Trois jours. C’est le délai qu’ont connu plusieurs Montpelliérains après avoir rempli le formulaire de casting d’Un si grand soleil, le feuilleton quotidien de France 2 tourné à deux pas de chez eux. Pas besoin d’être acteur, ni même d’avoir déjà mis un pied devant une caméra. Juste habiter la bonne zone géographique, et attendre le coup de fil.
À retenir
- Pourquoi certains habitants reçoivent un appel en quelques jours à peine après s’être inscrits
- Quel écart vertigineux existe entre le salaire d’un figurant et celui d’un vrai comédien
- Comment une série quotidienne redessine l’économie audiovisuelle d’une région entière
Un casting ouvert à (presque) tout le monde, mais localisé
La série n’a jamais caché sa méthode : puiser dans le bassin de population local plutôt que faire venir des figurants de Paris. Les candidatures locales sont réservées à l’Occitanie, à l’Hérault et au Gard, avec une rémunération à la journée au tarif syndical audiovisuel. Seule condition d’âge côté adultes : la direction du casting recherche essentiellement des hommes et des femmes de plus de 16 ans, tous profils et tous âges confondus. Aucune expérience de jeu, aucun book photo professionnel exigé.
Le processus lui-même reste étonnamment simple. Un formulaire en ligne, quelques photos récentes (portrait et pied), la mention de sa ville, sa taille, sa profession et ses disponibilités, et l’attente commence. Seules les candidatures complètes sont traitées, et les postulants sont contactés si la direction du casting les retient et propose une date. Pas de délai garanti, mais visiblement, pour certains profils recherchés au bon moment, la réponse peut tomber en quelques jours seulement, ce qui explique ce sentiment de surprise que racontent régulièrement les nouveaux inscrits.
La production ne cherche pas que des silhouettes anonymes en arrière-plan. Elle a régulièrement besoin de profils très spécifiques : des personnes sachant maîtriser un cerf-volant, du skate, de la trottinette ou des rollers, des jeunes de 18 à 22 ans ayant un scooter ou une moto, mais aussi de vrais policiers et pompiers. Autant dire que le CV d’un figurant compte parfois plus que son visage.
Le montant réel qui tombe après le tournage
Voilà la question qui intéresse tout le monde une fois le coup de fil reçu. La rémunération suit le tarif syndical de la figuration, encadré par la convention collective de la production audiovisuelle. Le salaire journalier minimum s’établit à 105 euros, soit un taux horaire de base conventionnel de 11,93 euros majoré de 10 %. Ce chiffre plancher a d’ailleurs bougé selon les productions et les années : certaines annonces de casting dans la région évoquent un tarif de 95,04 euros bruts par jour de tournage, d’autres montent jusqu’à 107 euros pour les figurants, voire 150 euros pour les silhouettes plus exposées sur certains longs métrages tournés dans le secteur.
Pour Un si grand soleil spécifiquement, un chiffre revient souvent dans la bouche des figurants réguliers : autour de 80 euros par jour. Un retraité originaire d’Avignon, devenu visage récurrent du feuilleton, résume l’expérience sans détour : « c’est une façon agréable de me rendre utile, tout en arrondissant mes fins de mois », précisant que sa rémunération tourne autour de 80 euros par jour.
La différence avec les rôles parlés est vertigineuse. Un comédien qui débute sur la série touche autour de 400 euros par jour de tournage, contre 800 euros pour les acteurs confirmés. Entre le figurant qui traverse le cadre en arrière-plan et l’acteur principal filmé en gros plan, l’écart de salaire est donc multiplié par cinq à dix. Logique, dans une industrie où le budget d’un feuilleton quotidien reste bien plus serré que celui d’une série événementielle du soir.
Une économie locale qui tourne à plein régime
Ce système profite à une partie de la population locale qui a fait de la figuration une activité quasi régulière. Certains, comme un figurant croisé sur le tournage, ont même transformé l’expérience en habitude : passant de simple « silhouette » de second plan à figurant régulier, dont le visage est identifiable et régulièrement présent à l’écran. Ce n’est donc pas qu’un coup ponctuel pour arrondir ses fins de mois : pour certains, ça devient presque un deuxième emploi à temps partiel, avec ses habitués et ses codes.
Le feuilleton pèse aussi plus largement dans l’économie audiovisuelle régionale, bien au-delà des seuls figurants. Une maquilleuse travaillant sur une autre série tournée dans le même bassin témoigne de cette dynamique : « il y a beaucoup de gens qui, comme moi, grâce à ces séries, confirment leur statut d’intermittent et peuvent travailler sans forcément avoir à quitter la région ». Techniciens, maquilleurs, costumiers : toute une filière locale vit de ces tournages quotidiens, avec des embauches qui reviennent semaine après semaine.
Reste un détail que peu de candidats anticipent avant de s’inscrire : le décalage entre le jour du tournage et la diffusion à l’écran. Il y a un délai d’un mois et demi à deux mois environ entre le tournage d’un épisode et sa diffusion sur France 2. Concrètement, celui qui décroche un rappel trois jours après son inscription en août ne se verra probablement à l’écran qu’à l’automne, le temps que le montage, la post-production et la grille de diffusion fassent leur travail. Un joli délai pour prévenir toute la famille devant la télé, sans se tromper de date.
Sources : figurants.com | figurants.com