« The Avengers », en version originale, ne dit rien du chapeau melon ni des bottes de cuir. Le titre anglais signifie littéralement « Les Vengeurs », un nom qui n’a jamais traversé la Manche jusqu’aux écrans français. Personne ne connaît le titre original The Avengers, puisqu’il a été totalement effacé des copies au profit du titre français. Soixante ans plus tard, alors qu’un projet de remake refait surface du côté de Canal+, l’histoire de cette traduction totalement inventée mérite d’être racontée.
Le nom anglais n’était pourtant pas anodin. Dans la première saison, inédite en France, Steed n’est qu’un personnage secondaire, le héros étant le docteur David Keel, dont la fiancée est tuée par des trafiquants de drogue, et Steed aide le docteur à venger sa mort, d’où le titre anglais de la série, qui signifie Les Vengeurs. Un titre qui collait parfaitement à l’intrigue de départ, mais qui perdait tout son sens une fois le docteur Keel évacué du scénario au profit des partenaires féminines de Steed. Autant dire que garder « Les Vengeurs » comme titre français n’aurait eu aucun intérêt commercial, ni même narratif, pour une audience qui découvrait la série des années après son lancement britannique.
À retenir
- Le vrai titre anglais « The Avengers » n’a jamais traversé la Manche jusqu’aux écrans français
- Les adaptateurs de l’ORTF ont inventé leur propre titre en piocher directement dans le générique original
- Ce titre français oublié pourrait ressurgir avec le remake en préparation chez Canal+
Un générique qui invente son propre titre
Créée par Sydney Newman et Leonard White, la série britannique s’est étalée sur plusieurs années et plusieurs comédiennes avant d’arriver en France. La première série, ayant pour titre original The Avengers, se compose de 161 épisodes de 52 minutes, dont 104 en noir et blanc, diffusée du 7 janvier 1961 au 21 mai 1969 sur le réseau ITV1. Diana Rigg y incarne Emma Peel à partir de 1965, après qu’Elizabeth Shepherd, initialement choisie pour le rôle, a été écartée en cours de tournage. Après avoir terminé deux premiers épisodes, les producteurs ont conclu que, bien que talentueuse, elle n’était pas l’actrice qui convenait pour le rôle, et c’est Diana Rigg qui tient le personnage d’Emma Peel en 1965. C’est cette version, tournée en noir et blanc, qui atterrit sur les bureaux de l’ORTF quelques années plus tard.
Quand la chaîne publique prépare l’adaptation française, il faut trouver un titre qui parle immédiatement au public, sans passer par une traduction littérale jugée trop plate. La solution vient directement du générique original. Un chapeau melon, symbolisant John Steed, posé au sommet d’un porte-manteau perroquet, et, à ses pieds, une paire de bottes de cuir représentant Madame Peel : voilà l’image qui donne son nom définitif à la série pour tout le public francophone. Une manière simple et visuelle de présenter les deux héros, par leurs attributs les plus emblématiques. Ingénieux, non ? Plutôt que de traduire un concept anglais lié à une intrigue oubliée, les adaptateurs ont préféré piocher dans l’imagerie du générique pour créer un titre totalement original, sans équivalent dans aucune autre langue.
La série débarque officiellement sur les écrans français le 4 avril 1967. À 22h10, les téléspectateurs de la deuxième chaîne de l’ORTF, qui n’émet que depuis trois ans sur l’ensemble de la métropole, découvrent l’épisode Meurtre par téléphone, présenté dans les journaux comme « un film policier de la série Chapeau melon et bottes de cuir ». Personne, à l’époque, ne fait le lien avec « The Avengers » : le nom anglais a tout simplement disparu des copies distribuées en France, remplacé intégralement par la trouvaille locale. Un tour de passe-passe qui, avec le recul, a plutôt bien fonctionné : cinquante-neuf ans après, c’est bien le titre français qui reste gravé dans la mémoire collective, quand l’original ne dit rien à la grande majorité des spectateurs francophones.
De Diana Rigg à Joanna Lumley, une franchise qui a traversé les décennies
Le succès du titre inventé a survécu à tous les changements de casting. Après le départ de Diana Rigg, Linda Thorson reprend le flambeau dans le rôle de Tara King pour la sixième saison, avant que la franchise ne connaisse une résurrection sous une forme légèrement différente dans les années 1970. En 1976, la série renaît sous le titre britannique The New Avengers, avec deux partenaires cette fois pour Steed, Purdey et Mike Gambit, sur deux saisons de treize épisodes, coproduites entre ITV et TF1. Cette suite arrive sur les écrans français dès la fin de la même année, et le titre français forgé une décennie plus tôt s’impose naturellement, sans qu’on ressente le besoin d’y toucher.
Le film américain de 1998, avec Ralph Fiennes et Uma Thurman dans les rôles de Steed et Emma Peel, a lui aussi hérité de cette appellation bien française plutôt que d’une traduction du titre anglais. Preuve, s’il en fallait une, que l’invention des traducteurs de l’ORTF a fini par devenir la référence internationale francophone, plus reconnaissable que le nom original outre-Manche.
Le titre français prêt à ressurgir avec un nouveau remake
L’histoire ne s’arrête pas dans les archives. Un projet de remake circule depuis plusieurs mois du côté de StudioCanal, filiale du groupe Canal+ qui détient les droits du catalogue original. Le 29 mai 2026, à l’occasion de l’assemblée générale du groupe Canal+, Maxime Saada a confirmé le lancement d’un remake, évoquant les nombreux projets développés à StudioCanal comme le remake de Chapeau melon et bottes de cuir. Une phrase brève, mais qui met fin à des mois de rumeurs dans la presse spécialisée. Selon les informations qui avaient déjà circulé, la boîte de production française aurait recruté un duo de scénaristes, Mickey Down et Konrad Kay, à l’origine de la série Industry diffusée sur HBO, avec Ben Taylor de Sex Education derrière la caméra, mais aussi à la production exécutive.
Reste une question amusante pour les puristes : ce futur remake gardera-t-il le fameux titre français inventé pour l’ORTF il y a près de soixante ans, ou StudioCanal choisira-t-il de relancer la franchise sous son nom d’origine, « The Avengers », désormais bien plus identifiable à l’international depuis l’essor des super-héros Marvel ? Le catalogue appartenant à un groupe français, il n’est pas exclu que « Chapeau melon et bottes de cuir » redevienne, une fois de plus, le nom sous lequel Steed et sa nouvelle partenaire referont leur entrée dans les foyers hexagonaux.
Sources : bibliotheques.paris.fr | archive.org