Vingt-huit ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour qu’aucun film, malgré des dizaines de tentatives et des budgets toujours plus faramineux, ne s’approche du chiffre fou réalisé par Titanic en France. Aujourd’hui encore, le film de James Cameron reste celui qui a réuni le plus de spectateurs et de spectatrices dans les salles françaises, avec plus de 21,7 millions de tickets vendus. Un score qui, ressorties comprises, grimpe même plus haut encore. Et le plus étonnant dans l’histoire ? Ce record ne semble même plus être menacé.
À retenir
- Quel phénomène de société a permis à un film de 3 heures sans star majeure de conquérir les salles en 1998 ?
- Comment Avatar et les plus grands blockbusters du cinéma mondial se sont-ils heurtés au même plafond invisible ?
- Pourquoi le streaming et les habitudes de consommation d’aujourd’hui rendent-elles ce record quasi-impossible à atteindre ?
Un raz-de-marée que personne n’avait vu venir
Retour en janvier 1998. La France sort tout juste d’une décennie de fréquentation en berne, et personne n’imagine qu’un long-métrage de plus de trois heures, sans star bankable à l’affiche, puisse rafler la mise. Le succès du film Titanic est particulièrement spectaculaire car il est obtenu en quasi-totalité lors de sa première exploitation en 1998, il a une durée de 3 heures, ce qui empêche la projection de plus de 3 séances par jour, il est sans vedette de premier plan, et il est sorti en janvier, période plus calme après les fêtes. Leonardo DiCaprio et Kate Winslet ne sont encore que deux jeunes acteurs prometteurs. Le paquebot va pourtant tout emporter sur son passage.
Le film pulvérise en quelques mois un record que l’on pensait gravé dans le marbre. Avec près de 21 millions d’entrées sur le territoire français, le film de James Cameron a battu le record national que détenait jusque là La grande vadrouille, qui avait réussi à cumuler près de 18 millions d’entrées en 20 ans. Vingt ans de règne balayés en quelques semaines de programmation. Et l’onde de choc dépasse largement le seul film : 170,1 millions d’entrées sont enregistrées en France en 1998 soit 21 millions de plus qu’en 1997, année marquée par un évènement historique, l’arrivée de Titanic sur le territoire français. Un seul film capable de faire grimper la fréquentation nationale de 15% en un an : voilà qui donne le vertige.
Ce qui frappe surtout, c’est la structure même de ce triomphe. Il existe un plafond de verre à 15 millions d’entrées, extrêmement difficile à franchir, et avant Titanic, on pensait même que le score de La grande vadrouille ne pourrait plus être battu. Titanic n’a pas seulement dépassé ce plafond, il l’a fait exploser en une seule exploitation, dans une période où la fréquentation moyenne tournait autour de 165 millions d’entrées par an sur tout le territoire.
Les prétendants qui ont tenté leur chance, et ont tous échoué
Depuis, les blockbusters les plus attendus de la planète se sont succédé sans jamais menacer sérieusement la barre symbolique des 20 millions. Prenons James Cameron lui-même : personne n’était mieux placé pour battre son propre record. Douze ans après Titanic, il revient avec Avatar. Le réalisateur canadien revient en 2009 avec son nouveau film Avatar, qui lui permet de dépasser la barre des 10 millions d’entrées en France, ce qui n’était jamais arrivé pour un film de science-fiction, son box-office s’arrêtant à 14 775 990 entrées. Un score colossal, l’un des plus gros de l’histoire du cinéma français, mais encore loin, très loin, des sommets de 1998.
La suite, Avatar : la voie de l’eau, sortie fin 2022, ne fera pas mieux : le film totalise 14 000 537 entrées cinéma en France. Même constat du côté de Marvel, pourtant roi incontesté du box-office mondial sur toute la décennie 2010. Avengers: Endgame, malgré un démarrage canon, plafonne à 6 823 130 entrées cinéma en France, soit trois fois moins que Titanic. Sur le terrain purement français, deux comédies ont réussi l’exploit de s’approcher du podium sans jamais l’atteindre : un podium désormais complété par Bienvenue chez les ch’tis, avec 20,4 millions d’entrées, et Intouchables, avec 19,4 millions. Ces deux films restent, à ce jour, les seules productions à avoir vraiment frôlé le mythe.
Pourquoi ce record ressemble de plus en plus à un mur infranchissable
Le paradoxe est saisissant. Jamais l’industrie n’a produit autant de super-productions capables de rassembler les foules, et pourtant, jamais aucune n’a réussi à revenir à ce niveau. Plusieurs raisons se cumulent. D’abord, un changement radical dans les habitudes de consommation : le streaming, le multi-écran, la multiplication des sorties simultanées fragmentent l’attention du public d’une manière qui n’existait pas en 1998. Ensuite, la concurrence entre blockbusters s’est démultipliée : quand Titanic régnait seul sur les écrans pendant des mois, les productions actuelles se battent entre elles pour occuper les mêmes semaines de vacances scolaires, diluant mécaniquement les scores individuels.
Il y a aussi un effet générationnel qu’on sous-estime souvent. Titanic a bénéficié d’un phénomène de société unique, où l’on retournait voir le film plusieurs fois en salle, où toute une classe d’âge s’est approprié l’histoire de Jack et Rose comme un rite de passage collectif. La France reste aujourd’hui le seul pays où Titanic détient toujours le record d’entrées, ce qui en dit long sur l’attachement particulier du public hexagonal à cette histoire. Un attachement renforcé par les ressorties régulières : une première ressortie du film en 2012, pour le centenaire du naufrage, a généré plus de 1,1 million d’entrées, puis une deuxième, remasterisée en 4K et 3D, a attiré près de 400 000 spectateurs depuis le 8 février 2023, pour un total désormais de 22,2 millions de billets.
Reste une question qui agite régulièrement les professionnels du secteur : et si le vrai danger pour ce record ne venait pas d’un nouveau blockbuster, mais de Titanic lui-même ? À chaque anniversaire rond, chaque nouvelle technologie de projection, le paquebot ressort en salles et grignote encore quelques centaines de milliers d’entrées supplémentaires. Vingt-huit ans après son naufrage sur grand écran, le film continue, patiemment, d’écrire sa propre légende.
Sources : allocine.fr | allocine.fr