Les équipes de Demain nous appartient ne s’installent jamais sur une plage de Sète sans ça : ce que la mairie signe avant le tournage ne se voit pas à l’écran

Chaque été, l’équipe de Demain nous appartient plante ses caméras sur la plage des Trois Digues, entre Sète et Marseillan-Plage, pour filmer les scènes emblématiques de la paillote du Spoon. Ce que les téléspectateurs ne voient jamais, c’est le document signé quelques semaines plus tôt entre la production et la mairie : une autorisation d’occupation du domaine public, assortie d’une redevance et de règles précises. Sans ce papier, aucune caméra ne peut légalement se poser sur le sable.

À retenir

  • Un document administratif invisible mais indispensable conditionne chaque tournage de Demain nous appartient sur le sable sétois
  • La mairie encadre précisément les tournages avec des délais, des redevances et des prescriptions qui varient selon l’impact sur l’espace public
  • Derrière chaque scène filmée se cachent des signatures, des barèmes et des arrêtés municipaux que les téléspectateurs ne verront jamais

Le passage obligé par le « bureau du cinéma »

À Sète, tout commence par un guichet unique. Le bureau du cinéma est la porte d’entrée pour tous les tournages sur Sète, avec un interlocuteur unique pour les préparations techniques et des démarches administratives centralisées pour les services municipaux et les autorisations. Concrètement, avant qu’une seule caravane technique ne roule vers la plage, l’équipe de production doit déposer une demande détaillée : dates précises, zones concernées, matériel prévu, nombre de véhicules, horaires.

Cette étape n’est pas propre à Sète, elle découle du droit commun applicable à toutes les communes françaises. Toute occupation ou utilisation du domaine public donne lieu au paiement d’une redevance, un principe qui s’applique aux tournages de courts, moyens et longs métrages réalisés sur le domaine public d’une collectivité. La plage, en tant que domaine public maritime, n’échappe pas à la règle. La production doit demander l’utilisation privative du domaine public, et si la collectivité décide d’autoriser cette occupation, elle doit fixer une redevance et définir des prescriptions quant à son utilisation, notamment pour limiter les atteintes liées au stockage du matériel de régie.

la mairie ne se contente pas de dire oui. Elle encadre. Elle chiffre. Elle impose. Et c’est précisément ce document, souvent réduit à quelques pages administratives, qui conditionne tout ce qui se passe ensuite sur le sable sétois.

Ce que la convention impose vraiment

Le contrat type observé dans d’autres villes côtières donne une idée assez fidèle de ce qui figure dans ce genre de document. Les délais de dépôt varient selon l’ampleur du dispositif : une scène simple se règle en quelques jours, mais dès qu’il faut fermer un accès, réserver du stationnement ou dévier un flux de promeneurs, le délai s’allonge sensiblement. La demande doit être formulée au minimum huit jours ouvrés avant la date prévue pour un tournage simple sans impact majeur, ou trois semaines à l’avance lorsque le tournage nécessite un arrêté municipal, comme une réservation de stationnement, une emprise sur la voirie ou une déviation.

Le montant de la redevance, lui, n’est jamais figé. Une redevance est appliquée en fonction de l’impact du tournage sur l’espace public, les usages quotidiens et la tranquillité des riverains, et elle varie selon la nature du projet, la durée du tournage, l’emprise au sol et les moyens techniques déployés. Pour une plage aussi fréquentée que celle des Trois Digues en pleine saison, le curseur monte vite : baigneurs à canaliser, paillotes voisines à ne pas perturber, accès à préserver pour les secours.

Il y a aussi la question de la voirie et de la circulation, qui dépasse parfois le seul cadre municipal. Si le tournage se déroule sur une voie publique, l’article R53 du Code du domaine de l’État exige de demander l’autorisation à la préfecture du département, qui peut alors proposer des mesures permettant de réaliser le tournage dans de bonnes conditions. Pour une série qui tourne quasiment toute l’année, cette paperasse devient une routine bien huilée entre la mairie, la préfecture et la production Telfrance.

Pourquoi Sète accepte (et même encourage) ces contraintes

Si la ville se plie à cette logistique depuis 2017, c’est qu’elle y trouve un intérêt qui dépasse largement le folklore télévisuel. Pour un euro investi, cinq euros sont réinjectés dans l’économie locale, notamment l’hébergement, la restauration, les commerces et les artisans. Un ratio que l’ancien maire François Commeinhes avait lui-même mis en avant. Il avait précisé au quotidien que pour un euro investi, cinq euros étaient réinjectés dans les restaurants ou les hôtels.

Les chiffres bruts donnent le vertige à l’échelle d’une ville de moins de 45 000 habitants. L’office de tourisme rappelait que la série avait créé de l’emploi et générait 500 000 euros par mois de retombées économiques. Sur la durée, l’effet cumulé se compte en centaines de postes. Environ 500 emplois d’acteurs et de techniciens ont été créés depuis le début de Demain nous appartient, avec jusqu’à 70 % des techniciens embauchés localement.

Ce n’est pourtant pas l’unanimité sur les quais. En 2019, une partie des habitants avait fait entendre son mécontentement face aux nuisances répétées. De nombreux Sétois s’étaient montrés en colère contre la série de TF1, l’un d’entre eux ayant lancé une pétition contre le programme. La convention signée avec la mairie sert justement à absorber ces tensions : horaires encadrés, zones délimitées, riverains prévenus en amont. C’est le prix à payer pour transformer une plage en décor sans provoquer d’émeute locale.

Derrière chaque scène de paillote filmée au coucher du soleil, il y a donc un empilement de signatures, de barèmes et d’arrêtés que personne ne verra jamais à l’antenne. La prochaine fois que Chloé ou Alex traversent le sable des Trois Digues, une pensée pour le fonctionnaire municipal qui a validé, quelques semaines plus tôt, le formulaire qui a rendu cette image possible.

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