« J’ai passé fin août en manteau et écharpe sous les projecteurs » : ce que cachent les épisodes de Noël des quotidiennes françaises

Écharpe autour du cou, manteau boutonné jusqu’au menton, sapin scintillant en arrière-plan : à l’écran, tout respire le froid de décembre. En coulisses, c’est une tout autre histoire. Thermomètre à 35 degrés, ventilateurs hors champ, maquillage qui fond sous les projecteurs. Les épisodes de Noël des quotidiennes françaises, ceux qu’on regarde blotti dans son canapé fin décembre, se tournent en réalité en plein été, souvent fin juillet ou fin août, dans une chaleur qui n’a rien d’hivernal.

À retenir

  • Les épisodes de Noël sont tournés des mois à l’avance, en plein canicule estivale
  • Les acteurs passent d’un costume de Noël à un maillot de bain en quelques mètres et une pause déjeuner
  • Ces quotidiennes tournent 5 jours par semaine sans pause : impossible d’arrêter les caméras pour vraiment fêter Noël

Un calendrier qui n’a rien de festif

la raison tient à la mécanique implacable du feuilleton quotidien. Contrairement à une série classique qui dispose de mois pour tourner une saison avant diffusion, les quotidiennes françaises doivent alimenter la grille en continu, cinq jours sur cinq, toute l’année. Impossible de faire une pause en décembre pour tourner « en vrai » les épisodes de Noël : il faut anticiper des mois à l’avance pour que le montage, l’étalonnage et la diffusion tombent pile au bon moment.

Sur le tournage d’Un si grand soleil à Vendargues, le tournage se poursuit tout l’été et c’est une vraie fourmilière. La production ne peut tout simplement pas s’arrêter : impossible d’éteindre les caméras pendant deux mois quand on doit produire cinq épisodes par semaine. Un rythme qui explique pourquoi les scènes de réveillon, sapins et guirlandes se retrouvent calées en pleine canicule, entre deux épisodes d’été tournés le matin même dans les mêmes studios.

Manteaux en studio, tee-shirts hors caméra

Concrètement, la bascule se joue souvent à quelques mètres près. Une scène de Noël en intérieur, tournée dans un studio climatisé tant bien que mal, peut être suivie l’instant d’après par une scène d’été en extérieur, sous le vrai soleil du Sud. Les studios de Vendargues, où se fabrique Un si grand soleil, s’étendent sur un grand studio de 16 000 m2 de France Télévisions, tandis que les scènes en extérieur, elles, sont tournées à ciel ouvert, à Montpellier, La Grande-Motte, Castelnau-le-Lez et Palavas-les-Flots. Passer d’un plateau à l’autre, c’est parfois passer d’un manteau à un maillot de bain en l’espace d’une pause déjeuner.

Même logique du côté d’Ici tout commence, tournée dans le Gard au château de Calvières. La série mobilise environ 150 personnes avec une trentaine d’acteurs sur un site où la chaleur camarguaise estivale n’a rien à envier à celle de la Provence. Costumes doublés, écharpes en laine, décors enneigés en carton-pâte : tout ce petit monde s’active dans des conditions qui feraient presque passer un tournage de téléfilm romantique américain pour une sinécure.

Cette année encore, la réalité du calendrier a rattrapé l’équipe de Demain nous appartient. Fin juillet, une actualité de tournage évoquait sans détour la canicule sur le tournage Demain nous appartient : ça se complique à Sète. Un rappel que derrière les intrigues de Sète, les comédiens jonglent avec des températures qui n’ont rien à voir avec celles de la saison qu’ils sont censés incarner à l’écran.

Une machine à épisodes qui ne s’arrête jamais

Ce qui frappe, c’est l’ampleur logistique derrière ces feuilletons. Un si grand soleil emploie plus de 250 personnes qui travaillent dans l’ombre au quotidien pour produire ses épisodes. Un roulement de congés est organisé pour que la production ne s’arrête jamais, même en plein cœur de l’été : un roulement est organisé pour permettre à certains de prendre des vacances, mais sur place, on travaille sans perdre une minute. Autant dire que pour l’équipe technique, il n’existe pas vraiment de basse saison.

Demain nous appartient illustre bien cette course perpétuelle contre la montre. La série est diffusée quotidiennement du lundi au vendredi depuis le 17 juillet 2017, et elle a franchi une étape symbolique en 2025 : le 1er août 2025, elle atteint la barre du 2000e épisode, devenant le deuxième feuilleton français à passer ce cap après Plus belle la vie. Un tel volume ne se produit qu’à condition de tourner en avance permanente, quitte à fêter Noël sous 35 degrés à l’ombre.

Paradoxe amusant : alors que ces épisodes se fabriquent des mois avant l’hiver, certaines chaînes choisissent malgré tout de couper la diffusion pendant les vraies fêtes de fin d’année. Fin 2025, TF1 a ainsi décidé de mettre en pause Plus belle la vie, encore plus belle pendant deux semaines, une décision qui n’a pas touché Ici tout commence et Demain nous appartient, restées bien à l’antenne du lundi au vendredi, y compris durant les fêtes. Résultat : des acteurs qui suent sous leur écharpe en plein mois d’août pour des scènes que le public découvrira, ou pas, pile le soir du réveillon.

Le prix caché de la magie de Noël

Derrière la neige factice et les guirlandes clignotantes se cache donc un vrai tour de force logistique, où maquilleurs, costumiers et régisseurs rivalisent d’ingéniosité pour faire croire à décembre en plein mois d’août. Ventilateurs planqués hors cadre, glaçons dans les cols de chemise, pauses fraîcheur entre chaque prise : ces petits arrangements avec la météo font partie du folklore de fabrication des quotidiennes, au même titre que les décors recyclés ou les scripts bouclés à la dernière minute. La prochaine fois qu’un personnage soufflera sur ses mains gantées devant un sapin scintillant, une pensée pour l’acteur qui, une heure plus tôt, tournait en tee-shirt sous 35 degrés à quelques mètres de là ne sera peut-être pas de trop.

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