Soixante ans après le dernier Fantômas porté par Jean Marais et Louis de Funès, le mythique génie du mal s’apprête à revenir sur grand écran début 2027, avec Guillaume Canet et Romain Duris en têtes d’affiche. Sur le papier, ça ressemble à un simple coup marketing nostalgique. Dans les faits, ce projet accumule les obstacles qui ont fait échouer toutes les tentatives précédentes depuis vingt ans, et le pari est bien plus fragile qu’une bande-annonce ne le laisse deviner.
À retenir
- Deux projets Fantômas ont échoué avant celui-ci, et une actrice a déjà quitté le tournage en janvier 2026
- Le film abandonne la comédie de Louis de Funès pour un thriller d’époque sombre et violent en 1914
- Les producteurs se comparent au succès du Comte de Monte-Cristo, une barre extrêmement haute à franchir
Un mythe qui a déjà enterré plusieurs tentatives
Fantômas n’a rien d’un personnage qu’on ressuscite tranquillement. Au début des années 2000, un film devait voir le jour avec Jean Reno et José Garcia, mais le projet avait été abandonné. Un autre projet, porté cette fois par Christophe Gans avec Vincent Cassel, s’est également volatilisé sans jamais tourner une image. Deux tentatives, deux échecs, avant même le premier clap. Ce nouveau film signé Frédéric Tellier s’inscrit donc dans un cimetière de projets avortés, et l’histoire n’a pas fini de compliquer les choses.
Le tournage, lui, a bel et bien démarré. Le tournage débute le 12 janvier 2026. Mais quelques jours seulement après le premier clap, coup de tonnerre : en janvier 2026, alors que le tournage a déjà débuté, Lyna Khoudri quitte finalement la production, remplacée peu après par Ana Girardot. Perdre une actrice en plein tournage n’est jamais anodin, et ce genre de rebondissement en dit long sur les tensions internes que peut traverser une production de cette ampleur.
Le vrai pari : tourner le dos à la comédie
La trilogie des années 1960 reste gravée dans la mémoire collective grâce à son duo comique explosif. La trilogie des années 1960, Fantômas, Fantômas se déchaîne et Fantômas contre Scotland Yard est devenue culte grâce à son duo explosif Jean Marais et Louis de Funès, souvent rediffusé à la télévision. Or Frédéric Tellier a choisi de tout balayer. C’est de circonstance en cette période d’Halloween : après Ma sorcière bien-aimée, c’est au tour de Fantômas de sortir du placard, pas pour nous faire rire à la manière de Louis de Funès et de Jean Marais, mais plutôt pour terrifier dans les chaumières, comme le voulaient à l’origine Pierre Souvestre et Marcel Allain avec leur « génie du mal ».
Concrètement, l’intrigue plonge dans un Paris de 1914 secoué par une série de meurtres spectaculaires, où sur chaque scène de crime une signature tracée à la craie annonce la lettre « F », tandis que la presse s’emballe et que l’inspecteur Juve se lance à la poursuite d’un ennemi sans visage, insaisissable. Fini les gadgets loufoques et les poursuites en Rolls-Royce volante : ici, on parle de thriller d’action, de tensions politiques et d’un tueur sans mobile apparent. C’est un virage à 180 degrés pour un personnage que trois générations de spectateurs associent avant tout au rire. Le risque ? Décevoir les nostalgiques sans pour autant convaincre un public plus jeune, biberonné aux thrillers américains, que ce Fantômas mérite sa place.
L’ombre encombrante du Comte de Monte-Cristo
Les producteurs ne cachent pas leurs ambitions, et elles sont vertigineuses. Avec plus de 30 romans, 13 films, des pièces de théâtre et des séries, le personnage a transcendé le temps et les frontières, à l’image du Comte de Monte-Cristo, Fantomas est une adaptation de classique intemporel destinée à devenir le prochain blockbuster mondial, affirmait un responsable de SND lors de l’annonce du projet. Se comparer au triomphe du Comte de Monte-Cristo, c’est se placer une barre extrêmement haute à franchir, sachant le succès qu’a rencontré ce film auprès du public français en salles.
Derrière la caméra, le savoir-faire est là. La partition originale est composée par Guillaume Roussel, dont les récents travaux incluent Les Trois Mousquetaires et Dog 51, tandis que les effets spéciaux des masques de Fantômas sont créés par Atelier 69, qui a travaillé sur Le Règne animal, Alpha et Titane. Une équipe technique solide, sans doute, mais qui ne garantit rien face à l’attente disproportionnée créée par ce parallèle avec Monte-Cristo. Un four au box-office serait immédiatement lu comme un échec cuisant, pas comme une tentative honorable.
Canet et Duris, mais dans quels rôles ?
Autre zone d’ombre, et pas des moindres : personne ne sait officiellement qui incarnera qui. Les producteurs jouent la carte du mystère depuis le début. « À ce stade, nous préférons conserver l’effet de surprise », précise le service de presse de la société de production SND. Un choix marketing habile pour entretenir le suspense, certes, mais qui traduit aussi une prudence révélatrice : distribuer les rôles de Fantômas et de Juve entre deux stars de ce calibre, c’est s’exposer à des comparaisons immédiates et impitoyables avec Marais et de Funès, quel que soit le résultat final.
Reste un détail qui mérite d’être signalé : le duo vedette n’est pas composé d’inconnus dans le registre. Les crédits récents de Canet incluent le succès Netflix Ad Vitam, tandis que Duris sera vu prochainement dans Le Fantôme de l’Opéra. Deux acteurs habitués aux productions ambitieuses, donc, mais dont l’alchimie à l’écran reste entièrement à prouver dans un registre aussi périlleux que celui du thriller d’époque.
Sources : ici.fr | divertissements.orange.fr