Un porche d’entrée bleu et blanc, une voiturette électrique garée près de l’accueil, des animateurs en polo aux couleurs de la série. Non, vous n’êtes pas sur le tournage de TF1 : vous venez simplement de passer les portes d’un vrai camping, l’un des dizaines qui portent officiellement le nom de Camping Paradis. Ce qui ressemblait à un simple décor de fiction est devenu, depuis 2020, un véritable réseau commercial en pleine expansion à travers la France.
À retenir
- Un décor de série TV transformé en franchise lucrative : comment un porche bleu et blanc est devenu un empire camping
- TF1 empoche 12 000 euros annuels par camping affilié, plus des royalties sur le chiffre d’affaires : la vraie valeur du divertissement télévisé
- Le lieu de tournage réel existe aussi : quand la fiction calque la réalité, qui imite qui ?
De la fiction TF1 à la franchise bien réelle
Tout commence en octobre 2019. JLA Productions, producteur de la série incarnée par Laurent Ournac, et TF1 Licences ont annoncé, dans un communiqué du 9 octobre, la signature d’un contrat de licence de la marque « Camping Paradis » avec la société 5C. Trois professionnels du tourisme portent le projet : Martine Granier, passée par des postes de direction au sein du groupe Accor puis DG de Festival Croisières et Sélectour, et Frédérick Gers, ex-Accor, Groupe Pierre et Vacances et campings.com, accompagnés par Pierre-Yves Vincent, dirigeant de Mistercamp.com.
Concrètement, l’idée est simple : sélectionner des campings existants, déjà bien notés, et leur offrir la possibilité d’adopter l’identité visuelle de la série contre une redevance. Les campings de 3 à 5 étoiles choisis par le comité de sélection bénéficient de toute la scénographie à l’image de la série télévisée : une arrivée sous le fameux porche d’entrée avec le nom du camping et le label « Camping Paradis », la voiturette électrique garée à proximité, la signalétique et les codes couleur, la tenue des équipes. Un an à peine après le lancement, la mécanique tourne déjà à plein régime : le réseau annonce que son parc comptera 44 implantations en 2021, contre 12 en 2020. Une croissance à trois chiffres en douze mois, rarement vue dans l’hôtellerie de plein air.
Une machine à cash pour TF1 (et pour les franchisés qui suivent)
Derrière l’ambiance bon enfant se cache un modèle économique bien huilé, et TF1 en tire un bénéfice loin d’être anecdotique. Le groupe empoche, via sa filiale dédiée aux licences, 12 000 euros de redevance annuelle par camping affilié, auxquels s’ajoutent, à destination du franchiseur, 20 000 euros de droits d’entrée et 6% du chiffre d’affaires. Un montage qui a fait ses preuves : en 2022, le réseau affichait déjà un chiffre d’affaires de 66 millions d’euros.
Et les vacanciers suivent. En 2025, plus de 85 campings affiliés portent les couleurs de Camping Paradis, et plus d’un million de vacanciers ont choisi cette marque pour leurs séjours en 2024. Ce n’est pas un simple effet de mode : Les Vacances Camping Paradis a été élue Marque Préférée des Français en 2021 pour la première fois dans la catégorie camping selon une étude menée auprès d’un panel Kantar Profiles parmi 16 marques de campings, une distinction qui montre l’affect des vacanciers pour des vacances en plein air estampillées « Camping Paradis ». Le titre a été confirmé les années suivantes, preuve que le lien affectif avec la série ne s’essouffle pas.
Le clin d’œil ne s’arrête pas au logo. Sur place, polos bleus, porche d’entrée et voiturette aux couleurs de la série, ambiance festive, scénographie et mascotte reprennent les codes de la fameuse série télévisée. De quoi transformer un séjour banal en véritable clin d’œil télévisé, pour le plus grand bonheur des familles nostalgiques des étés devant TF1.
Un tournage bien réel, au milieu de vrais vacanciers
Petite ironie de l’histoire : le camping fictif de la série existe, lui aussi, vraiment. Le Camping Paradis de la série est en fait le Camping L’Arquet Côte Bleue, un camping 4 étoiles situé à Martigues, où le tournage se déroule chaque année en basse saison au milieu des vrais clients du camping. Une boucle presque vertigineuse : un lieu réel inspire une fiction, qui inspire à son tour la création de dizaines d’autres lieux réels calqués sur son image. Difficile de trouver meilleur exemple de la porosité totale entre fiction populaire et industrie touristique française.
Direction 2026 : consolidation et nouveau propriétaire
Le réseau a changé de mains début 2026. La filiale du groupe Pierre & Vacances-Center Parcs a annoncé la reprise des franchises Camping Paradis et Ushuaïa Villages, deux marques phares associées au groupe TF1, avec désormais plus de 150 campings indépendants regroupés sous ces enseignes, faisant de maeva le franchiseur leader en hôtellerie de plein air en France. Une opération menée rondement : « C’est une opération qui a été bouclée en quelques semaines », confiait Nicolas Beaurain, directeur général de Maeva.
Car entre-temps, le concept a essaimé. Fort de cette première expérience réussie, 5C a développé une deuxième franchise en 2024, dans les mêmes conditions, autour de la marque Ushuaïa Villages, permettant de constituer un second réseau engagé sur des valeurs environnementales fortes et une expérience tournée vers la nature. Deux marques, deux ambiances, un seul point commun : capitaliser sur la notoriété d’un programme télé pour vendre des vacances. Et ça marche : la médiatisation cathodique confère à Camping Paradis un taux de notoriété supérieur à 91 % auprès des Français, un score que n’importe quelle enseigne touristique rêverait d’atteindre en dépensant des fortunes en publicité.
Le rachat par Maeva ne signe pas la fin de l’aventure, plutôt son passage à l’échelle industrielle. « Nous les regardions comme des concurrents, nous les voyons désormais comme des partenaires aux services complémentaires », résume Nicolas Beaurain. Reste une question amusante pour les vacanciers de cet été : en réservant un séjour dans l’un de ces campings labellisés, sait-on toujours qu’on paie, indirectement, une part de royalties à une chaîne de télévision plutôt qu’à un simple hébergeur ? La frontière entre décor de fiction et destination de vacances n’a jamais été aussi fine.
Sources : satellifacts.com | hospitality-on.com