C’est fini pour les méchants classiques chez Pixar : dans Toy Story 5, l’ennemi de Buzz et Woody est un objet que vos enfants tiennent déjà dans les mains

Le grand méchant de Toy Story 5 ne porte ni cape ni ricanement diabolique. Il ressemble à une grenouille verte, tient dans la main d’une fillette de 8 ans et répond au doux nom de Lilypad. Concrètement, il s’agit d’une tablette éducative pour enfants, et Pixar en a fait l’adversaire le plus redoutable jamais opposé à Woody et Buzz l’Éclair. Le twist ? Cette tablette existe pour de vrai, en vente chez les jouets, et vos enfants la réclament déjà pour Noël.

À retenir

  • Le nouvel antagoniste de Toy Story 5 n’a ni cape ni intentions malveillantes — mais il menace l’existence même des jouets
  • Pixar refuse d’appeler ça un « méchant » et explore plutôt les thèmes de l’obsolescence et de l’invisibilité émotionnelle
  • La tablette Lilypad existe vraiment, est vendue par LeapFrog, et paradoxalement, les enfants l’achètent après avoir vu le film les avertir contre les écrans

Lilypad, l’ennemie qui n’a ni bras ni jambes

Bonnie, désormais âgée d’environ 8 ans, a une nouvelle obsession : Lilypad, une tablette électronique en forme de grenouille doublée par Greta Lee. Ce n’est pas une méchante au sens classique du terme, c’est quelque chose de plus dérangeant. Contrairement à Sid Phillips, Stinky Pete ou Lotso l’ours à la fraise, Lilypad ne complote pas dans l’ombre. C’est une tablette intelligente clairement inspirée du LeapPad, l’appareil créé par LeapFrog, qui offre à Bonnie le monde entier au bout des doigts et pose ainsi une menace existentielle pour Woody, Buzz, Jessie et le reste de la troupe.

Sur le plan visuel, le personnage a été pensé dans les moindres détails. Lilypad est une tablette rectangulaire au boîtier vert, avec un design de grenouille, d’où son nom. En haut, elle a deux grands yeux numériques et une bouche incurvée juste en dessous. Un choix graphique loin d’être anodin : Lilypad est la première antagoniste féminine de Pixar à être privée de membres, un aspect qu’on retrouvait déjà chez AUTO dans WALL-E, autre film réalisé par Andrew Stanton. Le réalisateur boucle ainsi la boucle avec sa propre filmographie, dix-huit ans après avoir inventé le robot tyrannique du vaisseau Axiom.

Pourquoi Pixar refuse d’appeler ça un « méchant »

Le studio a pris soin d’éviter le piège du discours moralisateur. Sur le plateau de promotion, Andrew Stanton a été clair sur ses intentions : « Lily means well, like all good villains », a-t-il expliqué, précisant qu' »antagonist » est un meilleur terme, car ce n’est pas une méchante qui se tord la moustache, ce qui pourrait être ennuyeux. Une nuance qui change tout le regard porté sur le personnage.

En interne, le débat a d’ailleurs fait rage. La co-réalisatrice Kenna Harris a confié à Variety que beaucoup de monde au studio voulait faire de Lilypad une véritable méchante, mais que l’équilibre était difficile à trouver tant chacun arrive avec des émotions chargées envers les écrans, et qu’au final cela n’avait jamais de sens. Elle a ajouté une phrase qui résume tout le projet : « On ne va pas se débarrasser de ces appareils, peu importe nos efforts. J’aurai toujours mon téléphone. Je suis probablement partiellement accro ». Résultat : un antagoniste qui ne cherche pas à détruire les jouets par méchanceté, mais qui ne cherche pas à détruire les jouets par haine, elle les rend simplement obsolètes par le confort et l’engagement qu’elle procure.

Le trait le plus fin du scénario reste sans doute celui-ci : la lecture facile de ce film serait d’y voir un avertissement de Pixar sur le temps d’écran, mais la lecture la plus honnête est celle d’un film sur l’obsolescence, un thème que la franchise creuse depuis qu’Andy est parti à la fac en 2010. Jessie, reléguée au second plan pendant que Bonnie ne jure que par sa tablette, devient d’ailleurs le vrai centre émotionnel du long-métrage, incarnant cette peur universelle de devenir invisible aux yeux de ceux qu’on aime.

La vraie Lilypad est déjà en rayon

Voici le grand paradoxe de cette sortie. Pendant que le film raconte comment un écran vole l’enfance de Bonnie, Disney vend la réplique exacte de l’objet dans les magasins de jouets. Le partenaire officiel de Disney, LeapFrog, vend la vraie Lilypad de Toy Story au rayon jouets : une tablette éducative pour les 3-5 ans, à environ 30 dollars, qui permet aux petits d' »envoyer » des textos à Woody et Buzz l’Éclair. Le clin d’œil est presque trop parfait pour être involontaire.

L’objet réel a été pensé pour coller au film jusque dans les moindres détails. La tablette verte est conçue spécialement pour les enfants d’âge préscolaire et propose quatre jeux différents, allant de l’apprentissage des lettres à la résolution de problèmes ; les enfants peuvent aussi jouer de la musique, créer des effets sonores et « parler » à Woody, Buzz et Jessie via des messages et émojis prédéfinis, tandis que ses yeux mobiles pivotent quand on tourne ses « mains » palmées. Et le succès commercial suit : la nouvelle tablette Lilypad figure parmi les meilleures ventes sur Amazon, avec plus d’un millier d’unités écoulées en quelques semaines seulement.

Un journaliste a même relevé un effet secondaire amusant : le message semble particulièrement bien passer auprès des enfants, une journaliste de The Independent ayant rapporté que depuis qu’elle a emmené son enfant voir le film, celui-ci n’a plus touché son iPad. Preuve que la fiction peut, parfois, influencer la réalité plus efficacement qu’un long sermon parental.

Le film cartonne en salles : il a rapporté 897,9 millions de dollars dans le monde, battant plusieurs records au box-office et devenant le plus gros démarrage mondial de l’histoire de Pixar, tout en se classant troisième film le plus rentable de 2026. Un détail cocasse accompagne ce succès : pour la première fois de la saga, Woody a visiblement pris de l’âge, jusqu’à révéler sous son chapeau un début de calvitie assumée. De quoi rappeler que même les cow-boys en plastique n’échappent pas au temps qui passe, contrairement aux tablettes qu’on remplace tous les deux ans.

Laisser un commentaire