Deux ans déjà. Depuis le 9 septembre 2024, le feuilleton quotidien préféré des Français n’est plus diffusé sur France 2 mais sur France 3, à la même heure, 20h40, cinq soirs par semaine. Un changement de chaîne qui a surpris les fidèles à l’époque, mais qui répondait à un problème bien précis : les déprogrammations à répétition qui pourrissaient la vie des téléspectateurs depuis des mois.
À retenir
- Un si grand soleil a quitté France 2 pour une raison précise : les déprogrammations incessantes liées aux événements sportifs et politiques
- Malgré le changement de chaîne, la série a conservé ses audiences solides avec plus de 2,4 millions de téléspectateurs quotidiens
- Les studios de production à Vendargues, près de Montpellier, génèrent un impact économique majeur avec plus de 63 000 journées de travail annuelles
Une décision pour en finir avec le chaos des déprogrammations
Le mal venait de l’actualité elle-même. Élections, matchs de football, événements sportifs d’ampleur : sur France 2, chaîne généraliste très sollicitée par le direct, Un si grand soleil sautait régulièrement sa case, au grand dam des spectateurs qui perdaient le fil de leurs intrigues préférées. Ces derniers temps particulièrement, la quotidienne avait dû céder sa place à de nombreux événements politiques et sportifs, rendant son suivi de plus en plus difficile, et les fans étaient nombreux à prendre la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette diffusion chaotique. France Télévisions a alors tranché : direction France 3, chaîne dédiée à la fiction du groupe public. La direction avait justifié ce choix en expliquant que France 3, étant la chaîne de fiction du groupe, offrirait au feuilleton sa place naturelle, sans déprogrammation au débotté.
Sur le papier, la promesse tenait la route. Dans les faits, les surprises de calendrier n’ont pas totalement disparu. Cet été encore, la série va devoir composer avec l’actualité sportive : la semaine du 10 août 2026, le feuilleton ne sera pas proposé dans sa case habituelle de 20h25, cédant l’antenne aux championnats d’Europe d’athlétisme diffusés jusqu’au 16 août. Pour compenser, France Télévisions a prévu de jouer la carte du rattrapage massif : les épisodes prévus cette semaine-là ne seront pas diffusés, mais France 3 proposera une soirée exceptionnelle le jeudi 13 août à 21h10 avec cinq épisodes inédits à la suite. Une méthode qui montre que même sur une chaîne de fiction, le direct sportif garde le dernier mot. Ironie du sort.
Des audiences solides malgré le changement de maison
Le vrai test, c’était de savoir si le public suivrait le déménagement. Verdict un mois après le basculement : plutôt rassurant pour la chaîne. Du 9 septembre au 9 octobre 2024, la série a rassemblé en moyenne 2,42 millions de fidèles téléspectateurs en audience veille, soit 12,0% du public âgé de 4 ans et plus. Un score qui n’a rien d’anecdotique quand on sait que c’était bien mieux qu’un an plus tôt pour la chaîne, à la même période, avec un autre programme. France 3 tenait enfin un feuilleton capable de fidéliser un public solide en fin de journée, coincé entre les autres quotidiennes du service public et celles de la concurrence.
Deux ans plus tard, le feuilleton continue de faire partie du paysage télévisuel de la chaîne, avec des audiences suivies quotidiennement. Il partage désormais l’access prime-time avec d’autres rendez-vous quotidiens du service public, dans une grille où chaque case compte. Le pari, à l’origine risqué (changer d’antenne une série installée depuis six ans sur France 2), semble avoir été absorbé sans dégâts majeurs pour la fidélité du public.
Montpellier, la vraie coulisse de cette histoire
Là où l’histoire devient intéressante, c’est du côté de l’Hérault. Le feuilleton n’a jamais bougé de ses studios, à Vendargues, près de Montpellier, là où tout a commencé en 2018. Et l’ampleur du site donne le tournis : pour mettre en boîte chaque année 260 épisodes de 22 minutes, il faut travailler en flux tendu, et à lui seul le feuilleton a généré plus de 63 000 journées de travail pour plus de 2 500 salariés, dont 55 comédiens recrutés localement sur un total de 200. Un vrai bassin d’emploi audiovisuel, loin des clichés parisiens du petit écran.
Et l’investissement ne s’arrête pas là. France Télévisions a profité du plan France 2030 pour agrandir son outil de production sur place. Quatre nouveaux plateaux sont en construction à Vendargues, avec l’aide du plan public d’investissement France 2030, pour accueillir tous les types de projets créatifs : longs-métrages, fictions, documentaires, jeux vidéo, clips musicaux, divertissements. Lors de l’inauguration de cette extension, la présidente du groupe a d’ailleurs tenu à souligner le symbole : cette étape survient huit ans après la première implantation à Vendargues pour la création d’Un si grand soleil, feuilleton quotidien le plus suivi de France. De quoi transformer une simple série télé en véritable pôle économique régional, avec le soutien de la Région Occitanie qui avait déjà injecté des fonds dans le projet depuis ses débuts.
Reste une question que peu de spectateurs se posent en zappant sur France 3 chaque soir : combien de temps ce système tiendra-t-il encore, alors que l’audiovisuel public traverse une période budgétaire tendue et que les grilles de rentrée se réinventent chaque année ? Les nouveaux plateaux de Vendargues, eux, sont déjà pensés pour accueillir bien plus que le seul commissaire Becker et ses collègues du commissariat de Montpellier.
Sources : jeanmarcmorandini.com | dis-leur.fr