La saison 3 de House of the Dragon ne perd pas une seconde. Dès son premier épisode, elle bascule directement dans la bataille du Gosier, l’affrontement naval le plus attendu de toute la franchise, un choix qui redistribue immédiatement les cartes de la série et qui justifie, à lui seul, l’engouement retrouvé des spectateurs après une saison 2 jugée trop bavarde par une partie du public.
À retenir
- Une séquence de 20 minutes qui a coûté 30 jours de tournage : l’investissement spectaculaire que tous attendaient
- La mort inattendue et peu héroïque du prince Jacaerys : un basculement qui change la trajectoire de la série
- Une victoire au goût amer : comment une bataille militaire peut devenir plus destructrice qu’une défaite
Une promesse tenue deux ans après
Le souvenir est encore frais pour les fans assidus. La saison 2 de House of the Dragon s’était terminée à l’été 2024 sur une note étrange, avec Alicent Hightower qui débarquait à Rocdragon pour proposer un deal à Rhaenyra, pendant que les flottes de la Triarchie voguaient tranquillement vers Westeros, et tout le monde attendait la fameuse bataille du Gosier annoncée dès l’épisode 2×04, qui n’était jamais venue. Un choix scénaristique assumé : Ryan Condal, showrunner déjà aux commandes à l’époque, l’avait délibérément repoussée à plus tard, laissant le soufflé retomber sur un cliffhanger à la fois audacieux et frustrant.
Deux ans d’attente, donc, pour une séquence qui n’a rien d’un simple prologue. La bataille du Gosier était initialement prévue comme point d’orgue de la saison 2, mais HBO a réduit le nombre d’épisodes de 10 à 8 pour les saisons 2 et 3, ce qui aurait parfaitement fonctionné comme final de saison, sans empêcher pour autant que la formule fonctionne aussi en ouverture, même si le rythme en paraît légèrement décalé. Le résultat, on le connaît maintenant : un épisode qui frappe fort, sans round d’observation.
Vingt minutes qui ont nécessité trente jours de tournage
Les chiffres donnent le vertige. La saison 3 s’ouvre sur la bataille du Gosier, une séquence navale de 20 minutes qui a nécessité 30 jours de tournage et quatre studios d’effets spéciaux. Un investissement colossal pour une poignée de minutes à l’écran, mais Ryan Condal n’a jamais caché ses ambitions. Le showrunner explique qu’il a fallu quatre ans pour concrétiser cette séquence, sans savoir si elle serait logistiquement réalisable malgré le budget colossal de la série, comparant l’entreprise au fait de filmer Le Seigneur des Anneaux sans la bataille du Gouffre de Helm : s’ils devaient le faire, il fallait le faire correctement, avec des dragons, des navires et de multiples zones de conflit.
Sur le plateau, l’expérience a visiblement marqué les acteurs. Abubakar Salim, qui incarne Alyn de Hull, affirme avoir eu l’impression d’être « dans une attraction de parc à thème » pendant le tournage, entre les décors maritimes, les cascades et la machinerie spectaculaires. Une image parlante pour une production qui a aussi mobilisé une reconstitution grandeur nature du navire de Corlys Velaryon. Le tournage a duré plusieurs semaines et a impliqué la création d’une maquette à échelle réelle du bateau de Corlys Velaryon, La Reine qui n’a jamais été, ainsi qu’un immense bassin d’eau.
La mort qui change tout : Jacaerys
Le vrai séisme de l’épisode, c’est évidemment la disparition de Jacaerys Velaryon, fils aîné de Rhaenyra et héritier désigné du trône. Quand la poussière retombe, des dizaines de navires et leurs équipages ont péri, Driftmark, l’île de Corlys Velaryon, a été mise à sac, et le prince Jacaerys Velaryon a péri avec son dragon Vermax, dans ce qui pourrait bien être le bouleversement le plus violent du statu quo dans toute l’histoire de la série. Une mort qui n’a rien d’héroïque, et c’est précisément ce qui la rend si marquante : Jace ne tombe pas en sauvant la mise, il tombe presque par accident, harponné puis achevé à l’arbalète alors qu’il tente de s’extraire des flots.
Ce basculement n’arrive pas de nulle part. En amont de la bataille, Jacaerys avait pris une décision lourde de sens : il ordonne que sa mère, la reine Rhaenyra, soit enfermée dans ses appartements jusqu’à la fin de la bataille, alors qu’elle était déterminée à s’y rendre elle-même, Jace comprenant que si Rhaenyra venait à mourir au combat sur la ligne de front, tout l’effort de guerre s’effondrerait. Une scène qui, avec les adieux du jeune homme à sa promise Baela, donne tout son poids émotionnel à ce qui suit. D’ailleurs, la présence de Rhaena sur le dragon sauvage Sheepstealer, absente des livres, précipite directement la chute de Vermax : si sa présence au Gosier représente une divergence par rapport au roman Feu et Sang, elle permet d’expliquer comment le dragon de Jace est abattu par les navires de la Triarchie.
Pourquoi cette bataille rebat les cartes de toute la série
Ryan Condal ne mâche pas ses mots sur l’importance de cet épisode. « La bataille du Gosier ressemble à ce franchissement majeur du Rubicon », prévient le showrunner, « certainement en termes de quantité de sang versé. » Et il va plus loin encore sur ce que cela signifie pour la suite : « C’est vraiment un épisode-manifeste », affirme Condal, « une déclaration sur le reste de la série à partir de maintenant. C’est le rocher qui commence à dévaler la colline. » Un quatrième et dernier lot d’épisodes a été confirmé pour 2028, afin de clore cette ère sanglante de la dynastie Targaryen.
La victoire militaire, remportée sur le papier par les Noirs, a un goût terriblement amer. La bataille du Gosier, pourtant affichée comme un triomphe militaire pour Rhaenyra, laisse un bilan humain qui fait basculer la série dans quelque chose de plus amer encore, les victoires coûtant parfois plus cher que certaines défaites. C’est là toute la force de cette ouverture : elle ne célèbre rien, elle constate les dégâts. : Et on ne peut s’empêcher de trouver ça plus fin que bien des batailles triomphalistes vues ailleurs dans l’univers de Westeros.
Le contraste avec la saison précédente saute aux yeux. Comme le résume la comédienne qui incarne Rhaenyra : « La série cette fois démarre à 60 kilomètres à l’heure. Nous regardons enfin une guerre qui se construisait depuis deux saisons. » Fini les tractations feutrées dans les couloirs de Peyredragon, place au chaos assumé, aux pertes irréversibles et à une escalade qui ne laissera personne indemne, pas même les vainqueurs du jour.
Reste une question qui plane sur la saison entière : si le Gosier n’était qu’une mise en bouche pensée comme « la boule qui dévale la colline », jusqu’où la chute peut-elle encore aller avant la saison 4 annoncée pour 2028 ? Le showrunner lui-même reconnaît que cette guerre n’a jamais eu un seul point de départ clair, ce qui laisse présager que chaque épisode suivant pourrait, à sa façon, devenir un nouveau point de non-retour.
Sources : serie-news.com | buzzwebzine.fr