Le choix de Mehdi El Glaoui pour incarner Sébastien n’était pas, contrairement à la légende, une évidence familiale dès le départ. Cécile Aubry avait initialement cherché un autre jeune comédien pour porter ce rôle devenu culte. C’est finalement son équipe de production qui lui a soufflé l’idée de confier le personnage à son propre fils, alors âgé de 7 ans au moment du tournage.
À retenir
- Les producteurs, et non Cécile Aubry, ont suggéré de confier le rôle à son propre fils
- Un tournage glacial en montagne que la réalisatrice avait promis de ne jamais recommencer
- Mehdi confessera plus tard que sa mère l’avait façonné selon un fantasme d’enfant idéal
Un duo mère-fils qui existait déjà avant Belle et Sébastien
Avant de créer l’histoire d’amitié entre un garçon et sa chienne des Pyrénées, Cécile Aubry avait déjà lancé Mehdi dans le grand bain télévisuel. Après la diffusion de Dans un grand château, une productrice, Christiane Colonna, propose à Cécile Aubry d’écrire une série de 13 épisodes : Poly. L’idée vient d’une visite de cirque à Saint-Cyr-sur-Dourdan, où Mehdi était fasciné par le spectacle. Elle écrit l’histoire, puis on lui propose la réalisation, avec Mehdi dans le rôle principal. La diffusion débute en décembre 1961. Un feuilleton qui deviendra le premier d’une série à succès qui durera jusqu’en 1973.
L’idée de Belle et Sébastien, elle, serait née d’un moment de solitude maternelle. Selon les propos rapportés par Mehdi dans son livre, sa mère raconte : « C’est venu d’un séjour à Cauterets. Je t’avais déposé dans un centre de vacances et j’étais partie faire une excursion dans la montagne. » Et c’est là, en marchant, que l’histoire a pris forme dans sa tête. Une manière presque poétique de transformer l’absence de son fils en fiction sur un enfant qui cherche, justement, un foyer.
La vraie raison du choix de Mehdi : ni sentimentale, ni préméditée
Voilà le cœur du sujet, et l’info qui remet les pendules à l’heure. À l’origine, Cécile Aubry avait cherché un jeune comédien pour interpréter le rôle de Sébastien. Ce sont finalement ses producteurs qui lui ont suggéré de choisir Mehdi. l’histoire officielle d’une mère qui aurait taillé un rôle sur mesure pour son enfant ne tient pas complètement la route. La production, elle, voyait sans doute dans ce petit garçon déjà rodé aux plateaux (grâce à Poly) un choix pratique et économique.
Le tournage, lui, n’a rien eu d’une promenade de santé. Il a lieu de février à juin 1964, dans les Alpes. Il fait très froid, les difficultés sont nombreuses. La réalisatrice se promet de ne jamais retourner un feuilleton avec Mehdi, âgé de 7 ans. Sept ans, en pleine montagne, sous la neige, pendant des mois de tournage. On imagine sans peine l’épuisement, pour l’enfant comme pour la mère-réalisatrice qui devait gérer les deux casquettes en même temps.
Mais l’histoire a réservé un rebondissement. Pourtant, quand le feuilleton est diffusé, plus d’un an après, c’est un énorme succès ! Un an plus tard, les producteurs demandent à Cécile Aubry d’écrire une suite aux aventures de Sébastien. La promesse faite pendant le tournage glacé n’a pas résisté longtemps face à l’ampleur du triomphe populaire. Diffusée à partir du 26 septembre 1965 sur la première chaîne de l’ORTF, la série a immédiatement marqué toute une génération de téléspectateurs.
Un rôle qui a longtemps pesé sur la relation mère-fils
Ce qui rend cette histoire encore plus fascinante, c’est ce qu’elle a révélé bien plus tard sur la relation entre Cécile Aubry et son fils. Dans son autobiographie parue en 2013, Mehdi El Glaoui a levé le voile sur une relation faite de hauts et de bas avec sa mère. Sa confession est sans détour : « Elle a rêvé d’un enfant très précis et l’a créé avec son talent de conteuse. Cela n’a plus fonctionné entre nous à partir du moment où j’ai cessé de ressembler à son fantasme. »
Une phrase qui éclaire d’un jour nouveau tout le projet Belle et Sébastien. Cécile Aubry n’a pas seulement écrit un personnage pour son fils, elle a en quelque sorte façonné un enfant idéal à travers la fiction, un Sébastien plus docile, plus romanesque que le petit garçon réel grandissant sur les plateaux de tournage. C’est troublant, quand on y pense : combien d’enfants d’acteurs ou de créateurs ont dû se mesurer, toute leur enfance, à un personnage inventé par leur propre parent ?
La suite de la carrière de Mehdi confirme d’ailleurs cette continuité imposée. Après Pascal, le héros de « Poly », c’est au tour de Sébastien puis de Jérôme dans « Le Jeune Fabre », toujours écrit et réalisé par sa mère. Une collaboration professionnelle qui s’est étalée sur près de quinze ans, jusqu’à ce que Le Jeune Fabre marque, selon les sources spécialisées sur la carrière de la réalisatrice, la fin de leur collaboration commune.
Soixante ans plus tard, une histoire toujours vivante
La série a fêté en 2025 ses 60 ans d’existence, preuve que l’attachement du public ne s’est jamais tari. Les vidéocassettes du feuilleton original se sont vendues à 480 000 exemplaires, un chiffre qui témoigne de l’ampleur du phénomène bien après la diffusion télévisée initiale. Cécile Aubry elle-même, dans un texte publié au dos des cassettes, résumait ainsi son travail : « Pour moi, écrire et mettre en scène Belle et Sébastien était une histoire d’amour, puisque c’est mon fils Mehdi qui interprétait le rôle de Sébastien. »
Reste ce paradoxe touchant : une œuvre née d’un choix presque accidentel, imposée par des producteurs plutôt que choisie par cœur, est devenue malgré tout l’un des symboles les plus tendres de la télévision française pour enfants. Mehdi El Glaoui, aujourd’hui marié à la comédienne Virginie Stevenoot, vit aujourd’hui loin des plateaux, entre le Pays basque et le Moulin Bleu en Essonne, ce même moulin où sa mère et lui avaient posé leurs valises bien avant que Belle ne pose la patte devant une caméra.
Sources : tout-cecile-aubry.fr | purepeople.com