Fini les Astérix qui remplissent les salles : ce que révèlent les chiffres depuis Mission Cléopâtre change le regard sur la saga, malgré des budgets toujours plus fous

Quatorze millions et demi de spectateurs. C’est le score qu’a réalisé Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en salles françaises en 2002, un chiffre tellement énorme qu’aucun autre volet de la saga n’est jamais parvenu à s’en approcher depuis. Vingt-quatre ans plus tard, la franchise continue d’aligner des budgets toujours plus vertigineux, mais le public, lui, ne suit plus du tout au même rythme. Un paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde.

À retenir

  • Mission Cléopâtre a réalisé un score monstrueux que personne n’a jamais réussi à égaler en 24 ans
  • Les budgets des Astérix live-action ont explosé tandis que les spectateurs désertaient les salles
  • Les studios testent maintenant une nouvelle stratégie : des budgets plus modestes et un retour aux adaptations animées

Mission Cléopâtre, le sommet que personne n’a réussi à escalader

Le chiffre donne le tournis : avec plus de 14 millions d’entrées, Mission Cléopâtre se place au 4e rang des films français au box-office national et au premier rang des films de l’année 2002. Le film d’Alain Chabat n’a pas seulement écrasé la concurrence hexagonale, il a aussi humilié les mastodontes hollywoodiens de l’époque : Mission Cléopâtre a explosé tous les blockbusters hollywoodiens, dont Harry Potter et la chambre des secrets (9,1 millions d’entrées) ou Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours (6,9 millions). Une performance quasi surréaliste pour une comédie tournée avec un budget qui paraît presque modeste comparé à ce qui allait suivre.

Le film précédent, Astérix et Obélix contre César sorti en 1999, avait déjà posé de bonnes bases avec près de 9 millions d’entrées. Mais c’est bien Chabat qui a transformé l’essai en raz-de-marée populaire, au point que le film ressort encore régulièrement en salles : sa version restaurée diffusée en 2023 a cumulé 150 000 entrées lors de sa première semaine d’exploitation, rapprochant le film des 15 millions. Vingt et un ans après sa sortie initiale, un film continue de faire des scores qu’envieraient bien des nouveautés. Ça, c’est du cinéma culte au sens propre.

Des budgets qui gonflent, des salles qui se vident

Le contraste devient franchement inconfortable à partir du troisième volet. Astérix aux Jeux Olympiques, sorti en 2008 avec Clovis Cornillac, Alain Delon et Gérard Depardieu au casting, affichait un budget avoisinant les 78 millions d’euros, ce qui en faisait le deuxième plus gros budget de l’histoire du cinéma français au moment de sa sortie. Rien que pour payer les stars et les guests sportifs, la production avait englouti 10,2 millions d’euros de salaires, plus 1,6 million pour les apparitions éclair des sportifs et des guests. Résultat de cet investissement pharaonique ? Un très gros budget marketing de 20 millions d’euros pour un succès tièdasse, le film ayant rassemblé « seulement » 6,8 millions de spectateurs en France. Presque deux fois plus cher que Mission Cléopâtre, pour moins de la moitié de ses entrées. L’équation ne tenait déjà plus.

La suite n’a rien arrangé. Au service de Sa Majesté en 2012 n’a réuni que 3,8 millions de spectateurs, le score le plus faible de la saga jusque-là. Puis vint 2023 et L’Empire du Milieu de Guillaume Canet, présenté comme LE blockbuster censé sauver le cinéma français post-Covid. Le film affichait un budget massif de 65 millions d’euros et un objectif ambitieux fixé entre 6 et 8 millions d’entrées en France. Mais dès son lancement, le film s’est fait doubler par une comédie bien moins onéreuse : Alibi.com 2, au budget moindre, a attiré plus de 800 000 spectateurs en seulement cinq petits jours. Au final, avec 4,6 millions d’entrées dans l’Hexagone, le film pouvait être considéré comme le premier gros flop du box-office français de 2023. À l’international non plus, la sauce n’a pas pris : l’échec italien s’est révélé cruel avec des recettes sous la barre du million de dollars, et l’Espagne est restée à distance avec 727 000 dollars. Le film a fini par atterrir sur Netflix pour limiter la casse financière.

Le vrai souci, c’est le seuil de rentabilité que ces budgets imposent. Pour L’Empire du Milieu, il fallait environ 6 millions d’entrées rien que pour rentrer dans ses frais, un chiffre que seul Mission Cléopâtre a largement dépassé en vingt-cinq ans de saga live. Chaque nouveau film s’appuie sur un pari de plus en plus risqué, avec une marge d’erreur de plus en plus fine.

La franchise se réinvente ailleurs, avec des moyens plus raisonnables

Face à ce mur, les producteurs semblent avoir tiré une leçon simple : arrêter la course à l’échalote budgétaire. Le prochain film d’animation, Astérix : Le Royaume de Nubie, attendu le 2 décembre 2026, affiche un budget de 30 millions d’euros, une production confiée à Alexandre Heboyan et écrite par le duo Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Un budget deux fois moindre que celui de L’Empire du Milieu, pour un format qui a historiquement mieux résisté : les onze films d’animation de la saga ont totalisé 53 millions d’entrées dans le monde.

Et Astérix cartonne surtout là où on ne l’attendait pas forcément : sur Netflix. La série animée Le Combat des Chefs a décroché cinq nominations aux Annie Awards, tandis que les albums papier restent une valeur sûre, avec des ventes dépassant aujourd’hui 1,7 million d’exemplaires pour Astérix en Lusitanie. Côté cinéma en prises de vues réelles, la relève est déjà annoncée : Jonathan Cohen réalisera le prochain film Astérix, un projet qui adaptera Les Douze Travaux d’Astérix, avec un tournage prévu en 2026.

Reste une question que personne n’ose vraiment poser à voix haute dans les couloirs de Pathé ou de M6 Studio : et si la saga avait plus intérêt à miser sur des budgets contenus et un vrai parti pris d’auteur, comme Chabat en 2002, plutôt que sur des castings cinq étoiles payés à prix d’or ? Le retour à des budgets d’animation plus raisonnés semble en tout cas indiquer que la leçon a été retenue, même si le prochain film live avec Jonathan Cohen dira si le pari inverse, celui du blockbuster à gros moyens, a encore un avenir.

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