Fini la Blanche-Neige que nos grands-parents ont entendue au cinéma : c’est une autre voix qui chante aujourd’hui sur Disney+

Sur Disney+, la mélodie de « Un jour mon prince viendra » n’est plus portée par la même voix que celle qui a bercé les salles obscures il y a plus de soixante ans. Le remake en prises de vues réelles de Blanche-Neige, disponible en France depuis le 19 décembre 2025, propose une toute nouvelle interprète française pour incarner Rachel Zegler à l’écran : Emmylou Homs. Fini donc la voix cristalline que les grands-parents ont connue au cinéma dans les années 1960. Une page se tourne, et elle a une histoire bien plus riche qu’on ne l’imagine.

À retenir

  • Pourquoi la voix de Blanche-Neige a-t-elle changé après 60 ans de cinéma ?
  • Comment une procédure judiciaire a remplacé la voix originale du classique Disney
  • Qui est cette comédienne-chanteuse qui incarne désormais la princesse ?

Trois voix, trois époques, une seule princesse

Peu de gens le savent, mais Blanche-Neige et les Sept Nains a connu pas moins de trois doublages français depuis sa sortie en 1937. Le tout premier a été réalisé dans des conditions rocambolesques : le doublage a été réalisé à Hollywood en 1938 dans les studios Disney pour sa distribution francophone à l’international, Disney ayant demandé à des acteurs français vivant aux États-Unis de doubler le film. Résultat, des comédiens à l’accent un peu particulier, mi-français mi-américain, qui a longtemps fait penser à un doublage québécois.

C’est la version suivante qui va marquer durablement l’imaginaire collectif. En 1962, pour une réédition en salles, Disney refait entièrement le doublage. La majorité des spectateurs qui ont regardé le film en version française ont entendu ce deuxième doublage, réalisé en 1962, avec la voix cristalline de l’héroïne chantant «Un jour mon prince viendra». Cette voix, c’était celle de Lucie Dolène, comédienne qui avait aussi prêté ses cordes vocales à Debbie Reynolds ou à Sally Spectra dans Top Models. Une anecdote piquante : en 1993, alors que Disney sort le film en VHS sans son accord, elle va donner de la voix, mais pour protester contre Disney, en intentant un procès pour obtenir des droits sur l’utilisation de sa voix. Un bras de fer qui a fini par lui coûter sa place : un troisième doublage a vu le jour en 2001, pour la sortie DVD du classique, la remplaçant définitivement dans le catalogue officiel.

Emmylou Homs, la voix qui a pris la suite

Le remake de 2025 change complètement la donne, puisqu’il ne s’agit plus de redoubler le dessin animé mais de doubler une actrice bien réelle. Pour cette mission, Disney a fait appel à une habituée de la maison. Pour la voix de Blanche Neige, Disney a fait appel à Emmylou Homs, qui incarne l’héroïne pour les scènes parlées et chantées. Un choix loin d’être anodin dans l’univers du doublage français, où certaines comédiennes deviennent au fil des années les voix officielles de tout un pan de l’univers Disney.

Emmylou Homs n’est en effet pas une inconnue pour les fans de princesses. Ce n’est pas la première fois qu’elle donne de la voix à une princesse Disney puisqu’elle doublait également Anna dans les films de La Reine des neiges mais aussi Belle, jouée par Emma Watson, dans la version live de La Belle et la bête. Côté méchante reine, c’est Victoria Sio, révélée par The Voice et repérée par Valérie Lemercier pour réinterpréter Céline Dion dans Aline, qui prête sa voix à Gal Gadot. Deux choix cohérents avec la logique Disney : miser sur des comédiennes-chanteuses capables de tenir la note aussi bien que le texte, puisque les deux actrices interprètent elles-mêmes leurs chansons en version originale.

Un film qui a fait couler beaucoup d’encre avant d’arriver sur Disney+

Ce nouveau doublage arrive sur une œuvre qui n’a pas eu la sortie tranquille espérée par le studio aux grandes oreilles. Sorti en salles le 19 mars 2025, le film porté par Marc Webb (le réalisateur de The Amazing Spider-Man) a été plombé par des polémiques en cascade, de la représentation des sept nains à la présence de Gal Gadot dans le casting. Le titre du film a d’ailleurs été raccourci en « Blanche-Neige », au lieu de « Blanche-Neige et les Sept Nains », et les sept nains du conte original ont été remplacés par des créatures magiques réalisées en images de synthèse, un choix qui a fait grincer des dents jusque chez certains membres de la communauté des personnes de petite taille elles-mêmes.

Sur le plan commercial, la déception a été à la hauteur du bruit médiatique. Le film a déçu, ne récoltant que 152 millions de dollars mondiaux pour un budget de 200 millions, critiqué pour ses libertés avec le film original et une CGI jugée catastrophique. Une performance loin des standards habituels des remakes Disney, même si le studio a tout de même mis les bouchées doubles côté calendrier : le film est arrivé sur Disney+ le 11 juin 2025, seulement 82 jours après sa sortie en salles dans certains territoires, avant une arrivée un peu plus tardive en France, fin décembre.

Reste une question amusante à se poser en famille devant l’écran : dans vingt ans, quelle version fera figure de madeleine de Proust pour les enfants d’aujourd’hui, la voix chantée d’Emmylou Homs ou celle, bien réelle, de Rachel Zegler en version originale sous-titrée ? Le doublage français, lui, continuera sans doute d’évoluer au gré des rééditions, comme il l’a toujours fait depuis 1938.

Laisser un commentaire