La France a des titres de films en anglais qui n’existent dans aucun autre pays : Very Bad Trip ne veut rien dire à Hollywood

The Hangover est devenu Very Bad Trip en France en 2009, un titre qui ne veut absolument rien dire à un Américain ou un Britannique. Ce n’est pas une erreur de traduction, ni une blague : c’est une pratique bien installée chez les distributeurs français, qui inventent depuis des décennies des titres en anglais… que les anglophones ne comprennent pas. Le résultat ? Une exception culturelle assez cocasse, où la France s’invente son propre dialecte cinématographique.

Le cas Very Bad Trip reste l’exemple le plus cité, et pour cause. Very Bad Trip, ou Lendemain de veille au Québec et au Nouveau-Brunswick, est une comédie américano-allemande réalisée par Todd Phillips et sortie en 2009. Le titre original, The Hangover, signifie simplement « la gueule de bois ». Mais les distributeurs français ont jugé le mot « hangover » trop technique pour le public hexagonal, et ont préféré fabriquer une expression avec des mots simples que tout le monde reconnaît : very, bad, trip. Problème : cette formule n’existe dans aucun dictionnaire anglais et ne renvoie à rien de précis à Hollywood. le distributeur part d’un principe simple : le grand public français comprend quelques mots d’anglais courants (sex, trip, crazy, very bad), mais bloque sur le vocabulaire plus pointu (hangover, redemption, silver lining). Plutôt que de risquer un titre incompréhensible, on garde de l’anglais, mais un anglais simplifié, parfois inventé, qui sonne moderne sans demander d’effort.

À retenir

  • Very Bad Trip ne signifie rien en anglais, mais le titre français de The Hangover est devenu culte en France
  • Le phénomène du Goblish : une poignée de mots anglais « sûrs » réutilisés indéfiniment sur différents films
  • Hollywood valide ces titres fantômes tant qu’ils remplissent les salles, peu importe s’ils sont incompréhensibles aux États-Unis

Le « Goblish », cette langue inventée pour les affiches françaises

Ce phénomène a même un nom chez ceux qui l’étudient : le Goblish. les termes choisis pour le public français sont extrêmement limités et font partie d’une petite liste de mots facilement compréhensibles appelée Goblish. Il s’agit des termes et expressions les plus connus de la langue, utilisés pour se faire comprendre rapidement et cela conduit les personnes chargées du titrage à ressortir les mêmes mots encore et encore sur différents films. une poignée de mots anglais jugés « sûrs » circule en boucle sur les affiches françaises, indépendamment du film ou de son titre original. C’est la raison pour laquelle il existe de nombreux titres redondants : Sex Intention, Sex Academy, Sex Crime, Sex Friends mais aussi American Girls, Coyote Girls, Girls in America et Dancing Girls.

Le succès de Very Bad Trip a même engendré sa propre descendance. Un bon nombre de films du début des années 2010 ont étés commercialisés sous des noms semblables à Paranormal Activity ou Very Bad Trip, deux films à succès du box-office. Le dernier avait d’ailleurs eu droit à un traitement de star étant donné qu’un grand nombre de films ont étés renommés en fonction de ce long-métrage : les films Ennemies Among Us et The Other Guy ont tous les deux été traduits par Very Bad Cops. Une stratégie marketing pure et simple : coller le nom d’un hit précédent sur un film totalement différent, pour surfer sur un succès en salles. Ce n’est plus de la traduction, c’est du recyclage de marque.

Sex Friends, Sexy Dance : le mot magique qui vend des tickets

Le mot « sex » fonctionne visiblement très bien sur les affiches françaises, quel que soit le film derrière. No Strings Attached, comédie romantique sur une relation sans engagement, est devenue chez nous Sex Friends. Le sous entendu No strings attached (« sans engagement, sans contrainte ») est devenu chez nous… un très explicite et direct « Sex Friends ». Cruel Intentions a connu le même sort. Ce film pour ados au succès phénoménal mettant en scène une ex-Buffy sexy et cruelle à la fois, a été retranscrit dans son plus simple appareil en français : Sex Intentions. Deux films, deux thèmes différents, une même recette éditoriale qui privilégie l’accroche facile à la fidélité du titre.

Step Up, la franchise de comédies musicales dansées, a subi une transformation tout aussi radicale outre-Atlantique version française. The movie Step Up is a good example of this practice. I laughed so hard when I found out the title had been changed to « Sexy Dance » for its French release. Un titre qui, encore une fois, n’existe dans aucune version originale du film et ne renvoie à rien pour un spectateur anglophone débarquant en France. Il y a aussi des cas où le distributeur choisit carrément un autre titre anglais existant, mais qui n’a rien à voir avec l’original : le film britannique Made in Dagenham en est un bon exemple. Made In Degenham (fabriqué à Degenham) devient We Want Sex Equality (nous demandons l’égalité des sexes) en France, titre suggestif pour un film qui évoque bien des valeurs de genre.

Une stratégie décidée en France, validée à Hollywood

Ce qui surprend le plus, c’est que ces titres fantômes ne sont pas des initiatives sauvages de distributeurs français rebelles. C’est au sein des boites de distribution et dans leurs filiales françaises que le choix est fait : le titre est retravaillé, puis envoyé à la maison mère avec sa traduction littérale. Les studios américains eux-mêmes valident ces inventions, tant qu’elles servent les entrées en salle. Les studios américains laissent souvent une marge de manœuvre énorme aux distributeurs locaux. Hollywood se moque probablement de savoir que « Very Bad Trip » ne signifie rien chez lui, pourvu que les tickets se vendent à Paris, Lyon ou Marseille.

Difficile de trancher si cette manie est ridicule ou franchement ingénieuse. D’un côté, elle trahit une méfiance un peu condescendante envers le niveau d’anglais du public français. De l’autre, elle a produit des titres devenus culte, presque plus connus en France que leur version originale : qui, en France, dit spontanément « The Hangover » plutôt que « Very Bad Trip » ? Le pseudo-anglicisme a fini par devenir une marque à part entière, ancrée dans la mémoire collective, preuve qu’une traduction ratée peut parfois mieux fonctionner qu’une traduction fidèle.

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