Les quais du port de Sète ont longtemps servi de décor systématique à Demain nous appartient. Depuis la rentrée de septembre, la production a tranché : plutôt que de multiplier les scènes extérieures sur les pontons, elle a fait construire un tout nouveau lieu de vie en studio, à l’intérieur de la ville. Direction les Halles, un décor qui a nécessité un an de réflexion avant même le premier coup de marteau.
À retenir
- Pourquoi la production a-t-elle soudainement abandonné le port comme décor principal ?
- Combien de temps a vraiment fallu pour construire ce nouveau décor en studio ?
- Comment ce marché couvert permet-il aux scénaristes d’inventer de nouvelles intrigues plus naturellement ?
Le port ne suffisait plus aux scénaristes
Depuis le lancement de la série en 2017, les quais du canal Royal et le port ont constitué le décor de rue par excellence de Demain nous appartient. Les quais du canal et le port servent de toile de fond à de nombreuses scènes de rue. Un passage obligé, presque un réflexe d’écriture, pour faire se croiser deux personnages ou planter une ambiance méditerranéenne en quelques secondes.
Le problème, c’est qu’un port reste un port. On y marche, on y discute, on y attend un bateau. Difficile d’y justifier un vrai lieu de travail récurrent, un endroit où les intrigues peuvent naître d’un simple hasard de couloir. La production a donc cherché autre chose. Parmi les autres décors envisagés avant d’arrêter le choix sur les Halles, la production avait pensé à une salle de sport, un salon d’esthétique ou encore un espace polyvalent. Trois pistes finalement écartées.
Le choix s’est porté sur un marché couvert, typique de l’identité sétoise. Le choix s’est finalement porté sur Les Halles car « C’est un lieu névralgique où nos personnages peuvent travailler, mais aussi se croiser par hasard sans qu’on ait besoin de le justifier », explique le producteur, Théophile Clément. Un argument de scénariste avant d’être un argument de décorateur : ce genre de lieu génère naturellement des rencontres, sans que les auteurs aient à tordre l’intrigue pour y amener tel ou tel personnage.
Un an de réflexion, cinq mois de chantier
Ce nouveau décor n’a rien d’un simple habillage de studio posé en une semaine. Ce nouveau décor a nécessité un an de réflexion et cinq mois de construction. Il fait 220 m². De quoi donner une idée du soin apporté : la moitié d’un terrain de basket, entièrement pensée pour ressembler à un marché couvert du sud de la France, avec ses structures métalliques et sa lumière naturelle simulée.
Le détail le plus surprenant concerne son fonctionnement au quotidien sur le plateau. Il s’agit d’un décor modulable qui peut être monté et démonté en quelques jours, car il partage son emplacement avec l’appartement des Roussel. le même espace de studio sert tour à tour de marché animé et d’intérieur domestique, selon les besoins du planning de tournage. Une contrainte de production transformée en prouesse technique, plutôt courante dans les feuilletons quotidiens où chaque mètre carré de studio coûte cher.
Côté inspiration, l’équipe artistique a puisé dans plusieurs références bien connues des amateurs d’architecture méditerranéenne. La cheffe décoratrice, Ann Chakraverty, s’est inspirée de la Boqueria de Barcelone, des structures métalliques d’Eiffel, des Halles de Poussan et de Sète (Hérault), elles-mêmes influencées par le style du Pavillon Baltard (Val-de-Marne). Un mélange qui explique pourquoi le décor donne cette impression de déjà-vu aux Sétois : il emprunte volontairement aux vraies halles de la ville, sans en être une copie conforme.
Un carrefour qui tient déjà toutes les intrigues
Un an après son lancement pour la rentrée 2025, le décor s’est parfaitement fondu dans le quotidien de la série. Les résumés d’épisodes diffusés cet été en témoignent : les Halles sont devenues un point de passage presque obligatoire pour une bonne partie des personnages, qu’il s’agisse d’un différend familial ou d’une simple scène de vie. Début août encore, un épisode montrait aux Halles, Alex qui recadre violemment Milo, preuve que le lieu sert désormais aussi bien aux scènes de tension qu’aux scènes légères.
Le décor abrite plusieurs stands qui reviennent régulièrement à l’écran, à l’image d’un vrai marché couvert avec ses commerces variés. Sur TikTok, la production avait elle-même présenté le concept lors du lancement : Pensé comme un lieu de vie chaleureux et convivial, ce décor réunit une boutique de fleurs, un stand italien, un café, un fromager et un stand de fruits et légumes. De quoi donner du grain à moudre aux scénaristes, chaque stand pouvant devenir le point de départ d’une nouvelle intrigue ou l’occasion de faire travailler un personnage sans qu’il ait besoin d’un métier plus complexe à mettre en scène.
Certains personnages y ont d’ailleurs pris leurs habitudes au fil des mois, à tel point que le lieu est devenu indissociable de leur trajectoire dans la série. C’est le cas d’Arthur Verges, dont le stand aux Halles est régulièrement montré à l’écran entre plaisanteries et scènes du quotidien, contrastant avec la noirceur de son arc narratif plus sombre développé en parallèle. Ce grand écart entre légèreté de façade et intrigue policière est justement ce que permet ce nouveau décor : un lieu suffisamment vivant pour accueillir toutes les tonalités de la série sans jamais paraître artificiel.
Reste que le port n’a pas totalement disparu des écrans. La production continue d’y tourner ponctuellement, notamment pour les scènes qui nécessitent un vrai horizon maritime ou l’arrivée d’un bateau dans l’intrigue. Mais il a perdu son statut de décor par défaut, celui qu’on convoque presque mécaniquement faute d’alternative. Les halles de studio, elles, tournent à plein régime toute l’année, à l’abri du mistral et des touristes qui, eux, continuent d’arpenter les vraies halles de Sète sans se douter qu’à quelques centaines de mètres, une doublure en studio raconte une toute autre histoire.
Sources : youtube.com | allocine.fr