« Je pensais que les comédiens cuisinaient vraiment » : pourquoi une brigade entière s’active hors caméra sur chaque assiette d’Ici tout commence

Un chef qui dresse une assiette en trente secondes chrono, un jeune commis qui flambe une viande sans trembler : dans Ici tout commence, la mise en scène est si soignée qu’on jurerait un vrai concours gastronomique. Mais derrière chaque plan tourné à l’institut Auguste Armand, une armée de professionnels s’active hors champ pour que l’illusion tienne. Spoiler : non, les comédiens ne sont pas sortis d’une école Ferrandi avant de décrocher leur rôle.

À retenir

  • Les comédiens d’Ici tout commence ne sont pas des cuisiniers professionnels, mais des acteurs formés par un vrai chef
  • Une équipe entière d’accessoiristes culinaires et de consultants travaille en coulisses pour chaque plan de cuisine
  • Certains plats sont complètement factices, réalisés en plastique pour survivre aux heures de tournage sous les projecteurs

Des comédiens formés, pas des cuisiniers de métier

La confusion est tenace chez les fans, et elle se comprend. Devant l’écran, il est quasiment impossible de distinguer les cuisiniers d’Ici tout commence de ceux de Top Chef, tant leur interprétation est convaincante. Le secret ne tient pourtant pas à un talent caché du casting, mais à un vrai travail de préparation. Avant d’endosser leur rôle derrière les fourneaux, les acteurs ont suivi quelques jours de formation auprès d’un chef professionnel, une initiation qui leur a permis de maîtriser des gestes techniques et d’acquérir la dextérité nécessaire pour incarner leur personnage avec authenticité.

Ce chef professionnel a un nom : Pablo. Les recettes sont élaborées par une équipe de véritables cuisiniers dont le chef Pablo, qui a formé les acteurs. Concrètement, ça veut dire des séances où on apprend à tenir un couteau d’office sans se couper, à retourner une sauce d’un geste de poignet crédible, à ne pas regarder la caméra en dressant une assiette. Un exercice d’équilibriste répété épisode après épisode, puisque la série tourne à un rythme quotidien qui ne laisse aucune place à l’improvisation culinaire.

Une accessoiriste et un livre de recettes que personne ne voit à l’écran

Ce que la caméra ne montre jamais, c’est le travail de conception amont. Chaque plat qui atterrit devant Auguste Armand ou ses élèves a d’abord existé sur le papier, dans une véritable bible de recettes pensée mois par mois pour coller aux saisons. Ce document, imaginé au départ par un ancien chef de restaurant reconverti en accessoiriste culinaire pour la série, sert ensuite de base aux scénaristes parisiens qui piochent dedans pour écrire leurs intrigues.

Une fois le plat choisi par l’écriture, il faut encore le rendre filmable. Une accessoiriste culinaire veille également à l’esthétique de chaque assiette, afin d’offrir au public des plats dignes de la haute gastronomie. entre le moment où le comédien mime le dressage et le plan final diffusé sur TF1, il y a toute une chorégraphie invisible : herbes fraîches posées au dernier instant, sauce redessinée entre deux prises, casserole repositionnée pour ne pas dénaturer le cadre. Rien n’est laissé au hasard, même dans les décors d’arrière-plan que le spectateur ne remarque jamais consciemment.

Un décor bien réel, des plats parfois factices

Le tournage lui-même a des allures de petite ville éphémère. Le château de Calvières à Saint-Laurent d’Aigouze sert de décor principal, un lieu historique transformé pour accueillir les différentes salles de cours, cuisines et espaces de vie des personnages. Le tournage mobilise une équipe importante avec une trentaine d’acteurs réguliers et de nombreux figurants, et il faut ajouter à ça les techniciens culinaires qui gravitent en permanence autour des plans de travail. Les scènes en cuisine sont particulièrement exigeantes car elles doivent paraître réalistes tout en servant l’histoire, et les consultants culinaires veillent à l’authenticité des gestes et des recettes présentées.

Certaines créations, pourtant, ne sont pas du tout comestibles. Le cas le plus marquant reste celui d’une pièce montée censée être recouverte de caramel et de sucre perlé : sous la chaleur des projecteurs et la durée d’un tournage qui s’étale sur plusieurs heures, une préparation complexe comme celle-ci conserve difficilement son apparence tout au long du tournage, si bien qu’il a fallu recourir à une fausse pièce montée réalisée avec des choux en plastique, un vrai trompe-l’œil. Un détail qui a son utilité au-delà de l’esthétique : ces « faux » plats contribuent également à limiter le gaspillage alimentaire et peuvent même être parfois réutilisés dans d’autres épisodes. Une gestion presque industrielle des accessoires, loin de l’image d’une cuisine spontanée qu’on imagine en regardant l’épisode du soir.

Quand un acteur végan doit cuisiner de la viande tous les jours

L’anecdote la plus révélatrice de cette organisation millimétrée concerne un comédien en particulier. Nicolas Anselmo, qui incarne Eliott, est végan, contrairement à son personnage, et ce détail qui peut sembler anodin pose pourtant de nombreux défis sur le tournage de cette fiction centrée sur la cuisine. Manipuler quotidiennement du poisson cru ou une pièce de bœuf quand on a fait le choix personnel de ne plus consommer de produits animaux, ce n’est pas un simple détail de tournage : ça implique une coordination fine avec la brigade technique, qui doit anticiper chaque scène pour limiter les contacts directs ou proposer des alternatives quand c’est possible. C’est probablement l’exemple le plus concret de ce que représente vraiment le mot « brigade » dans cette série : pas seulement les personnages en toque devant la caméra, mais tout un écosystème de professionnels qui rendent leur jeu crédible sans jamais apparaître au générique.

La prochaine fois qu’un plat semble sortir tout droit d’une table étoilée dans Ici tout commence, il vaut la peine de se souvenir qu’il a probablement transité par trois mains différentes avant d’arriver devant l’acteur : celle du chef qui a formé le comédien, celle de l’accessoiriste qui a réglé le dressage au millimètre, et parfois celle d’un accessoiriste qui a carrément fabriqué un faux dessert en plastique pour sauver la prise. Une gastronomie de fiction, certes, mais organisée avec le sérieux d’une vraie cuisine de palace.

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