Amérique du Sud du XVIe siècle en quête de cités légendaires, puis, sitôt le générique de fin lancé, un vrai reportage tourné sur place avec de vraies images d’archéologues, d’animaux ou de cérémonies traditionnelles. C’est le pari qu’a tenu Les Mystérieuses Cités d’or dès sa diffusion sur Antenne 2, un choix éditorial qui n’a jamais vraiment été reproduit depuis dans l’animation jeunesse.
À retenir
- Une série animée qui osait intercaler des reportages ethnographiques réels à la fin de chaque épisode : un choix éditorial révolutionnaire
- Des séquences documentaires sans filtre montrant la réalité brute des cultures sud-américaines, bien loin de l’édulcoration habituelle des programmes enfants
- Un projet si ambitieux et coûteux qu’aucun producteur n’a jamais tenté de le reproduire à la même échelle en quarante ans
Un module documentaire greffé à chaque épisode d’aventure
Mêlant fiction, histoire et archéologie, la série proposait à la fin de chaque épisode un court documentaire pédagogique sur les civilisations précolombiennes, nourrissant ainsi la curiosité d’une génération d’enfants qui découvraient l’Amérique du Sud avant même d’avoir quitté leur salon. Concrètement, ces séquences de quelques minutes s’intercalaient entre la petite bande-annonce de l’épisode suivant et le générique final, un emplacement pensé pour prolonger l’histoire sans casser le rythme de l’aventure. Elles permettaient de découvrir des éléments des cultures mayas et incas, passées ou contemporaines à l’époque de la diffusion, mais aussi des informations sur l’environnement de l’histoire, avec des épisodes consacrés à la cordillère des Andes, aux mers entourant l’Amérique du Sud et Centrale, ou encore à la faune de ces régions.
Rien n’était édulcoré pour autant. Les mini-documentaires montraient des scènes de la vie d’habitants d’Amérique du Sud, avec parfois des rituels, comme un poulet auquel on coupe la tête avec son corps qui bouge tout seul. Une crudité assumée, à mille lieues des standards édulcorés qu’on imagine aujourd’hui pour un programme destiné aux enfants. Le résultat ? Une série hybride, mi-fiction mi-magazine ethnographique, qui a valu à l’ensemble un classement à part chez les professionnels du secteur : la fiche officielle Unifrance range d’ailleurs le programme dans les genres « Animated film » ET « Documentary » à la fois.
L’ambition ne se limitait pas à l’Amérique précolombienne. Bien que l’intrigue se déroule au XVIe siècle avec des éléments fantastiques et de science-fiction, la série présente aussi des lieux et cultures réels des Amériques, en s’appuyant sur des personnages historiques comme Fernand de Magellan, Francisco Pizarro ou La Malinche. Les documentaires venaient donc combler le fossé entre le récit romancé et la réalité historique, un aller-retour permanent entre le rêve d’aventure et la rigueur du savoir. Un ancien spectateur résume bien l’esprit de la chose sur un forum spécialisé, saluant « une de mes séries animées préférées » avec « spéciale mention pour les mini documentaires à la fin de chaque épisode… très bien pensé ».
Une série née d’un roman américain, tournée dans trois pays
L’histoire d’Esteban, Zia et Tao n’est pas sortie de nulle part. Elle est inspirée d’un roman de Scott O’Dell, « The King’s Fifth », publié aux États-Unis en 1966 et traduit en France seulement en 1993 sous le titre « La route de l’or », le deuxième livre pour la jeunesse de l’auteur. le public français a découvert l’adaptation animée dix ans avant de pouvoir lire le texte original, un renversement assez rare dans l’histoire des adaptations littéraires. La production elle-même portait cette dimension internationale : une coproduction franco-nippo-luxembourgeoise, tournée à une époque où l’animation japonaise commençait tout juste à irriguer les grilles françaises.
Le degré de réalisme historique allait jusqu’à choisir des décors précis. Un épisode s’inspire ainsi d’un fait réel qui aura une importance immense dans le destin de l’Amérique du Sud : le lac Guatavita, près de Bogotá en Colombie, où les indiens chibchas pratiquaient une cérémonie à l’origine du mythe même de l’Eldorado. Autre exemple concret, du côté du Pérou : les héros du dessin animé sont enfermés dans une citadelle espagnole qui évoque le port de Callao, principal accès maritime du pays, où la Fortaleza del Real Felipe, gigantesque bastion de pierre édifié au XVIIIe siècle, incarne la puissance coloniale espagnole. Une précision documentaire qui dépassait donc largement le simple module de fin d’épisode pour infuser jusqu’au scénario lui-même.
Du musée Guimet à la reconnaissance patrimoniale
Trente ans après sa diffusion, la série n’a rien perdu de son aura culturelle. Ce dessin animé franco-nippo-luxembourgeois, diffusé sur Antenne 2 en 1983, a fait rêver plusieurs générations avant d’entrer, en 2013, au musée Guimet. Une consécration rare pour un programme jeunesse, qui confirme que l’ambition documentaire de la série a été perçue, avec le recul, comme un véritable objet d’étude culturelle et non comme un simple gadget de production.
La suite logique de ce succès durable est arrivée trente ans plus tard sous forme de série. En 2012, une nouvelle série fondée sur celle de 1982 est mise en production ; issue d’une équipe totalement différente et ciblant un public plus jeune, elle reprend l’histoire là où l’originale s’était arrêtée. Cette suite imaginait les trois amis en quête de six autres cités d’or créées par des civilisations du monde entier, sur 78 épisodes répartis en trois saisons. Fidèle à l’esprit d’origine, un court documentaire suit également chaque épisode de ce remake, preuve que la formule pédagogique restait, aux yeux des producteurs, indissociable de la marque.
Après les documentaires, place aux acteurs en chair et en os
La saga ne s’arrête pas là. En 2023, C4 Productions a révélé, dans un communiqué officiel, que « Jean-Marie Antonini s’associe avec le producteur Remi Préchac (Un pour Tous Productions) sur le développement et la production de cette série aussi emblématique qu’ambitieuse », cette fois en prise de vues réelles. Le projet, encore en développement à ce jour sans date de diffusion communiquée, promet de faire vivre Esteban, Zia, Tao et Mendoza sous les traits de véritables acteurs, dans la lignée des adaptations live-action qui cartonnent ailleurs dans l’animation.
Reste une question que peu de gens se posent : pourquoi personne n’a jamais reproduit cette formule à si grande échelle depuis quarante ans ? Sans doute parce qu’elle coûtait cher, mobilisait des équipes de tournage sur le terrain en pleine cordillère des Andes, et supposait une confiance dans l’intelligence des enfants que la télévision jeunesse d’aujourd’hui, occupée à multiplier les formats courts et les contenus calibrés pour les algorithmes, a rarement retrouvée depuis.
Sources : allocine.fr | leclaireur.fnac.com